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Survivre à la canicule: voici comment j'ai profité gratuitement de l'air conditionné pendant une journée

Survivre à la canicule: voici comment j'ai profité gratuitement de l'air conditionné pendant une journée
Alejandra Carranza

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J'ai toujours été un privilégié en période de canicule. Je passe ces épisodes de chaleur extrême dans le confort de mon salon, me prosternant devant mon air climatisé. Mais dans la brise rafraichissante de mon divan, je pense parfois à tous ceux qui l’ont plus dur que moi, condamnés à faire preuve de créativité pour rester au frais. Mercredi, dans un rare geste de solidarité, j'ai décidé de passer une journée dans leurs souliers.

Ma mission était simple: trouver en une journée un maximum de refuges climatisés, sans prendre la voie facile d’aller passer huit heures dans une bibliothèque ou un centre d'achats. Je ne voulais pas dépenser une cenne non plus pour mener à bien mon projet, sauf pour mon lunch. Enfin, j’ai aussi établi que le seul liquide que je boirais serait l'eau de ma bouteille réutilisable, parce qu'apparemment, il faut rester hydraté quand il fait chaud.

L'aventure débute au bureau, au coin Iberville et de l’avenue Mont-Royal, après avoir rendu hommage à ma maman en couvrant méticuleusement ma peau fragile de crème solaire ultra-puissante.

Mon 'ti journal

«Mais dans quoi me suis-je embarqué?», me suis-je aussitôt demandé en encaissant une première puff de canicule après avoir franchi la porte en matinée. Le soleil tape déjà pas mal fort et transperce mon âme.

Je choisis de ne pas me laisser malmener trop longtemps par lui, en me dirigeant à pas rapides vers l'épicerie Métro située à quelques minutes de marche.

Dès mon arrivée, je sens la douce caresse de l'air climatisé. Ici, il y a tout ce qu'il faut pour survivre à l'apocalypse: une température décente et des vivres pour quelques  années. Le seul problème, c'est qu'après avoir fait le tour des huit rangées (celle des sauces est vraiment incroyable!), il n'y a plus grand-chose à voir. Je m'installe donc à une des tables qui donne sur la rue, pour feuilleter un journal gratuit.

Une fois ma lecture anormalement minutieuse terminée, je me souviens de ma mission. Je dois continuer, ne pas me laisser séduire trop facilement par le côté obscur de la climatisation facile. Je reprends donc la route en direction de quelque part de frette où je pourrai dîner. De toute façon, le son des articles scannés à la caisse commençait à me taper sur le système.

Une frite avec ça?

Je déambule l'avenue Mont-Royal, aussitôt rattrapé par l’insupportable sauna ambiant. J’envisage brièvement la possibilité de me promener à torse nu comme l’osaient plusieurs sur la voie publique, mais je conclus rapidement que je ne veux pas être that guy. En plus, je pense que personne ne veut voir mon corps mou et poilu (sauf peut-être ma blonde, que Dieu la bénisse et ne la guérisse jamais de cette sévère myopie).

Je m'arrête ensuite au McDo, en grande partie responsable de mon corps mou.  J'engloutis, les fesses au frais, les deux petits sandwichs que j'ai commandés. Toute bonne chose à une fin, j'atteins vite le 45 minutes autorisés à une table.

Anyway, la place commence à se remplir et le monsieur qui me fixe sans cligner des yeux depuis mon arrivée au resto commence à me mettre mal à l'aise. Je sors.

ZzzzZzzzzzzZzzzZzzZ

Je retourne dehors. Guess what? Fait chaud. Genre, plus chaud que jamais, de catégorie «traversée du désert avec une cote de mailles».

Je continue ma descente en enfer, en quête d’un nouveau mirage. Et là, comme par magie, je l’aperçois au loin : une succursale du magasin Dormez-Vous. Jackpot.

- Bonjour monsieur, bienvenue chez Dormez-Vous. Cherchez-vous un matelas?

- Salut. Ouais, euh, pas vraiment, mais je cherche à me cacher de la canicule.

- Ah, d'accord. Profitez-en!

Quel service à la clientèle impeccable, c’est exactement ce que j’ai l’intention de faire. Telle la princesse aux petits pois, je teste la souplesse de quelques lits avant de m’échouer comme une baleine noire sur les berges du Saint-Laurent dans celui qui m’offre un maximum de confort.

Survivre à la canicule: voici comment j'ai profité gratuitement de l'air conditionné pendant une journée
Alejandra Carranza

Bercé par la pop commerciale du magasin, je m’endors en quelques minutes. La sieste s’étire pendant près d’une demi-heure, mais la conversation entre une vendeuse et un client me réveille abruptement.

