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Le regard des autres me pourrit la vie

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Depuis mon enfance, on me croit timide. J’ai du mal à aller vers les autres. Je m’imagine toujours avoir quelque chose de moins qui m’interdit de m’exposer au regard et au jugement des autres. À l’école, je restais silencieuse même si je connaissais la réponse, de peur de me faire rabrouer comme je l’étais à la maison par des parents qui, en intellectuels qu’ils étaient, m’obligeaient à la plus sérieuse réflexion quand je souhaitais m’exprimer sur un sujet.

Malgré cela, j’étais toujours première de classe parce que les examens se passaient entre la feuille et moi, sans personne pour scruter mes réponses. Je me suis quand même épanouie et j’ai fait des études supérieures qui m’ont permis d’avoir un travail valorisant et rémunérateur. Je suis en couple avec un homme qui m’aime et avec qui je souhaite fonder une famille.

Comme moi, c’est un homme effacé qui ne fait pas beaucoup de vagues. On est tellement pareils que je me demande souvent si je ne l’ai pas choisi pour compenser la présence envahissante de mes parents jadis, dans ma vie d’avant leur décès. Ce pourquoi je vous écris aujourd’hui, c’est ma crainte de mettre des enfants au monde et de leur transmettre ce malaise intérieur qui ne m’a jamais quittée, malgré le succès apparent de ma vie personnelle et professionnelle.

La peur viscérale qui me transperce chaque fois que je me vois dans le regard ou le jugement des autres, je ne voudrais tellement pas que mes enfants en soient contaminés. Vous allez peut-être me dire que mes parents étaient à l’inverse de moi, et comme ils ne m’ont pas aidés à guérir, bien au contraire, ça signifie peut-être qu’il n’y a aucun danger pour mes enfants. J’aimerais votre avis sur mes craintes, que mon conjoint rejette du revers de la main.

Sophie

Vous me semblez donner une garantie que vous n’allez pas contaminer vos futurs enfants, ce qui devrait vous rassurer, parce que vous êtes consciente de ce qui vous affecte et qui vous a toujours affectée. Donc vous devriez rester vigilante à ne pas polluer leur vie avec ça. Vos parents étaient loin d’être comme vous, et pourtant leur attitude n’a servi qu’à faire grandir votre faille. Comme quoi les pires pollutions ne viennent pas nécessairement d’où l’on pense. Mais pour plus de sûreté, pourquoi ne pas vous offrir une thérapie susceptible de guérir en vous cette anxiété sociale ? Ne méritez-vous pas ce cadeau qui vous libérerait en plus de la peur d’imposer votre tare à votre descendance ? Il n’existe pas de parents parfaits, mais se donner la chance d’être au mieux de ce que l’on peut faire dans cette tâche, c’est déjà aspirer à un idéal.