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Un système de gestion à l’âge de pierre: des chantiers mieux gérés à Montréal, promis

Montréal devra moderniser sa technologie pour gérer ses travaux, reconnaît le responsable du dossier

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La Ville de Montréal admet que la coordination des chantiers est compliquée et imparfaite, entre autres parce qu’elle utilise certains outils technologiques vétustes.

« Les chantiers à Montréal, c’est un vrai casse-tête », dit Sylvain Ouellet, responsable des infrastructures au Comité exécutif de la Ville de Montréal, en entrevue à l’équipe numérique de notre Bureau d’enquête.

L’année 2018 marque le record du plus grand nombre de kilomètres de rues perturbées par des travaux dans la Métropole (voir tableau). Posté au coin des rues Saint-Denis et Jarry, où des pelles mécaniques éventrent la chaussée, M. Ouellet promet la même chose que sa patronne Valérie Plante : son équipe veut diminuer la durée des chantiers et améliorer la fluidité des rues.

Sylvain Ouellet<br>
VP du Comité exécutif
Photo capture d’écran, Le Journal
Sylvain Ouellet
VP du Comité exécutif

La Ville compte sur le Bureau d’intégration et de coordination, mis sur pied par l’administration de l’ex-maire Denis Coderre en 2014, qui répertorie les travaux à exécuter par tous les partenaires (ministère des Transports, Hydro-Québec, entrepreneurs privés, etc.) et certains chantiers jusqu’à cinq ans à l’avance.

Mais pour Sylvain Ouellet, la technologie informatique utilisée n’est pas à point.

« Il faut passer à quelque chose de plus robuste qu’Excel, et on planche là-dessus », souligne-t-il, ajoutant que le logiciel en question devrait être développé avant la fin du mandat, donc d’ici 2021.

« Pagaille urbaine »

En attendant que les promesses se concrétisent, les entraves à la circulation, elles, sont bien réelles. Sylvain Ouellet le sait et reconnaît que la Ville a sa part de responsabilités dans cette « pagaille urbaine », à commencer par les décennies de négligence du réseau souterrain de la métropole.

Certains réseaux d’égouts et d’aqueducs ont plus de 100 ans, tandis que d’autres, qui datent des années 50, sont moins solides et nécessitent aussi d’être changés à court terme.

« Il y a des pas de géants qui ont été faits au courant des 10 dernières années pour mieux gérer les chantiers. Mais est-ce que c’est parfait ? Évidemment que non. On est encore loin de la coordination parfaite », laisse-t-il tomber.

« Des travaux comme ceux du Réseau express métropolitain (REM), du pont Champlain ou de l’échangeur Turcot, ça s’ajoute à ceux prévus par la Ville et ça vient complexifier la planification des travaux », constate le vice-président du comité exécutif.

Nouvelle unité

Les plus petits chantiers sont aussi dans la mire de l’administration Plante. La Ville compte depuis peu sur une nouvelle unité, l’Escouade mobilité, qui parcourt les rues de la ville pour s’attaquer à ce genre d’entraves qui causent bien des soucis aux automobilistes, mais aussi aux piétons et aux cyclistes.

« L’escouade va se concentrer notamment sur les chantiers mal aménagés, s’assurer que la signalisation est conforme », décrit Sylvain Ouellet.

Jusqu'à présent, la Ville semble avoir de la difficulté à encadrer les entrepreneurs qui effectuent des travaux de plus petite échelle, mais qui empiètent sur la voie publique. On retrouve souvent la fameuse insigne «trottoir barrée», sans qu’aucun chemin alternatif sécurisé ne soit offert aux piétons et aux cyclistes. «Il y a un changement de culture à faire dans certaines entreprises où la pépine est roi et maître», commente Philippe Sabourin, porte-parole administratif de la Ville de Montréal. Malgré les quelque 500 caméras du Centre de gestion de la mobilité urbaine, qui permettent d’épingler à l’occasion un entrepreneur qui met les piétons en danger, M. Sabourin admet que ce n’est pas suffisant.

Alors que les chantiers de plus grande envergure sont souvent encadrés par un agent de liaison de la Ville qui s’assure de répondre aux questions des citoyens, les plus petits chantiers semblent plus délaissés, malgré le service «Info-travaux» qui répond à certaines questions de base des citoyens. Par exemple, au coin des rues Panet et Ontario, où des travaux de voirie ont affecté l’intersection durant de nombreux mois, jour et nuit, le propriétaire Alain Beaupré a remarqué que le surveillant de chantier de la Ville était souvent absent. «Je cherchais à avoir des réponses simples, comme de savoir s’ils allaient détruire le trottoir jusqu’aux fondations de mon immeuble... Mais personne ne me répondait, et les travaux continuaient, alors ça devenait inquiétant», relate-t-il.

Bientôt des chantiers moins laids ?

400 chantiers sont prévus à Montréal cet été, dont celui-ci au coin des rues Jarry et Saint-Denis, qui durera plus d’un an.
Photo capture d’écran, Le Journal
400 chantiers sont prévus à Montréal cet été, dont celui-ci au coin des rues Jarry et Saint-Denis, qui durera plus d’un an.

Montréal fait piètre figure quand vient le temps de décorer ses chantiers, constate Sophie Paquin, professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM.

« Les travaux peuvent gravement affecter les artères commerciales. Il faut réussir à maintenir ces sites attractifs », affirme-t-elle.

La spécialiste énumère des pistes d’idées originales, allant de jardins suspendus le long des chantiers à un mur d’escalade, en passant par des projections lumineuses ou à des œuvres d’art éphémères.

Quelques efforts

Mme Paquin semble peu impressionnée par les quelques efforts faits dans le passé, par exemple sur le chantier de la rue Saint-Denis, à la hauteur du Plateau, où une longue terrasse rouge et des passerelles modulables entouraient les travaux.

Plus récemment, sur les chantiers de la rue Sainte-Catherine et de l’avenue Laurier, la Ville a opté pour des sérigraphies sur toiles.

« J’ose espérer qu’on va être plus proactifs à intégrer le design dans les conceptions de chantiers. Pourquoi ne pas se risquer à faire mieux ? » demande-t-elle.

Les chantiers en chiffres

► Nombre de chantiers municipaux prévus à Montréal en 2018 : 400

► Déficit d’entretien des infrastructures de Montréal :

  • 2015 : 3,2 milliards
  • 2010 : 1,4 milliard

► Kilomètres de rues affectées pour des travaux sur les chaussées, les égouts, les aqueducs et les voies cyclables :

  • 2018 : 500 km
  • 2017 : 469 km

► Nombre de constats d’infraction remis par le SPVM à des entrepreneurs ayant omis d’installer une signalisation conforme aux normes autour d’un chantier :

  • 2017 : 63
  • 2016 : 51
  • 2015 : 78

Ce chiffre n’inclut pas les chantiers provinciaux, fédéraux et ceux de promoteurs privés qui empiètent sur la voie publique. Source : Ville de Montréal