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Vers un manque de médecins en soins palliatifs au Québec

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QUÉBEC | Elles côtoient la mort tous les jours, elles sont dévouées, mais elles sont aussi inquiètes. Dre Marjorie Tremblay et Dre Elisa Pucella font le même constat: il manque de médecins pour prodiguer des soins palliatifs de qualité à la grandeur du territoire québécois.

Alors que le nombre de décès augmente chaque année au Québec, 50 % des médecins qui se consacrent à temps plein aux soins palliatifs vont prendre leur retraite d'ici cinq ans, selon les calculs de la Société québécoise des médecins de soins palliatifs.

Or, ces départs à la retraite sont comblés par l'arrivée de jeunes médecins qui n'ont pas le droit de faire des soins palliatifs à temps plein. En raison de la loi 20 adoptée en novembre 2015, ils sont obligés de pratiquer en partie en cabinet.

«D'année en année, on va appauvrir le bassin de médecins de ces ressources à temps plein aux soins palliatifs», a indiqué Dre Elisa Pucella.

Dre Elisa Pucella.
Photo capture d'écran TVA Nouvelles/Agence QMI
Dre Elisa Pucella.

«Par rapport aux besoins que nous aurons dans les prochaines années, nous sommes en retard. On n'arrivera pas à suffire à la demande», a déploré Dre Marjorie Tremblay.

Dre Marjorie Tremblay.
Photo capture d'écran TVA Nouvelles/Agence QMI
Dre Marjorie Tremblay.

Les deux médecins redoutent l'effet qu'aura ce manque de médecins sur la qualité des soins.

«À domicile, on n'a pas accès à des soins palliatifs de qualité partout au Québec. En CHSLD, il y a un exode des médecins», a soulevé Dre Pucella.

Le ministre Barrette au fait du problème

En entrevue avec TVA Nouvelles, le ministre de la Santé Gaétan Barrette assure qu'il est au fait du problème. «Je me suis engagé à régler cette problématique-là avant la fin de notre mandat. Nous sommes sur le point de conclure», a-t-il dit.

«Avec les conditions que nous mettrons en place pour les médecins intéressés à faire des soins à domicile, notamment des soins palliatifs, on va améliorer la situation grandement. Ce sera attirant pour les médecins», a ajouté le ministre.

Une étude qui se fait toujours attendre

Marjorie Tremblay se désole qu'il n'y ait toujours pas de portrait des soins palliatifs au Québec. Il s'agissait pourtant de la première recommandation de la Commission Mourir dans la dignité, en 2012.

«On manque de données. Où en sommes-nous rendus? Où sont les problèmes?» a soulevé Dre Tremblay.

«La qualité des soins palliatifs doit être exigée dans tous les établissements de santé du Québec, ce qui n'est pas le cas actuellement», a-t-elle poursuivi.

Le ministère de la Santé affirme qu'il mesure des indicateurs lui permettant d'avoir un portrait des soins palliatifs. Cela dit, il ne tient compte que de trois des dix indicateurs qui lui avaient été recommandés par l'Institut national de santé publique, en mars 2006.

Dans les années 1970, le Québec était un précurseur des soins palliatifs. C'est en 1975, à l'hôpital Royal Victoria, à Montréal, qu'a été créé le premier service de soins palliatifs en Amérique du Nord.

La qualité des soins palliatifs n'est pas la même partout

Au Québec, il est impossible d'avoir des données sur la qualité des soins palliatifs puisque le ministère de la Santé ne mesure que trois des dix indicateurs qui lui permettraient d'avoir un portrait exact de la situation. Les témoignages démontrent toutefois qu'il y a une iniquité sur le territoire québécois.

C'est le cas de Caroline Lavallée, dont la mère est décédée il y a trois mois. Leur première expérience en soins palliatifs a été éprouvante.

«Dans le premier établissement, nous aurions dû avoir une chambre privée et ça n'a pas été le cas pour ma mère, a relaté Caroline Lavallée. À deux reprises, des voisins de chambre sont décédés. Elle a tout vu. Tout entendu. Je trouve ça inhumain d'être placée dans le lit d'à côté et de voir le sort qui nous est réservé.»

Caroline Lavallée relate que sa mère a même demandé l'aide médicale à mourir pour en finir avec cette situation. Elle a finalement été transférée dans un second établissement pour lequel Mme Lavallée ne tarit pas d'éloges.

«J'ai vu qu'elle était confortable. Qu'elle était bien. Que sa douleur était contrôlée et sa souffrance psychologique est disparue. Son visage est devenu lumineux et elle a pu vivre sa dernière semaine en toute sérénité», a raconté Mme Lavallée, le sourire aux lèvres.

Dre Marjorie Tremblay n'est pas surprise lorsqu'elle entend cette histoire. «J'aimerais pouvoir dire que c'est rare. Cela dit, ce n'est pas partout au Québec où il y a des unités dédiées», a-t-elle déploré.

Dre Tremblay souhaite que l'étude recommandée en 2012 par la Commission Mourir dans la dignité soit commandée par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Elle se dit attristée et impuissante par le manque de ressources dans certains établissements «Si je vois un patient qui n'a pas ce qu'il pourrait obtenir, ça m'attriste énormément. Pourquoi un patient n'a-t-il pas la même chance qu'un autre?»

À l'heure actuelle au Québec, il y a 896 lits de soins palliatifs. Le ministre Gaétan Barrette rappelle que ce sont les établissements qui sont responsables d'assurer des soins de qualité.