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25 scénarios d’infiltration: la SQ a sorti une limousine pour séduire Jonathan Bettez

25 scénarios d’infiltration: la SQ a sorti une limousine pour séduire Jonathan Bettez
Photo Amélie St-Yves

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TROIS-RIVIÈRES | La Sûreté du Québec a tout tenté pour que le principal suspect du meurtre de Cédrika Provencher se confie à un agent d’infiltration, enchaînant cadeaux, balades en limousine, nuits à l’hôtel, parties de golf et prêt de 15 000 $.

C'est ce qui est inscrit dans une déclaration sous serment rendue publique cette semaine en marge du procès pour pornographie juvénile de Jonathan Bettez. Celui-ci est le principal suspect de l’enlèvement et du meurtre de Cédrika Provencher, disparue le 31 juillet 2007.

L’homme dans la fin trentaine, propriétaire d’une Acura rouge comme celle que recherchent les autorités, a toujours refusé d'être soumis au détecteur de mensonge. La police est toujours dans l'impossibilité de valider ce que Bettez a fait le soir de la disparition de la fillette de 9 ans, entre le moment où il a quitté un terrain de golf, vers 19 h, et son retour au travail le lendemain.

La disparition n'est devenue une affaire de meurtre que le 11 décembre 2015, lorsque des chasseurs ont trouvé une partie du crâne de Cédrika.

Infiltré

La SQ a déployé l’artillerie lourde pour soutirer des aveux au principal suspect dans cette affaire. À l’été 2009, la police a tout d’abord monté de toutes pièces un faux concours. Des agents en civil se sont présentés à sa porte, prétendant faire un sondage, et Bettez, en y répondant, s'est trouvé inscrit au concours en question.

Le 26 juin, Jonathan Bettez apprenait qu’il avait remporté un séjour d’un week-end à l’hôtel Fairmont de Mont-Tremblant, incluant deux parties de golf et le transport.

Un agent d’infiltration est allé chercher Jonathan Bettez en limousine chez lui le 31 juillet pour le conduire à Mont-Tremblant, où il rencontrerait trois autres faux gagnants et une hôtesse, tous des policiers sous couverture.

Ami

L'un des faux gagnants avait pour mandat de nouer un lien d’amitié avec Jonathan Bettez, ce qui a fonctionné.

«Au 12e trou de la partie de golf du 2 août, alors qu’ils passent à proximité d’une maison, une jeune fille d’environ 10-12 ans se trouve dans une fenêtre. Jonathan Bettez dit à [l’agent d’infiltration] “As-tu vu le bikini?” Après une pause, Jonathan Bettez ajoute: “Elle est un peu jeune”», peut-on lire dans la déclaration.

Le suspect et l’agent d’infiltration ont échangé leurs numéros de téléphone à la fin du séjour. Les deux hommes ont rejoué au golf ensemble trois jours plus tard, à Trois-Rivières. Plusieurs scénarios se sont enchaînés de la sorte, entre les parties de golf et les soupers au restaurant, en plus de sorties au Centre Bell. Ils jasaient de tout et de rien.

Le 26 octobre 2009, durant un souper au restaurant, un homme vient remettre un porte-documents à l’agent d’infiltration en le remerciant. L’agent ouvre la pochette pour montrer à Jonathan Bettez qu’elle contient 20 000 $.

15 000 $

Deux mois plus tard, Jonathan Bettez demande à son nouvel ami de lui prêter 15 000 $ pour jouer au poker, lui promettant qu’il le rembourserait ensuite et qu'il partagerait les profits avec lui. L’agent accepte son offre en janvier et lui propose d'effectuer des tâches pour diminuer sa dette. Bettez commencera donc à conduire des véhicules, à livrer des colis et à assister l’agent lors de fausses rencontres avec d’autres agents d’infiltration.

Le suspect est finalement chargé de livrer des cartes de crédit frauduleuses, ce qui le met mal à l’aise. En avril 2010, Jonathan Bettez refuse de travailler pour son nouvel ami.

«[L’agent d’infiltration] dit ne pas être déçu qu’il n’ait pas voulu l’aider, mais déçu qu’il n’ait pas eu confiance en lui. Lui, il avait confiance en lui, il lui avait prêté 15 000 $», peut-on lire dans le document.

