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Les péquistes... caquistes!

Les péquistes... caquistes!
Photo Simon Clark

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Depuis des mois, on entend souvent dire que la CAQ et le PLQ, c’est du pareil au même.

Cette affirmation devient de plus en plus boiteuse, quand on considère le nombre d’anciens conseillers péquistes qui se joignent au parti de François Legault.

Tout a commencé par l’arrivée de Stéphane Gobeil, ancien rédacteur de discours et conseiller de Pauline Marois. C’est en janvier 2016, après avoir épaulé Bernard Drainville dans la course à la chefferie du PQ, que monsieur Gobeil, connu et respecté dans les cercles politiques, évoquait son désir de participer à l’union des forces nationalistes pour joindre les rangs de la CAQ.

Puis, plus récemment, ce fut au tour de Manuel Dionne, ancien attaché de presse péquiste, notamment du ministre Bernard Drainville, de sauter la clôture. Idem pour Mathieu St-Amand, qui avait également occupé des fonctions d’attachés de presse, entre autres pour le candidat à la chefferie Bernard Drainville.

Dans le cas de ces 3 personnes, il faut noter qu’il y a eu une période tampon entre leur départ du PQ et leur adhésion au camp de l’ennemi.

Par contre, ce n’est pas le cas en ce qui concerne une autre employée du PQ qui a récemment quitté le navire.

En effet, j’ai appris que Florence Plourde, qui était jusqu’à tout récemment responsable des médias sociaux pour les péquistes et qui avait notamment travaillé pour Bernard Drainville(!), serait sur le point d’officialiser son arrivée avec la CAQ. Sans me confirmer cette embauche, des apparatchiks caquistes m’ont avoué que les pourparlers étaient en cours et que l’embauche de madame Plourde était fort possible.

Avouons que c’est plutôt particulier.

Je ne parle pas ici du fait que tous ces gens ont été associés à Bernard Drainville. Car bien que ce fait saute au visage, il ne faut pas tomber dans la théorie du complot. En fait, il faudrait davantage y voir l’importance de Stéphane Gobeil dans les cercles caquistes. Ce dernier participe au recrutement de nouveaux employés et il apparaît normal qu’il se tourne vers des gens qu’il connaît bien.

Non, c’est plutôt les flips-flop idéologiques qui me fascinent.

Imaginez. Quelques mois ou quelques semaines plus tôt, vous contribuez à démoniser François Legault, à honnir le fédéralisme et à orchestrer des stratégies pour mettre de l’avant la souveraineté et son chef, puis, du jour au lendemain, vous passer dans le camp ennemi.

Ça ne fait pas 50 ans que j’ai quitté la politique active. Tout juste 8 ans en fait. Mais je peux vous affirmer que jamais une telle pirouette n’aurait été envisageable dans mon temps.

Pour travailler dans un cabinet politique, ça prend un minimum de conviction. Il faut vouloir se dédier pour une cause, pour un chef. Faire face aux tempêtes, y croire quand plus personne n’y croit, se battre jusqu’à son dernier souffle...

Pas sacrer son camp à quelques semaines des élections pour flirter avec l’ennemi.

***

Mais allons au-delà de l’aspect anecdotique et potinage de cette histoire.

Qu’est-ce que cela veut dire dans les faits?

Plusieurs choses.

Tout d’abord, que ça va mal au PQ. Les troupes semblent démobilisées et il n’est pas normal qu’à la veille des élections, des joueurs tournent le dos au parti, à la cause, pour se joindre à un parti qui ne veut rien savoir, dit-on, de la souveraineté du Québec. Les départs sont nombreux.

Il y a désaffection, et cela n’augure rien de bon pour les prochaines semaines.

Ensuite, cela démontre l’immensité du défi qui attend la CAQ en terme de gestion des ressources humaines.

Parce que si des anciens péquistes sont portés à flairer la bonne affaire, ce sera aussi le cas des conseillers politiques libéraux au lendemain d’une hypothétique défaite.

Et la CAQ sait fort bien qu’elle ne possède pas suffisamment de profondeur pour pourvoir à l’entièreté des postes à combler dans les différents cabinets politiques. Ils devront donc faire le tri entre les caquistes purs et durs et les libéraux et péquistes opportunistes. Car s'il est permis de croire que certaines conversions seront bien réelles, il ne faut pas se leurrer. Il y aura aussi celles et ceux qui vont courir après un emploi, un salaire et une position.

Qui plus est, les caquistes de la première heure les auront à l’oeil. « Pourquoi elle ou lui a tel ou tel poste, mais pas moi? Mais à quoi ça sert de faire la traversée du désert, de rester solidaire à mon chef et mon parti, même quand nous étions la risée du Québec, pour ensuite me faire bêtement damer le pion par des transfuges qui n’hésitent pas à manger à tous les râteliers?»

Oh là là!

Il faudra faire preuve de tact, de flair, et savoir ménager les susceptibilités.

Décidément, François Legault et sa bande ne manqueront pas de défis si ils prennent le pouvoir.