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Accès à un médecin de famille: le modèle ontarien difficile à reproduire au Québec, affirment les omnipraticiens

Les médecins québécois doivent passer plus de temps à l’hôpital, ce qui les empêche de prendre plus de patients

Bloc medecin
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Conscients de l’écart entre le Québec et l’Ontario, les omnipraticiens québécois estiment qu’ils ne pourront jamais atteindre un tel niveau d’accès dans le système actuel, le gouvernement ayant choisi de bâtir un modèle trop différent de celui de nos voisins.

« Il y a une raison fort simple qui explique cette facilité d’accès en Ontario. Ici, un médecin de famille consacre 40 % de sa pratique en établissement hospitalier, alors que là-bas, c’est moins de 20 % », lance d’emblée le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Dr Louis Godin.

<b>Louis Godin</b><br />
Fédération des omnipraticiens
Photo courtoisie, E. Garnier, FMOQ
Louis Godin
Fédération des omnipraticiens

Selon lui, les médecins ontariens peuvent consacrer une journée de plus par semaine à leur pratique en clinique.

« Moi je ne peux pas demain matin dire aux médecins dans des hôpitaux communautaires un peu partout dans la province de ne plus aller à l’hôpital. Ce serait la catastrophe. Les salles d’urgence fonctionnent avec des médecins de famille. J’ai 2500 médecins de famille qui travaillent là. Ce n’est pas du tout la réalité ontarienne », explique le Dr Godin, soulignant au passage l’apport plus important des médecins spécialistes dans le réseau hospitalier ontarien.

Le président de la FMOQ fait aussi remarquer que l’ambiance des dernières années, causée par les réformes Barrette, n’a pas aidé à attirer les étudiants en médecine vers la pratique familiale.

« On a fait beaucoup pour favoriser la médecine familiale et on avait de bons résultats. On avait amélioré de beaucoup notre score. Mais au cours des dernières années, avec tout ce qui s’est dit sur la médecine familiale et les lois qui sont passées, on a perdu cet attrait-là », précise Louis Godin, déplorant qu’on s’éloigne du ratio idéal de 55 % des finissants en médecine qui choisissent la pratique familiale.

Manque de médecins

Encore cette année, quelque 65 postes de résidents en médecine familiale sont demeurés vacants dans la province, une tendance bien installée depuis quelques années.

« C’est sûr que si j’avais tous les médecins de famille que je devrais avoir », laisse tomber le Dr Godin, laissant deviner que l’objectif d’offrir un médecin de famille à 85 % des Québécois serait atteignable dans des conditions optimales.

L’écart salarial entre les omnipraticiens et les médecins spécialistes n’aide pas non plus à convaincre les jeunes médecins de se tourner vers la pratique familiale. Selon les derniers chiffres disponibles, l’écart entre les deux salaires moyens était de près de 150 000 $ en faveur des spécialistes.

Autre aspect du modèle ontarien qui fait l’envie de la FMOQ, l’appui d’autres professionnels comme les super-infirmières qui est envisagé comme solution.

« C’est sûr que si on nous donnait plus de personnel pour nous aider, plus d’infirmières dans nos GMF, plus d’autres professionnels, on serait capable de prendre plus de patients », fait remarquer Louis Godin.

À titre comparatif, l’Ontario compte environ six fois plus d’infirmières praticiennes spécialisées que le Québec.


La comparaison entre les systèmes ontariens et québécois

Nombre d’infirmières praticiennes spécialisées

  • Québec : 500
  • Ontario : 3000

Nombre d’infirmières praticiennes par 10 000 citoyens

  • Québec : 0,59 infirmière praticienne par 10 000 personnes
  • Ontario : 2,11 infirmières praticiennes par 10 000 personnes

Écart salarial moyen entre les médecins de famille et les spécialistes (pour 2016)

Québec

  • Omnipraticiens : 255 428 $
  • Spécialistes : 403 537 $

Écart : 148 109 $ (58 %)

Ontario

  • Omnipraticiens : 311 373 $
  • Spécialistes : 367 154 $

Écart : 55 781 $ (17 %)

 

Les clés du succès ontarien

L’Ontario a transformé une situation d’accessibilité aux médecins de famille « déplorable » en système efficace sur une quinzaine d’années. Pour y arriver, elle n’a pas eu peur de changer ses méthodes pour rendre la pratique familiale attrayante. Résultat ? La province est passée de 81% de résidents inscrits auprès d’un médecin de famille en 2003 à 94% en 2018.