Les deux hommes ont néanmoins continué de se fréquenter personnellement pour encore quatre mois. Le 16 août 2010, l’agent réalise que Jonathan Bettez l’a retiré de la liste de ses amis sur Messenger.

Jonathan Bettez lui rembourse deux jours plus tard sa dette restante, de 13 000 $. Il dit à l’agent qu’il veut prendre ses distances «à cause de son style de vie et de ses activités mystérieuses».

Jonathan Bettez a quitté le véhicule de l'agent et est allé rejoindre son père, qui l’attendait dans un stationnement à côté. Les scénarios d’infiltration ont alors pris fin, car il n’y avait plus de contact entre les deux individus.

La version de Bettez

Jonathan Bettez dit s’être présenté chez ses parents pour faire l’entretien de la piscine et des plantes après avoir joué au golf, le 31 juillet 2007. Il aurait cependant rebroussé chemin, car sa tante était déjà sur place. Il affirme être alors rentré à son logement, seul. Sa tante a confirmé dans une déclaration écrite à la police qu’elle était bien chez sa sœur ce soir-là, et qu’elle n’y a pas vu son neveu.

Traqués par la police

À la suite de la découverte des ossements de Cédrika Provencher, Jonathan Bettez et ses proches ont fait l'objet d'une surveillance par caméras cachées et écoute électronique pendant deux mois, soit du 16 mai au 14 juillet 2016.

Il avait déjà été dévoilé que Jonathan Bettez avait fait l’objet de surveillance physique du 18 décembre au 31 juillet 2016, mais de nouveaux mandats rendus publics cette semaine montrent que la traque du suspect ne s’est pas limitée à l'installation d'un dispositif sur sa voiture Infiniti G35.

Un juge a autorisé la police à épier, au moyen de caméras et de micros, Jonathan Bettez, ses parents, sa sœur, une ex-copine et deux amis.

L’entreprise Emballages Bettez, les résidences des personnes ciblées et leurs lignes téléphoniques ont pu être piégées.

Voici les 25 scénarios élaborés par la SQ

La Sûreté du Québec a créé pas moins de 25 scénarios d’infiltration visant Jonathan Bettez. Les voici:

1er scénario, le 2 juin 2009

Un agent d’infiltration frappe à la porte de Jonathan Bettez. L’agent lui offre de participer à un sondage en fournissant ses coordonnées, «ce qui lui permet d’être inscrit à un concours» et de recevoir un «gratteux instantané».

Le 26 juin, un autre agent reçoit un appel d’un homme disant se nommer Jonathan Bettez et avoir reçu une lettre où est écrit qu’il a gagné le concours.

L’agent informe alors Bettez qu’il a gagné un séjour à l’hôtel Fairmont de Mont-Tremblant, du 31 juillet au 2 août 2009, deux parties de golf, les repas et le transport aller-retour.

2e scénario, le 31 juillet et les 1er et 2 août 2009

Le 31 juillet 2009, un agent va chercher Jonathan Bettez en limousine pour le conduire à Mont-Tremblant. Les autres «gagnants» du faux concours, des agents d’infiltration, sont sur place et passent le week-end avec Bettez. Ce dernier parle notamment de sa passion pour le poker à plusieurs reprises. Les «gagnants» et Bettez échangent leurs numéros de téléphone et conviennent d’aller jouer au golf à nouveau ensemble, la semaine suivante.

«Lors de ce scénario, au 12e trou de la partie de golf du 2 août 2009, alors qu’ils passent à proximité d’une maison, une jeune fille d’environ 10-12 ans en bikini se trouve dans une fenêtre. Jonathan Bettez dit à l’agent: “As-tu vu le bikini?” Après une pause, Jonathan Bettez ajoute: “Elle est un peu jeune”», peut-on lire dans le document.

3e scénario, le 5 août 2009

Bettez et l'un des «gagnants» vont jouer au golf à Trois-Rivières. Après la partie, Bettez emmène l’agent au restaurant Poivre noir et ils soupent ensemble. Lors de ce repas, Bettez mentionne à l’agent d’infiltration qu’il aurait perdu 20 000 $ au poker en ligne durant les Fêtes de l’année précédente.

