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Thriller féroce pendant la Première Guerre mondiale

Michel Moatti
Photo Nicolas DuPasquier Michel Moatti

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Deux déserteurs du front de la Somme en font voir de toutes les couleurs aux lecteurs dans Les retournants, un thriller historique féroce­­­, extrêmement bien documenté, signé par l’écrivain et sociologue français Michel Moatti.

Campé pendant les offensives meurtrières de la bataille de la Somme, pendant la Première Guerre mondiale, le roman fait découvrir la psychologie hallucinante des deux lieutenants français en cavale, Vasseur­­­ et Jansen, mais aussi la vie quotidienne des gens de « l’Arrière ».

Le duo infernal, pour préserver leur fuite d’une offensive qui s’annonçait mortelle, se retrouve assassin. Sous de fausses identités, ils trouvent refuge dans un domaine forestier, où vivent un vieillard ruiné et sa fille somnambule.

Leur petite combine fonctionne assez bien... jusqu’à ce que François Delestre, « le Chien de sang », un capitaine de gendarmerie, qui est aussi traqueur de déserteurs, se lance à leur poursuite.

La vie quotidienne à l’Arrière

Michel Moatti, écrivain à succès, docteur en sociologie et professeur à l’Université de Montpellier III, reconstitue avec brio les enjeux de la vie quotidienne pendant la Première Guerre mondiale dans ce roman fascinant.

« Je voulais parler de la Première Guerre mondiale, mais pas du front », explique-t-il, en entrevue.

« Je voulais parler de l’Arrière, avec l’envie de parler aussi de ce qui se passait à la guerre, en contraste avec la vie très calme, très apaisée que les gens qui ne faisaient pas la guerre pouvaient vivre, eux, de leur côté. Je voulais voir comment ça se passait dans cette zone extrêmement abritée de la guerre, avec le regard, malgré tout, de soldats. »

Il lui a semblé que les meilleurs personnages pour en parler seraient des déserteurs. Des gens qui avaient connu la guerre et qui en étaient partis.

Les traqueurs de déserteurs

L’auteur explique qu’il y avait réellement des gendarmes spécialisés dans les missions de retrouver les déserteurs, les fuyards, les insoumis.

« Le personnage de François Delestre, le Chien de Sang, est imaginaire. Mais sans doute qu’il y avait des gens qui devaient ressembler un peu à ça. Y compris dans leurs états d’âme : il se demande si ce qu’il fait est juste et ce qu’il aurait fait, lui, à la guerre. »

Documentation

Une somme énorme de documentation a été nécessaire pour camper son histoire et ses connaissances en sociologie l’ont bien servi.

« J’aime travailler sur les documents. Si c’était de la pure imagination, j’aurais moins de plaisir à écrire. J’ai travaillé entre huit et neuf mois sur les archives pour voir comment on vivait à l’Arrière, y compris sur des petits détails, comme ce qu’on mangeait dans les maisons bourgeoises comme celle que je décris. »

Jansen et Vasseur, les deux types qui n’ont plus rien à perdre, sont vraiment incarnés : on les imagine s’échanger des codes de tranchés, des regards, tenter de s’en sortir coûte que coûte.

« J’avais envie de dépeindre deux personnages qui sont forcément complices, en harmonie parce qu’il faut fuir. Il faut qu’ils soient d’accord entre eux sur les grandes lignes de ce qu’ils vont faire. Mais j’avais envie aussi qu’il y ait un conflit entre eux : un conflit sur le côté psychopathe de Vasseur, qui est un tueur. La guerre était bien pour lui : il pouvait tuer. Sauf qu’il a eu peur, à un moment, de se faire tuer lui-même. »

« Vasseur est un pervers et Jansen est un humaniste, au départ. Ça m’intéressait de faire ce couple de fuyards pas très complémentaire. Mais on va s’apercevoir au fil du temps que Jansen est finalement peut-être pire que Vasseur. Autrement, mais peut-être pire. Sans scrupules. »


  • Michel Moatti est lauréat du prix du polar Cognac 2017 pour Tu n’auras pas peur.
  • Il travaille sur un roman tout à fait contemporain, un roman-vérité sur un fait divers, qui sera publié en octobre.

Extrait

<i>Les retournants</i></br> 
Michel Moatti</br>
Les Éditions Hervé Chopin, 270 pages
Photo courtoisie
Les retournants
Michel Moatti
Les Éditions Hervé Chopin, 270 pages

« François Delestre s’attarda sur les portraits réglementaires des deux fugitifs. Les photos avaient été prises pour leurs carnets militaires ; ils avaient tous deux la même inclinaison du visage, les yeux brillants de phosphore et le col relevé marqué du numéro de leur corps d’armée. Vasseur avait un visage carré, dans lequel on sentait une détermination farouche et une force contenue qui ne demandait qu’à jaillir. Des yeux très clairs, presque hypnotiques malgré la qualité médiocre du cliché. » – Michel Moatti, Les retournants, HC Éditions