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Coucouche panier

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Le premier commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale était un chien de garde qui ne mordait pas. Sa successeure a mordu dès la première occasion, mais le gouvernement libéral a choisi de lui arracher les dents...

L’ex-ministre libéral Pierre Paradis a favorisé sa fille et son gendre avec son allocation de logement de 15 000 $, a conclu la commissaire Ariane Mignolet dans son premier rapport d’enquête.

Bien sûr, tout le monde sait sur la colline que d’autres députés ont fait des usages discutables de cette allocation dans le passé. Cette somme d’argent est versée pour que les élus qui n’habitent pas la capitale nationale puissent se payer un logement où atterrir lors des périodes de travaux parlementaires.

On comprend donc qu’en privé, des députés de tous les partis ont probablement ressenti un malaise devant la sanction de 24 000 $ que recommandait Me Mignolet pour le vétéran Paradis.

Il est vrai aussi que la loi sur le commissaire à l’éthique prévoit que c’est l’Assemblée nationale qui doit approuver ou non la pénalité suggérée.

Une gifle

Mais en demandant un avis juridique externe et en votant contre la recommandation de la commissaire, le gouvernement libéral lui a servi une claque au visage.

Ils l’ont pourtant choisie pour ses compétences et ses aptitudes à faire respecter le code. Ils l’ont choisie pour les éclairer et sévir le moment venu.

Mais dès qu’elle sanctionne un des leurs, les libéraux la désavouent.

Dans un communiqué, elle a déploré que la démarche du leader libéral Jean-Marc Fournier ait « porté atteinte à l’institution » responsable d’interpréter le code.

Selon nos informations, les élus du PLQ ont évoqué en caucus le risque de « prix politique à payer » s’ils choisissaient de défendre leur ex-collègue, mais ils ont misé sur le talent de communicateur de Fournier pour minimiser les dégâts sur la place publique.

Et pourtant...

Après sa nomination, en février, Me Mignolet a accepté de rencontrer les représentants du Journal pour expliquer comment elle entrevoyait la succession au premier commissaire, Jacques Saint-Laurent, n’ayant émis qu’un seul petit blâme contre un député indépendant en près de sept ans.

Elle a alors déclaré qu’« il faut aussi qu’il y ait des sanctions qui existent, qui soient applicables et pas seulement théoriques », mais cette rencontre m’avait laissé un peu sceptique.

Je me rappelle qu’elle n’avait pas l’intention de s’attaquer au phénomène du double emploi pour le personnel des élus. Pourtant, le dossier d’Yvon Nadeau, ex-conseiller de Laurent Lessard qui louait des chalets tout en travaillant aussi pour une usine de biomasse, avait fait scandale dans la population.

Elle disait se mettre « à la place de ces personnes qui ont le droit de travailler ». Je me suis demandé alors pourquoi elle n’envisageait pas l’affaire avec la perspective du public, et non celle des élus et leurs employés.

Or, à son premier rapport, Me Mignolet n’a pas eu peur de trancher après avoir examiné les faits, dans un rapport très étoffé.

Mais les élus libéraux l’ont rejeté du revers de la main. Il a suffi que le vieux loup Paradis laisse planer une menace à peine voilée, en prévenant qu’il pourrait révéler des secrets libéraux en campagne électorale.

Les citoyens peuvent bien être cyniques. Les élus se sont donné un chien de garde, mais se sont donné aussi le droit de lui dire « coucouche, panier »...