4e scénario, le 20 août 2009

Nouvelle partie de golf entre Bettez et l’agent d’infiltration. «L’objectif est de créer des liens entre les deux individus», peut-on lire dans le document de cour. Les deux hommes retournent souper au restaurant Poivre noir et Bettez emmène par la suite l’agent dans les bars de Trois-Rivières. À la fin de la soirée, l’agent ramène Bettez chez sa copine et les hommes conviennent de jouer au golf ensemble le week-end suivant.

5e scénario, le 12 septembre 2009

Bettez et l’agent retournent jouer au golf à Grand-Mère. Après la partie de golf, Bettez emmène l’agent au restaurant Carlito. Ils passent ensuite une partie de la soirée au bar Le Temple, à Trois-Rivières.

6e scénario, le 16 octobre 2009

Le 16 octobre, Bettez devait remettre des bâtons de golf à l’agent puis aller manger. Mais quand l’agent l’appelle, il demande à Bettez de le rejoindre à l’aéroport, car il doit sauter en parachute avec sa copine.

«Le scénario n’a pas eu lieu, compte tenu que ça ne donnait pas assez de temps [en raison de] l’heure prévue du saut en parachute», lit-on dans le document.

7e scénario, le 26 octobre 2009

L’agent et Bettez soupent ensemble. Bettez lui remet les bâtons de golf. Pendant le souper, un autre agent d’infiltration les rejoint et remet un porte-documents au premier agent, en le remerciant «de ce qu’il a fait pour lui».

L’agent ouvre le porte-documents de manière à ce que Jonathan Bettez puisse voir les 20 000 $ qui s’y trouvent. Pendant la soirée, Bettez raconte à l’agent qu’il a recommencé à jouer au poker et qu’il est à «10 000 à date».

Le lendemain, Bettez envoie un texto à l’agent pour l’informer qu’il a des billets de hockey et qu’il veut aller jouer une autre partie de golf.

8e scénario, le 29 octobre 2009

Après une partie de golf avec l’agent, Bettez dit qu’il doit aller faire l’inventaire à son entreprise, avec des employés. Bettez confirme la date du match de hockey au Centre Bell et ajoute qu’il n’est plus avec sa copine.

9e scénario, le 31 octobre 2009

Pendant la partie du Canadien au Centre Bell, deux agents d’infiltration ont croisé Jonathan Bettez, qui était avec son ancienne copine. Après le match, le groupe est allé prendre un verre dans un hôtel en face du Centre Bell, avant de partir vers Trois-Rivières avec son ex.

10e scénario, le 5 novembre 2009

L’agent va chercher Bettez à Trois-Rivières et ils roulent jusqu’à Québec dans le but de récupérer un véhicule. Une fois chez le concessionnaire, un autre agent d’infiltration remet les clés d’un Cadillac à l'agent qui accompagne Bettez. L’agent dit alors qu’il n’est pas content, car il aurait voulu de l’argent, pas un camion, et que l’argent qu’il a confié à l'autre n’a pas donné le «rendement voulu». Assistant à toute la discussion, Bettez n'intervient pas. Bettez et l’agent ramènent le Cadillac à Montréal et soupent dans la métropole. L’agent reconduit ensuite Bettez chez lui, à Trois-Rivières.

Au cours du souper, l’agent offre à Bettez d’être rémunéré pour l’accompagner dans certaines rencontres d’affaires et le conseiller, ce que Bettez accepte. Pour avoir ramené le véhicule, Bettez est payé 300 $.

11e scénario, le 19 novembre 2009

Bettez accompagne l’agent d’infiltration qui rencontre un planificateur financier, un autre agent, dans un restaurant de Québec. Durant la rencontre, Bettez pose plusieurs questions au planificateur financier sur les investissements qu’il offre.

Après le départ du planificateur, Bettez dit qu’il n’investirait pas avec lui, car «tout est toujours beau dans ce qu’il offre». Bettez ajoute ne pas connaître les investissements au Panama, mais dit qu'il va faire des recherches.

Jonathan Bettez reçoit 300 $ pour ses conseils, ainsi qu'une bouteille de vin.

Pendant cette rencontre, Bettez mentionne à l’agent qu’il joue au poker en moyenne trois à quatre heures par jour. Les deux planifient d’aller voir une partie de hockey quelques jours plus tard.

