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Soyons des parents modèles

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Dans la nouvelle politique culturelle du gouvernement, on annonce des millions pour des « chantiers collaboratifs » et la « mutualisation des connaissances ». Dans le jargon fonctionnaire, ça signifie qu’on va mettre beaucoup de sous pour qu’à l’école, les enfants québécois aient un plus grand accès à la culture. Bravo.

Mais j’ose poser une question : et si c’était le rôle des parents, bien avant celui de l’école, de donner aux enfants le goût de la culture ?

Comme un livre ouvert

Si tu n’amènes jamais ton enfant au musée, que tu lèves le nez sur le théâtre, que tu n’ouvres jamais un livre, que tu te moques de la musique, que tu n’as jamais eu le moindre intérêt pour la danse, comment veux-tu que tes enfants s’y intéressent ?

La culture, c’est comme les choux de Bruxelles : si tu trouves ça dégueulasse, ne t’étonne pas si ton enfant ne veut pas en manger.

On a beaucoup parlé, avec raison, de la désuétude et de la pauvreté des bibliothèques scolaires. Mais si un enfant grandit dans une maison où le seul livre est le guide de l’auto, s’il ne voit jamais papa ni maman, pardon, s’il ne voit jamais ni parent 1 ni parent 2 ouvrir un livre et se plonger dans le silence de lecture, pourquoi en prendrait-il le goût ?

On a déjà vu des messages sociétaux montrant à quel point les enfants sont influencés par leurs modèles : un enfant qui voit un de ses parents fumer ou rager au volant va être tenté de l’imiter. Mais de la même façon, un enfant qui voit ses parents se passionner pour les arts va forcément en retirer quelque chose.

La politique culturelle du gouvernement parle de la « mise en place d’un chantier collaboratif de recherche pour accroître les connaissances sur la relation des jeunes avec la culture », en plus de « la mutualisation et le partage des connaissances, des expertises et des projets des sociétés d’État en culture qui sont actives dans la relation culture‐éducation-famille ».

Ça m’amuse toujours, ce blabla abstrait pour parler d’une réalité toute simple : les enfants sont des éponges, doués d’une curiosité naturelle. Si tu les exposes à une diversité d’expériences humaines, ils vont grandir, dans tous les sens du terme.

Il y a quelques années, à Toronto, j’ai assisté à une conférence absolument passionnante du chanteur montréalais Rufus Wainwright. Il racontait que lorsqu’il était jeune, ses parents Kate McGarrigle et Loudon Wainwright III, deux artistes bohèmes, l’emmenaient voir plein de spectacles, de films et d’expos qui n’étaient absolument pas « pour les tout-petits ».

Il racontait que souvent il était totalement décontenancé par ce qu’il voyait, qu’il n’y comprenait rien. Mais vous savez quoi ? Il en a retenu quelque chose. Parfois juste une étincelle, une image, une pensée. Le conseil qu’il donnait à tous les parents c’était d’être aussi délinquants que ses parents l’avaient été avec lui.

Cultivé et bien élevé

Emmenons nos enfants voir des expos « pour les grands », écouter des films différents, ou voir des spectacles qui ne sont pas « de leur âge ». Bousculons-les, développons leur curiosité, leur sens critique. Exposons-les à la beauté, sous toutes ses formes.

Pas besoin de programme gouvernemental pour ça.