La clim ici est bien trop puissante. Je suis frigorifié, mais top shape pour poursuivre ma journée. Je quitte les yeux mi-clos, remerciant l’employée de m’avoir permis de squatter son magasin dans ces circonstances extrêmes. J’espère ne pas avoir attrapé un rhume.

Seul à la piscine

Tanné de l’avenue Mont-Royal, je veux explorer une autre partie de Montréal qui, mentionnons-le, est si belle et colorée l’été. Je ne suis qu’à un jet de pierre du parc Lafontaine. Je décide de m’y rendre pour profiter de la piscine publique.

J’arrive couvert de sueur, cherchant désespérément un endroit pour m’immerger dans du liquide froid. Je réalise après un certain temps qu’il n’y a qu’une pataugeoire, donc je rebrousse chemin en Bixi, exaspéré et bouillant. En roulant, je sympathise avec la réalité d’un homard pendant leur festival.

Je débouche enfin à la piscine Baldwin, quelques rues plus loin. Ma dernière plonge dans une piscine publique remonte à quelques années, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. J’enfile mon maillot et une fois à la piscine, je vois une marée d’enfants criant à tue-tête surveillés par des sauveteurs surmenés sifflant à toutes les quelques secondes. Je passe par-dessus ma haine des enfants pour profiter de la brise.

C’est bizarre, être un homme seul à une piscine publique. Mais au moins personne ne me dévisage encore. Allez hop, à l’eau!

MY GOD. C’est probablement le moment le plus jouissif de ma vie. On dit que l’héroïne est le trip ultime, mais j’en doute fortement. En l’espace de quelques millisecondes, ma température corporelle revient à la normale. Je plonge ma tête dans l’eau à répétition. JE SUIS BIEN, MON DIEU.

Mais il est presque impossible de patauger librement dans la piscine. Il semble y avoir un enfant au pouce carré, chose qui devient de plus en plus intolérable. Le petit roux là-bas est clairement en train de pisser en plus. Je sors de l’eau et je m’en vais.

La souffrance

Mon maillot encore humide, je m’improvise un système pour le sécher sur le Bixi, sur lequel je roule vers ma prochaine destination : la rue Masson.

Pourquoi Masson? Je ne sais pas. Je me disais que comme c’était une artère commerciale, je croiserais peut-être un autre Dormez-Vous ou quelque chose du genre où je pourrais juste me bencher et prendre ça relaxe.

J’avais tort. Après un voyage en vélo qui a remis mon thermomètre corporel dans le tapis, je fais du lèche-vitrine dans quelques boutiques climatisées sans intention d’acheter quoi que ce soit. De vaines tentatives qui n’empêchent pas la chaleur à vraiment me faire effet. Je commence à me sentir faible et un peu étourdi.

Je me rends loin à l’est de la rue, où je vois un bingo avec une chaise à l’ombre de l’entrée.

Ce n’est pas un mirage. Je m’assois et je reste là un bon bout de temps, ce qui me fait sentir un peu mieux, mais il m’en faut plus. Je tente d’entrer dans le bingo, mais on me dit que je ne peux pas rester comme leur game est commencée et que je n’ai pas l’intention de jouer.

Fuck. Les joueurs de bingo n’ont aucune solidarité. Je ne sais plus quoi faire, et je me sens de moins en moins bien. Je commence à fantasmer sur mon sofa climatisé.

Retour dans le hood

Je prends un autre Bixi en me disant que peut-être si je descends des côtes, j’aurai de l’air frais dans mon visage et j’aurai moins chaud. Mais après quelques coups de pédale, de dois m’arrêter dans un parc en chemin pour arroser ma face dans la fontaine, une manœuvre qui m’a possiblement sauvé la vie.

J’arrive ensuite dans Hochelaga, mon quartier. Il est 15h. Devrais-je simplement aller à la bibliothèque et terminer la journée là-bas? C’est presque ce que je fais, tel un lâche, mais avant d’y entrer, je vois un aménagement public de hamacs dans la rue avoisinante. Je spot le seul qui se trouve dans l’ombre et je m’y installe pour me reposer.

C’est moins cool que le Dormez-Vous, mais ça fait la job. À ma grande déception, je n’ai pas réussi à m’endormir et l’ombre qui me protégeait a été kickée out par le soleil, cet éternel salaud.

Go pour bibliothèque alors, anormalement pleine. Sur le seul divan libre, je me tape sans conviction un magazine de techno français.

Sur le coup de 17h, je rentre rapidement chez nous pour donner un câlin à ma clim et rester en sa présence toute la soirée.

J’ai réussi ma mission. J’ai vécu en une journée ce que les gens sans clim vivent. Mais ma solidarité à des limites.

Je vous laisse à votre canicule, avec une petite couverte sur mon divan.
 

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