12e scénario, le 24 novembre 2009

Bettez et l’agent soupent ensemble dans un restaurant de Montréal. Lors du repas, Bettez dit avoir fait des recherches au sujet de l’offre d’investissements au Panama que le «planificateur financier» leur a faite. Pour ses recherches, l’agent remet 300 $ à Bettez. L’agent appelle un autre agent d’infiltration, qui finit par rejoindre les deux hommes au restaurant. Devant Bettez, le nouvel agent demande au premier de lui livrer sa marchandise plus tôt que prévu, soit dans la semaine, car il en a besoin.

Pendant le match de hockey au Centre Bell, l’agent fait plusieurs appels, «comme s’il cherchait quelqu’un pour l’aider à récupérer la marchandise» dont il a été question.

À l’entracte de la deuxième période, l’agent demande à Bettez de l’aider. Bettez lui dit de l’appeler le lendemain après 10 h pour vérifier s’il est disponible.

13e scénario, le 16 décembre 2009

Lors d’un souper au Poivre noir, Bettez propose à l’agent, après que ce dernier eut reçu un appel, d’aller remettre une enveloppe à un client. L’agent informe Bettez que l’enveloppe contient des certificats d’actions et que tout est légal. «Suite à cette proposition, Bettez fait part à l’agent de ses réticences. Il dit être très hésitant, se demande qui il est vraiment et s’interroge sur ses activités», peut-on lire.

L’agent rassure alors Bettez en lui parlant de son histoire de couverture (faire de l’argent rapidement) et en ajoutant qu’il ne vend pas de drogue. Après cette mise au point, Bettez accepte d’aller remettre l’enveloppe au client dans un restaurant Tim Hortons.

L’agent offre à Bettez 1000 $ et une caisse de vin pour aller porter l’enveloppe.

Par la suite, Bettez propose à l’agent de faire rapidement de l’argent au poker et lui parle de son rêve de devenir un joueur de poker professionnel sur le web.

Bettez dit à l’agent qu’il a 15 000 $, mais que, pour «jouer à son plein potentiel», il a besoin de 30 000 $. «En lui fournissant 15 000 $ et en s’associant avec lui, il se rembourserait en premier et [...] ensuite, ils diviseraient les profits 50/50», explique-t-on. L’agent répond à Bettez qu’il va y penser, qu’il ne dit ni oui ni non.

Deux jours plus tard, Bettez se rend dans un Tim Hortons de Trois-Rivières et remet l’enveloppe au «client» (un autre agent). Il quitte les lieux après avoir demandé au «client» s’il est un ami de l’agent.

14e scénario, le 8 janvier 2010

L’agent rejoint Bettez au restaurant Le Grill, à Trois-Rivières. En arrivant, l’agent lui remet une enveloppe contenant 15 000 $ en argent comptant pour investir dans le projet de poker en ligne. L’agent dit à Bettez qu’il lui prête l’argent «car c’est son chum et qu’il souhaite qu’il fasse un million». En échange, Bettez aiderait l’agent lorsqu’il en aurait besoin.

L’agent ajoute qu’il récupérera son argent «de cette façon, en déduisant 15 000 $ du montant prêté», et qu’il ne lui fera rien faire qui puisse le mettre en fâcheuse posture.

Bettez accepte l’entente et les deux hommes conviennent de se rappeler.

15e scénario, le 3 février 2010

Bettez livre par camion une cargaison de bois franc, de Boucherville à Ottawa, et l’agent le suit dans un véhicule. Un nouvel agent arrive, inspecte le chargement et remet au premier agent deux enveloppes contenant de l’argent.

L’agent dit à Bettez qu’il a fait 5000 $ avec cette transaction et lui offre 1000 $ pour son aide, c'est-à-dire qu'il lui donne 600 $ et soustrait 400 $ de sa dette.

Ils vont ensuite souper au restaurant et, au cours du repas, Bettez raconte qu’il veut aller en Floride, où ses parents ont un condo, pour jouer au golf.

16e scénario, le 11 février 2010

Au restaurant Ginger, à Québec, Bettez accepte de surveiller l’agent pendant qu’il rencontre un nouveau client. Bettez s’assoit au bar tandis que l’agent est attablé à proximité. L’agent laisse le «client» seul à la table quelques minutes. Bettez lui rapporte par la suite que le «client» «n’a rien fait lorsqu’il l’a laissé seul». Le «client» quitte les lieux et les deux hommes poursuivent la soirée en mangeant et en discutant de vin et de hockey.