1. Hausse du nombre d’omnipraticiens formés

C’est aux alentours de 2003 qu’est survenue la prise de conscience du gouvernement ontarien. La première étape de ce renouveau a été l’inscription massive de futurs omnipraticiens à l’université.

« De 23 % d’élèves qui allaient vers la pratique familiale aux alentours de 2005, nous en sommes maintenant à 38 % », fait remarquer le Dr Rick Glazier, chercheur à l’Institute for Clinical Evaluative Sciences.

Ce virage a permis d’augmenter de 35 % le nombre de médecins de famille pratiquant en Ontario entre 2003 et 2016.


2. Mode de paiement mixte alliant la capitation et le paiement à l’acte

Une large part des cliniques familiales ontariennes fonctionne sous un modèle de capitation mixte, c’est-à-dire qu’elles sont payées à l’acte, mais en tenant aussi compte du nombre de patients à servir.

Les médecins reçoivent un montant forfaitaire pour leur banque de patients, peu importe le nombre de visites dans l’année. Ce montant est modulé selon l’état de santé de chaque patient, et on y ajoute des montants à l’acte pour certaines manipulations précises.

Dr Shawn Whatley
Photo courtoisie
Dr Shawn Whatley

« Ça convainc donc les médecins de ne pas faire venir le patient chaque fois parce que ce n’est pas plus payant », explique le Dr Shawn Whatley, président de l’Ontario Medical Association.


3. L’apport crucial des autres professionnels

L’Ontario a fait le pari de donner plus de place à d’autres professionnels de la santé. Le nombre d’infirmières praticiennes a notamment bondi de plus de 400 % entre 2003 et 2016, ce qui fait que près de 3000 de ces « super-infirmières » pratiquent maintenant en Ontario, contre environ 500 au Québec.

Comme devraient le faire les GMF québécois, les « Family health center » ontarien ont amélioré l’accès en éliminant le travail en silo centré sur les médecins. « On enlève du poids sur les épaules des médecins », indique Rosslyn Bentley, directrice du Credit Valley Family health team.

« Dans les systèmes où le médecin est supporté par d’autres professionnels, les médecins ont tendance à voir leurs patients plus longtemps. Ça donne plus de temps pour expliquer l’historique, le réseau, etc. », fait-elle remarquer à propos de la qualité des soins.

 

Des Québécois charmés

« Ça a pris trois semaines environ. Dès que je l’ai reçu, on m’a dit de prendre un rendez-vous de meet & greet, pour voir si j’aimais bien le docteur. Comme ça, le médecin doit aussi faire un effort de service à la clientèle s’il veut garder ses patients. [...] Visiblement, le Québec a beaucoup de chemin à faire avant d’arriver là. » – Cathaud Poliquin, qui habite Toronto

« Une collègue de travail m’a dit : “Tu viens du Québec, veux-tu un médecin de famille ?” [...] J’ai appelé et ils m’ont donné rendez-vous deux jours plus tard. En arrivant à la clinique, je vois qu’ils se sont payé une affiche géante de 20 mètres par 4 mètres : “Now accepting new patients!” » – Denis Claveau, résident de Toronto

« Je suis allée dans une clinique walk-in dans mon quartier, j’ai vu un médecin dans l’heure qui suit et on me l’a assigné comme médecin de famille. On m’a même demandé si je préférais une femme ou un homme. Aussi facile que ça. C’est fou la différence avec le Québec ! » – Elza Miquel-Blain

« J’ai changé de médecin au début de ma grossesse, car je n’étais pas vraiment à l’aise avec le premier médecin que j’avais trouvé. Je ne suis pas certaine que ce soit aussi simple au Québec. » – Emma Simard, qui a quitté Gatineau pour Ottawa

 
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