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Mes noces de porcelaine avec Sexe à New York

Sexe à New York
Photo Alliance Vivafilm

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Sexe à New York a 20 fêté ses vingt ans le 6 juin. L’émission a inspiré la mode des soutifs apparents sous les blouses transparentes, les grosses fleurs comme accessoire, les Cosmopolitan comme boisson de choix pour toutes les nymphettes...et moi, comme toutes les filles, qui se voyaient dans les quatre héroïnes et qui avaient un Mr Big dans le placard (ou sous la douche).

Dès les premiers épisodes de Sexe à New York, j’ai voulu moi aussi passer ma vie à demander à mes copines, en avalant mimosas et crêpes, ce qu’elles pensaient des mecs qui voulaient voir leur petite amie uriner devant eux. Mais je terminais à peine mon secondaire 1. Il me faudrait une intoxication à la Labatt Bleue dans un condo à Pointe-aux-Trembles à 15 ans et beaucoup de cafés au Cora Déjeuner avant de goûter enfin à un mimosa.

 

Une amie détestable qui remplissait son four de souliers à talons hauts

C’est grâce à Éliane que j’y ai goûté, ça, et le kir royal et ma première virée shopping chez Holt Renfrew. Éliane, elle me ramenait dans un cube d’Habitat 67, quand mon Mr Big à moi me laissait en plan, dans un bateau amarré au quai de l’Horloge. Elle me parlait, au lit, de Madonna, sa rencontre avec son amoureux, de ses chats et de ses études en biologie. Nous buvions tellement, mais elle n’était jamais malade. Elle s’évanouissait, quelques minutes, ce qui était plus classe que moi, qui ressemblait toujours à Courtney Love à côté d’elle. Éliane est une des premières personnes qui a su que j’avais rencontré mon Mr Big en lui enfilant un condom sur la queue. Carrie Bradshaw, dans Sexe à New York, n’aurait jamais fait la pute, même si ça aurait expliqué son appartement, ses milliers de dollars en Manolo et son insouciance, insoutenable pour certains, adorable pour moi.

 

Carrie a abandonné une amie à l’opéra. Carrie a mangé trop de cupcakes. Carrie a parlé de relation anale trop fort dans un taxi. Carrie a trompé Aidan, un mec qui l’aimait et qui ne la trouvait pas ridicule, quand elle appliquait de la cire sur ses meubles tout en répétant : « I am your booth bitch. I wax real good. » Moi aussi j’ai fait des tas de bêtises. Je n’ai pas su avant d’avoir 25 ans comment faire un paiement de carte de crédit. Je n’ai pas de permis de conduire. Je ne cuisine que des grilled cheese. J’ai trompé tous mes amoureux et j’aurais trompé Aidan aussi. Je n’aime pas la romance mais je suis capable de me mettre à genoux à la seconde où on me dit je t’aime aujourd’hui. J’ai été une amie de merde, à préférer manger de la pizza en petite culotte chez moi plutôt que de sortir pour un shower. À me trouver un costume de candy stripper qui aime jouer aux dominos plutôt que d’aller regarder une amie souffler sur trente chandelles.

 

Martha Stewart et la recette qui ne goûte pas le Clorax

Je suis restée la meilleure amie à qui parler de crises existentielles dans les toilettes d’un bar. Et celle avec qui, comme Samantha, il est possible de parler du foutre qui semble être un mixte entre du Clorax et des asperges, pour en venir à la conclusion, comme dans un épisode, qu’il faudra impérativement écrire à Martha Stewart pour savoir quoi faire manger pour ne pas avoir envie de tout cracher. Toutes les filles ont été les quatre personnages. J’étais Carrie parce que je fantasmais sur des relations vanille avec des gentlemen in suits, que je croyais à l’achat d’un Vanity Fair plutôt que de luncher et que je voulais même acheter des tampons en robe de soirée ou en t-shirt à l’effigie d’un groupe que je ne connaissais pas, en fashion victime assumée. J’étais Carrie parce que je croyais être une jument sauvage, mais je souhaitais être sauvée tout le temps, de tout, par un mec qui accepterait de me cuisiner des quiches ou que je commande des mets indiens tous les lundis. J’étais Charlotte parce que je n’étais pas capable de tomber enceinte et que j’en mourrais, de ne pas avoir un ventre rond et plein. J’étais Samantha parce que je sacrais et que j’étais tellement plus vulnérable quand j’aimais quelqu’un que lorsque je montrais mes seins. J’étais Miranda juste pour une prière. Je ne suis pas ambitieuse. Je ne suis pas indépendante. Je ne porte pas d’ombre à paupières bleue.

 

Des amitiés plus importantes qu’une épilation brésilienne

Quand les héroïnes de Sexe à New-York se mettaient à douter des contes de fée, elles se rappelaient qu’elles étaient là, les quatre, sans bouquet de fleur bidon, de machines à sons de grenouille et de séances de sexe au téléphone. Des white knights, unies, qui se sauvaient l’une et l’autre, plus importante qu’une épilation brésilienne ou qu’une nuisette qui ferait jouir à la seconde. Même si elles finissent toutes en couple, à la fin de la série, elles ont dû laisser des tas de fois qui elles étaient pour être enfin qui elles sont, elles n’ont pas tout, même si l’une d’elles se fait doigter par un mec qui est surnommé le Absolute Hunk.

 

Quand j’avais treize ans, voir des femmes dans la trentaine, vêtues de minijupes de l’armée et de kitten heels, manger des mets chinois dans des petites boites, c’était le rêve. Je n’avais pas peur de vieillir. Je savais que j’aurais un jour des excuses parfaites pour crier blowjob ailleurs que dans les corridors de mon école secondaire. Je savais que les femmes n’étaient pas mes rivales mais que je les voudrais toutes comme amie. Mes amies sont toutes plus belles que moi et aussi intéressantes que les héroïnes de cette série plus que marquante. Même si je passe définitivement plus temps à boire du café, assise à leur balcon, plutôt que dans le dernier bar à la mode, Sexe à New York restera toujours pour moi plus une inspiration qu’un plaisir coupable.

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