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Le paria incontournable

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Donald Trump est devenu un paria incontournable. À chaque nouvelle rencontre internationale, tous se demandent quelle extravagante déclaration il va produire.

Tantôt il insulte ses proches alliés, ailleurs il encense les pires dictateurs, tantôt encore, il répète des statistiques qu’il invente. Mais il est le président des États-Unis. Personne ne peut se le mettre à dos. Pourtant, le programme politique dont il fait la promotion est rejeté par tous les pays développés. Où trouve-t-on un gouvernement qui est contre l’assurance maladie universelle, contre l’environnement, contre l’avortement, contre la protection des travailleurs, mais en faveur de la vente d’armes, des dépenses électorales illimitées, de la déréglementation maximale, de la séparation des familles, etc. ? Nulle part, sauf aux États-Unis. Par son attitude et par son programme, Trump est devenu un paria. Lundi à Helsinki, ce paria rencontrera Vladimir Poutine.

1. Comment se comparent Poutine et Trump ?

Poutine entretient de bonnes relations avec les dirigeants de la plupart des pays du monde. C’est un habile diplomate, un vainqueur. Trump va arriver à Helsinki avec une attitude de grand vainqueur. Mais Trump est un perdant. La Crimée, la Syrie et la Turquie sont autant de défaites pour l’OTAN et les États-Unis. Autant de victoires pour la Russie.

2. Comment Poutine verra-t-il Trump ?

Lorsque Vladimir Poutine rencontrera Trump, il trouvera donc devant lui un vaincu. Un vaincu encore très puissant, mais qui ne reconnaît pas ses défaites et qui n’hésite pas à tirer contre les alliés de son propre camp, par des menaces de toutes sortes. Trump n’est certainement pas personnellement responsable de la situation en Ukraine, en Syrie ou en Turquie. Mais en tant que président des États-Unis, il doit assumer cette responsabilité.

3. Pourquoi la question de l’argent est-elle secondaire ?

Contrairement à ce que semble penser Trump, plus d’argent n’aurait rien changé à ces défaites. Aucun pays ne voulait affronter directement la Russie sur la Crimée. La guerre en Syrie contre le régime de Bashar al-Assad apparaît de plus en plus comme une erreur d’analyse crasse. Quant à la Turquie, personne à l’OTAN n’a pu empêcher sa dérive dictatoriale et islamiste ni son rapprochement avec la Russie. Bref, Donald Trump va rencontrer Vladimir Poutine au moment où l’OTAN et les États-Unis récoltent ce qu’il faut bien appeler le résultat de leurs politiques incompétentes.

4. Pourquoi l’OTAN est-elle responsable des tensions avec la Russie ?

L’OTAN a poussé très loin la provocation de la Russie. Elle a intégré en son sein plusieurs pays d’Europe de l’Est qui autrefois faisaient partie de l’alliance militaire soviétique. Ces pays ne sont pas vitaux pour la sécurité de la Russie. En revanche, un simple coup d’œil sur une carte de l’Europe montre que l’Ukraine pénètre au cœur de tout le dispositif de sécurité de la Russie. C’est entre autres la volonté de l’OTAN d’intégrer l’Ukraine dans son alliance qui a entraîné la forte réponse de la Russie, en particulier l’annexion de la Crimée et le soutien aux nationalistes russes de l’Est de l’Ukraine.

5. Que sortira-t-il de la rencontre entre Trump et Poutine ?

Comme dans bien des domaines, la politique étrangère de Trump se résume à un simple exercice comptable : combien d’argent à court terme rapporte une alliance, une organisation, un traité ? Il fera la même chose avec la Russie. Mais comme souvent, sa méconnaissance des dossiers et sa maladie mentale le rendront facile à manipuler.