/news/politics
Navigation

Baux de la SIQ: l’opposition s’inquiète du retard dans les accusations

Periode des questions
Photo Simon Clark Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a souligné qu’aux États-Unis, le procureur spécial Robert Mueller a déjà déposé des accusations dans le dossier de l’ingérence russe dans la campagne présidentielle, à peine un an après le début de son enquête.

Coup d'oeil sur cet article

Les reports pour l’arrestation de trois collecteurs de fonds libéraux soupçonnés d’avoir touché des commissions secrètes lors de transactions immobilières inquiètent les partis d’opposition Québec, à quatre mois des élections provinciales.

Le Bureau d’enquête du Journal révélait mardi que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a reporté des arrestations à trois reprises dans l’enquête qui vise les organisateurs libéraux William Bartlett, Franco Fava et Charles Rondeau, ainsi que l’ex-patron de la défunte Société immobilière du Québec (SIQ), Marc-André Fortier.

Des arrestations ont d’abord été prévues en novembre 2015, puis en octobre 2016 et, finalement, en mai dernier, sans succès. Un employé de l’UPAC a affirmé au Journal, sous le couvert de l’anonymat, que le dossier est bloqué au niveau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

«Immunité libérale»

Ces nombreux délais ont fait réagir la classe politique mardi matin.

Le chef du Parti québécois a souligné, qu’aux États-Unis, le procureur spécial Robert Mueller a déjà déposé des accusations dans le dossier de l’ingérence russe dans la campagne présidentielle, à peine un an après le début de son enquête.

«Alors comment ça se fait qu’aux États-Unis ils réussissent, en un an, à avoir des accusations, des condamnations et des plaidoyers de culpabilité au plus haut niveau, et qu’ici au Québec ça fait plusieurs années, pis il se passe presque rien», demande Jean-François Lisée.

«Le résultat, c’est qu’on est dans un genre d’immunité libérale qui fait en sorte que personne ne sera condamné et que très peu de personnes seront accusées avant les élections, déplore-t-il. [...] Ça fait des années que ça dure, ces enquêtes-là et il n’y a pas un libéral qui sera derrière les barreaux à temps pour l’élection.»

De son côté, le député caquiste Éric Caire a déploré que le comité de surveillance de l’UPAC n’ait pas encore été mis en place, alors que le projet de loi 107 a été adopté en février dernier.

«J’ai deux institutions judiciaires qui se contredisent (...) qui nous donnent des versions contradictoires. C’est pour ça qu’on dit que ça prendrait  le comité de surveillance pour savoir qui dit vrai, avoir le fin mot de cette histoire», a-t-il commenté mardi.

«Si on avait en place un gouvernement avec un tant soit peu de leadership, le comité de surveillance aurait été mis en place et aujourd’hui il serait à pied d’œuvre pour faire la lumière sur ces allégations-là», a-t-il ajouté.

Couillard nie

En marge d’une annonce sur le Lab-école mardi matin, le premier ministre Philippe Couillard a refusé de se prononcer sur le dossier. «Ce sont deux organismes indépendants, qui se sont d’ailleurs exprimés ce matin [dans Le Journal], a-t-il fait valoir. Leur travail n’est pas terminé, laissons-les travailler.»

Il a ajouté que les accusations doivent s’appuyer sur «une preuve solide, qui peut tenir le coup devant les tribunaux». «C’est pour ça que ça prend, des fois, un peu plus de temps», dit le premier ministre.

Philippe Couillard a également nié une information voulant qu’il soit intervenu auprès de l’ex-recteur de l’Université Laval, Denis Brière, pour aider un proche de William Bartlett. Il assure qu’il n’est «absolument pas» intervenu en faveur de cet ex-bénévole de la circonscription de Jean-Talon, où il a déjà été député.

De son côté, le ministre de la Sécurité publique a rappelé que tant l’UPAC que le DPCP ont démenti que le dossier soit bloqué. «Alors, laissons l’enquête se dérouler», affirme Martin Coiteux.

Quant à la mise sur pied du comité de surveillance de l’UPAC, réclamée par la CAQ, le ministre Coiteux assure que le processus est «très avancé». Si bien, dit-il, que le comité pourrait être en place d’ici la fin de la session parlementaire, la semaine prochaine.

Par ailleurs, Québec attend aussi la conclusion de l’enquête de l’UPAC pour récupérer les sommes versées en trop, évaluées à 18,6 millions$ par la Vérificatrice générale. «Ça prend la preuve» avant de lancer les démarches judiciaires, affirme le président du Conseil du trésor, Pierre Arcand.