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Annulation de SLĀV: Robert Lepage dénonce le «discours d’intolérance»

Le metteur en scène réagit à l’annulation du spectacle controversé SLĀV

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S’il n’en tenait qu’à Robert Lepage, SLĀV tiendrait encore l’affiche. Dans un communiqué publié vendredi, le metteur en scène a dénoncé « l’affligeant discours d’intolérance » qui a mené à l’annulation du spectacle.

Plongé au cœur d’une controverse en raison d’accusations d’appropriation culturelle et raciste, SLĀV a été déprogrammé du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) mercredi au Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Mise en scène par Robert Lepage et mettant en vedette Betty Bonifassi, la production articulée autour de chants d’esclaves afro-américains s’était attiré les foudres de militants, insatisfaits du nombre d’acteurs et d’actrices noires dans la distribution.

Parlant de « coup porté à la liberté d’expression artistique », Robert Lepage déplore que SLĀV ait été « muselé ».

Pas une première

Dans sa déclaration, Lepage rapporte avoir souvent conçu des spectacles qui traitaient d’injustices subies par des groupes culturels spécifiques, dont aucun des acteurs n’était issu.

« Ces spectacles ont été joués partout à travers le monde, devant les publics les plus divers, sans jamais que l’on ne m’accuse d’appropriation culturelle et encore moins de racisme », écrit le scénographe, auteur, acteur et cinéaste.

Depuis la nuit des temps, rappelle Robert Lepage, la pratique théâtrale repose sur « un principe bien simple : jouer à être quelqu’un d’autre ».

Des maladresses

L’homme de théâtre reconnaît que SLĀV comportait, comme toute nouvelle création, « son lot de maladresses, de ratés et de mauvais choix », mais il croit que l’œuvre aurait pu évoluer au fil du temps, en fonction des réactions du public. C’est maintenant peine perdue, puisque le spectacle a été annulé après « seulement trois représentations ».

La polémique entourant SLĀV a pris de l’ampleur en début de semaine quand le chanteur américain Moses Sumney a annulé sa présence au FIJM pour contester la présentation du spectacle. L’affaire a également fait couler beaucoup d’encre à l’étranger, notamment dans The Guardian, The New York Times et Billboard.

Sur Twitter vendredi, la ministre québécoise de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, a invité au dialogue tous ceux qui s’étaient prononcés pour ou contre SLĀV.

Déclaration de Robert Lepage

(Extraits choisis)

« Betty Bonifassi, ses choristes, l’équipe d’Ex Machina et moi-même étions conscients, depuis le début du projet, que le sujet que nous abordions était sensible et qu’il était donc de notre devoir d’agir et de créer ce spectacle de manière respectueuse, réfléchie, informée, honnête et intègre. »

► « Pour moi, la chose la plus navrante que je note, dans la rue comme dans certains médias, c’est l’affligeant discours d’intolérance. »

► « À partir du moment où il ne nous est plus permis de nous glisser dans la peau de l’autre, où il nous est interdit de nous reconnaître dans l’autre, le théâtre s’en trouve dénaturé, empêché d’accomplir sa fonction première, et perd sa raison d’être. »

► « S’il n’en tenait qu’à moi, le spectacle tiendrait encore l’affiche, car je revendiquerai toujours le droit, au théâtre, de parler de tout et de tous. Sans exception. Aucune. »