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La minière de Mont-Laurier abandonne son projet

Plusieurs investisseurs disaient avoir été floués par une firme qui vendait du rêve

Dans ses publicités, Graphite Energy Corp affirmait exploiter un centre de traitement du graphite.
Photo courtoisie Dans ses publicités, Graphite Energy Corp affirmait exploiter un centre de traitement du graphite.

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Une compagnie minière près de Mont-Laurier qui aurait floué des dizaines d’investisseurs à coup de publicités qualifiées de « trompeuses » a finalement annoncé lundi qu’elle abandonne son projet.

La compagnie Graphite Energy Corp promettait d’extraire du graphite, un minerai prisé notamment par les fabricants de voitures électriques. Elle a vu le prix de ses actions s’effondrer en mars dernier, avant de faire l’objet d’allégations de manipulation boursière. L’entreprise avait encore de mauvaises nouvelles à communiquer à ses investisseurs ce lundi.

Notre Bureau d’enquête a constaté sur le terrain que le bâtiment ressemblait plutôt à un entrepôt abandonné.
Photo courtoisie
Notre Bureau d’enquête a constaté sur le terrain que le bâtiment ressemblait plutôt à un entrepôt abandonné.

Dans un courriel envoyé aux actionnaires le 16 juillet, son nouveau PDG, Adrian Hobkirk, a expliqué que les résultats des premiers échantillons forés étaient « en deçà des attentes ».

Le « pionnier potentiel dans la production de graphite en Amérique du Nord », tel que se vantait la compagnie dans sa campagne publicitaire, n’aura donc jamais extrait de graphite.

En mai, notre Bureau d’enquête rapportait que plusieurs investisseurs disaient avoir été floués par un développement minier trop beau pour être vrai.

Bien que la société minière n’était que dans les phases préliminaires de son exploration, son battage publicitaire racontait une tout autre histoire, laissant entendre que la mine de graphite était déjà en production et suggérant même des liens prometteurs avec le fabricant de voitures électriques Tesla.

Un mirage

Ces déclarations avaient séduit une foule d’investisseurs et fait grimper en flèche les actions de la compagnie, dont le siège social est basé à Vancouver. Celles-ci ont ensuite chuté brusquement, entraînant une perte de valeur d’environ 40 millions de dollars et amenant les actionnaires à se demander s’ils n’avaient pas été victimes d’une manipulation boursière.

Nos recherches avaient démontré que le terrain de Mont-Laurier était en fait à l’abandon, et que la compagnie n’avait aucun lien avec Tesla.

Dans son courriel envoyé lundi, Adrian Hobkirk a promis que la compagnie compte maintenant restaurer la valeur de ses actions avec un nouveau projet. « La direction [...] possède une vaste expérience dans l’évaluation et l’acquisition de projets d’exploration », a-t-il plaidé.

Entré en poste après la chute des actions, le nouveau PDG avait accusé ses prédécesseurs d’être responsables de ce « fiasco ». Hier, il n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Pour Dan Simard, un investisseur québécois qui a perdu près de 1500 $ dans le projet, la nouvelle n’a rien de surprenant. « J’ai fait mon deuil il y a un bout déjà. Mais ça me fascine de voir qu’ils peuvent opérer ainsi en toute impunité. »