Pendant le repas, un nouvel agent arrive et remet une enveloppe à celui qui accompagne Bettez. Les trois hommes parlent d’affaires et de différents sujets généraux, puis le nouveau venu quitte les lieux.

Pour ses services, l’agent déduit 300 $ de la dette de Bettez et lui offre une bouteille de vin.

17e scénario, le 16 février 2010

À la demande de l’agent, Bettez se rend à Québec pour récupérer un ordinateur portable et une clé USB. Dans le hall de l’hôtel, un nouvel agent remet un sac à Bettez.

Dans un restaurant Boston Pizza de Drummondville, Bettez dit à son ami agent qu’il va recevoir le mot de passe. Les deux hommes discutent de différentes choses et Bettez mentionne qu'il hait le gouvernement et les journalistes.

Pour s’être rendu à Québec, l’agent remet 300 $ à Bettez, déduit 200 $ de sa dette et lui donne 50 $ pour ses dépenses, notamment de l’essence.

18e scénario, le 25 février 2010

L’agent va chercher Bettez à son travail et ils partent pour récupérer un véhicule à la douane d’Armstrong, à Saint-Théophile.

Sur les lieux, un douanier (un autre agent) fait signer des documents à l’agent, lui remet les clés d’un Land Rover et lui explique comment fonctionne l’antidémarreur.

L’agent donne une enveloppe blanche au «douanier».

Les deux hommes roulent vers Le Madrid, où ils remettent le Land Rover, puis rentrent à Trois-Rivières.

Pour ses services, Bettez reçoit 700 $ et l’agent déduit 300 $ de sa dette.

19e scénario, le 5 mars 2010

Bettez et l’agent vont récupérer un véhicule à Québec. Pendant la route, Bettez confie avoir participé à un tournoi de poker dans la Vieille Capitale le week-end précédent et y avoir remporté 550 $.

Pendant un repas au restaurant Rascal, un nouvel agent arrive, qui remet aux deux hommes une petite liasse d’argent et les clés d’un véhicule. Bettez et l’agent prennent la direction de Montréal, chacun dans une voiture, et s’arrêtent au restaurant L’Académie.

Sur place, l’agent remet les clés du véhicule récupéré à Québec à un nouvel agent et lui montre une valise qui se trouve dans le coffre arrière du véhicule. Le nouvel agent récupère un CD qui se trouve dans la valise.

Les deux hommes repartent pour Trois-Rivières. Avant qu'ils ne se séparent, l’agent dit à Bettez qu’il aura besoin de son aide au début de la semaine suivante, et Bettez lui répond qu’il n’y a pas de problème.

L’agent déduit 500 $ de la dette de Bettez et lui en remet encore 500 pour ses services.

20e scénario, le 18 mars 2010

L’agent va récupérer Bettez à son travail et les deux hommes partent pour Québec. En route, ils discutent d’aller jouer au golf et pêcher en Floride. Bettez explique qu’il ne peut pas y aller si ses parents s’y trouvent toujours, et que, puisqu’ils ne sont pas revenus, ce lui sera impossible.

Jonathan Bettez dit à l'agent qu'il a recommencé à fréquenter une ancienne copine et qu’il doit prendre part à un tournoi de poker le dimanche suivant. L’agent dit ensuite à Bettez qu’ils vont rencontrer un nouveau client à Québec.

Bettez et l’agent rencontrent «le nouveau client» dans une chambre d’hôtel de Québec et lui remettent une enveloppe qui contient trois cartes de crédit.

L’agent explique au «client» le fonctionnement des cartes, précisant qu’elles ne doivent être utilisées qu'à l’extérieur du Québec pour des avances de fonds. Chacune des cartes doit rappeler 800 $. Le «client» remet 3000 $ en tranches de 50 $ à l’agent, qui compte l’argent devant Bettez.

Après la transaction, Bettez et l’agent ont une longue discussion sur les cartes de crédit. L’agent soutient avoir obtenu les cartes d’un contact dans une banque, et que le crime est donc commis par le tiers de la banque et le «client».

L’agent dit à Bettez que «le jour où il ne voudra pas faire quelque chose, de [le] lui dire, qu’il ne sera jamais obligé de faire quelque chose pour lui».

À leur retour en Mauricie, les deux hommes soupent au Poivre noir, où le maire de Trois-Rivières vient discuter avec Bettez, de son état, de ses parents et de l’entreprise familiale.

Bettez reçoit 400 $ pour ses services et l’agent déduit 200 $ de sa dette.

21e scénario, le 23 mars 2010

Les deux hommes partent pour Québec. En route, Bettez confie à l'agent qu’il ne pourra pas aller en Floride, car son père veut qu’il reste à Trois-Rivières pour l’aider. L’agent explique à Bettez qu’il doit rencontrer un nouveau client et que Bettez devra surveiller ce client.

Après une scène dans un restaurant de Québec, Bettez accepte d’aller porter une enveloppe à un nouveau «client». Le «client» reçoit Bettez, l’invite à s’asseoir, ouvre l’enveloppe devant lui, en sort un document et dit que tout est parfait, ajoutant «qu’il aime faire des affaires avec eux, qu’il aime la façon [dont] ils fonctionnent».

L’agent et Bettez vont souper au restaurant La Bête, où ils discutent de sujets généraux et de la nouvelle fréquentation de Bettez.

Pour ses services, Bettez reçoit 500 $ et 100 $ sont déduits de sa dette.

22e scénario, le 16 avril 2010

Le 30 mars 2010, l’agent appelle Bettez pour lui dire qu’il a besoin de lui, parce que le gars qu’ils ont rencontré ensemble ne cesse de l’appeler, mais qu’il ne veut pas lui parler au téléphone. L’agent demande alors à Bettez de le rencontrer pour savoir ce qu’il veut, mais Bettez lui dit qu’il n’est pas à l’aise avec ça.

Le 16 avril, Bettez rejoint l’agent dans une station-service de Trois-Rivières. D’entrée de jeu, l’agent avoue qu'il est déçu, car Bettez ne lui a pas fait confiance, tandis que lui, il lui avait prêté 15 000 $.

Bettez lui dit avoir apprécié qu'il lui ait prêté de l'argent et ajoute qu'il compte le rembourser sous peu. Il rappelle à l'agent que celui-ci lui a dit à plusieurs reprises que jamais il ne serait obligé de faire quoi que ce soit qui le mette mal à l'aise, comme dans le cas des cartes de crédit.

L’agent dit alors à Bettez que la chose la plus importante pour lui est son amitié et qu’il se fout de la business.

Lors d’un souper au restaurant La Bête, Bettez se confie sur sa copine et sur le fait que son ex n’arrête pas de lui envoyer des textos.

De retour à Trois-Rivières, les deux hommes se disent qu'ils sont contents de s’être parlé et Bettez reçoit 300 $ pour son travail.

23e scénario, le 21 juin 2010

Lors d’une partie de golf à Trois-Rivières, l’agent remet un putter à Bettez, lui dit que c’est son cadeau de fête et que c’est pour cette raison qu’il avait insisté pour jouer au golf avec lui.

Bettez raconte ensuite avoir passé le week-end à Montréal avec sa copine à l'occasion du Grand Prix. Bettez montre à l'agent des vidéos de sa copine et lui dit qu'il sera moins disponible à cause de celle-ci. À travers des discussions sur des sujets généraux, l’agent explique à Bettez qu’il va partir à Vancouver pour un mois.

Vers la fin du parcours, l’agent se dit déçu du fait que Bettez n’ait pas été plus disponible pour lui et dit espérer que cela n’ait aucun lien avec l'argent qu’il lui doit. Bettez dément ce que suggère l’agent, soutenant que sa copine et son travail sont les raisons pour lesquelles il a été moins disponible.

24e scénario, le 4 août 2010

Durant ses vacances, au début du mois de juillet, l’agent reçoit un message de Bettez qui lui demande s’il souhaite investir avec lui et deux de ses amis dans un projet immobilier à Trois-Rivières. L’agent explique qu’il est à l’extérieur du pays mais qu'il veut en rediscuter.

Le 4 août 2010, les deux hommes partent pour Québec. En route, Bettez raconte avoir passé les deux derniers week-ends à Tadoussac et y avoir fait du kayak avec une fille qui n’est pas son ex. Les hommes discutent de sujets variés: maux de genou, projets immobiliers, golf et poker.

Bettez dit avoir recommencé à jouer au poker en ligne et ajoute qu'il pourrait être dangereux pour lui d’aller à Las Vegas. Bettez et l’agent jouent au golf à Breakeyville.

Le 16 août 2010, l’agent remarque que Bettez l’a retiré de sa liste de contacts dans Facebook Messenger. L’agent lui envoie alors une demande d’amitié sur Messenger, puis un texto pour savoir s’il a reçu sa demande.

Lors d’une discussion téléphonique, Bettez explique vouloir prendre ses distances, dit être mal à l’aise avec les «activités millionnaires» de l'agent et son style de vie trop élevé pour lui.

Bettez dit avoir les 13 000 $ qu’il doit à l’agent et vouloir les lui remettre. Les deux hommes conviennent de se revoir pour que Bettez rembourse l’agent.

25e scénario, le 18 août 2010

«5 PM tapant aujourd’hui ou vendredi 5 PM... avise-moi à l’avance! Pas de dernière minute», écrit Bettez à l’agent le 16 août 2010, vers 13 h 27.

L’agent appelle Bettez et ils conviennent de se rencontrer au Tim Hortons à 17 h pour le remboursement.

Vers 16 h 55, Bettez texte l’agent pour lui dire qu’il aura 5 ou 10 minutes de retard. Bettez finit par rejoindre l’agent et lui remet les 13 000 $, que l’agent compte tranquillement.

À la fin de la rencontre, l’agent dit à Bettez qu’il est déçu, qu'il l’a toujours traité comme un frère.

«Jonathan Bettez répond qu’il ne peut rien dire contre cela. Il dit avoir pris sa décision il y a deux ou trois semaines, à cause de son style de vie et de ses activités mystérieuses, qu’il était quand même un ami, mais qu’il voulait prendre ses distances», explique-t-on dans le document.

Les deux hommes se serrent la main et l’agent dit à Bettez de l’appeler s’il veut aller jouer au golf ou voir un match de hockey.

Bettez quitte le véhicule et va rejoindre son père, qui l’attend dans le stationnement d'un Petro-Canada.

On note dans le document qu'il était clair que Bettez, après le scénario 24, souhaitait prendre ses distances.

«N’ayant plus de contact avec le sujet, et afin de satisfaire les normes légales en vigueur pour ce type de techniques d’enquête, le projet d’infiltration s’est terminé», explique-t-on dans le document.

 

Ce qu’on apprend dans les documents

Il a cherché comment changer de nom

Jonathan Bettez a cherché combien coûteraient un changement de nom, après avoir consulté pendant une heure l’article « Un suspect ciblé sur une page à la mémoire de Cédrika », du Journal de Montréal, le 8 août 2016.
Il a fait des recherches pour deux noms, soit Alex Bernier et John Smitt, selon un rapport d’analyse de la SQ rendu public hier. Le suspect a aussi fait des recherches le 14 et le 24 août, cette fois pour changer le nom de son entreprise.

Froid et désorganisé, selon des proches

La police a rencontré plusieurs personnes, dont d’ex-copines et des collègues de travail de Bettez.
« Elle a l’impression que Jonathan Bettez n’a pas de côté affectif », peut-on lire dans un rapport, au sujet d’une ex-conjointe qui l’a fréquenté pendant trois ans.
Un de ses collègues a raconté qu’il ne s’était pas présenté au travail pendant une semaine lorsqu’une femme du bureau qui l’intéressait a annoncé avoir rencontré quelqu’un.
« [Il] mentionne avoir dû intervenir à la demande de cette employée. Jonathan Bettez avait laissé son véhicule personnel devant chez elle pendant près de deux semaines », peut-on lire dans un document. Il a dit que ce n’était qu’un problème de jantes, mais laissait son véhicule là.

Il a refusé le polygraphe trois fois

  • 1re offre de test polygraphique 7 novembre 2007 : Il imposait des conditions que la SQ n’a pas acceptées. Son avocat a par exemple demandé qu’aucune plainte criminelle ne soit portée s’il réussissait l’examen.
  • 2e offre 28 mars 2012 : Des discussions, sans entente
  • 3e offre 17 juin 2015 : Jonathan Bettez a réitéré qu’il voulait que ses conditions soient respectées pour passer un détecteur de mensonges. Le 10 novembre 2015, la SQ a confirmé à Bettez qu’elle s’était entendue avec son avocat pour qu’aucune plainte criminelle ne soit formulée seulement à partir d’un échec du polygraphe. Jonathan Bettez a fini par refuser.

– TVA Nouvelles