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L’exercice comme allié pour combattre le foie gras humain

L’exercice comme allié pour combattre le foie gras humain
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Il y a quelques semaines, une trouvaille qu’on qualifiait de nouvelle faisait les manchettes : la maladie du foie gras sera une nouvelle épidémie. Dans les différents reportages et articles sur le sujet, on ajoutait qu’on pouvait retrouver cette condition chez des individus en surpoids et qu’aucun traitement (entendre un médicament) ne semblait disponible.

Cette nouvelle, qui a retenu l’attention des médias, et, par conséquent, de la population, montre à nouveau l’importance pour les journalistes et la population d’avoir accès aux données scientifiques sur les questions de santé. La science apporte des éclairages sur ce problème de santé, d’où la présente chronique.

Dans un premier temps, il importe de confirmer qu’un foie gras est effectivement associé à des problèmes de santé. Le foie joue un rôle central dans la transformation des molécules dans le corps, dont celles qui fournissent de l’énergie (sucres, gras, protéines) aux différents tissus de l’organisme.

Lorsque le foie devient gonflé de graisse, il libère dans le sang des substances inflammatoires et du gras sous forme de triglycérides (type de gras le plus abondant dans l’organisme). Un foie gras fabrique également plus de sucre (glucose), ce qui explique la glycémie élevée des patients avec un diabète de type 2.

Cependant, le point central de cette chronique est le suivant : le foie gras n’est pas spécifiquement associé à l’obésité, mais plutôt à une forme précise de surpoids ou d’obésité : l’obésité viscérale. En effet, il y a quelques années, dans une grande étude d’imagerie internationale réalisée sous la direction de notre équipe de recherche, nous avions mesuré le contenu en lipides (gras) du foie de milliers de personnes provenant de 29 pays. Nous avons alors observé que le foie gras humain est rarement observé de façon isolée, mais qu’il est le plus souvent accompagné d’un excès de graisse dans la cavité abdominale : l’obésité viscérale.

Ainsi, même les patients en surpoids ou obèses, mais sans obésité viscérale ont très rarement le foie gras. À l’opposé, les patients de poids apparemment normaux, mais qui ont de la graisse viscérale en excès ont souvent le foie gras. Ces observations montrent à nouveau à quel point le poids corporel et le fameux poids santé sont inutiles et qu’il faut plutôt suivre l’évolution de notre tour de taille. Nous avons d’ailleurs montré que la combinaison d’un tour de taille élevé et de triglycérides sanguins augmentés dans le sang permettait de détecter en clinique cette obésité viscérale qui est la cause la plus fréquente du foie gras.

Un traitement ?

Comment traiter le foie gras ? À moins de désordres hormonaux, d’une consommation excessive et chronique d’alcool, ou d’effets secondaires de certains médicaments, le foie gras humain se développe chez les personnes génétiquement prédisposées à l’obésité viscérale qui ne bougent pas assez et dont l’alimentation est de faible qualité (riches en produits gras transformés et en sucre ajouté).

Peut-on combattre et traiter l’obésité viscérale et le foie gras ? Absolument ! De plus, le « médicament » est gratuit ! Si on vous diagnostique un foie gras, commencez à marcher et visez une bonne marche de 45 minutes tous les jours. Pour la plupart d’entre vous, le gras au foie va fondre comme neige au soleil, science à l’appui.

Les études de modifications du mode de vie ont montré qu’en mangeant mieux et en faisant de l’activité physique presque tous les jours, on peut perdre très rapidement son foie gras et ainsi améliorer de façon considérable son profil de santé.

Pourquoi ne parlons-nous pas de ces résultats scientifiques à la population et aux patients ? C’est tout simplement que la médecine actuelle se concentre sur le curatif avec des procédures médicales et des médicaments et n’est pas équipée pour faire du « lifestyle medicine » (médecine du mode de vie). Pourtant, toute cette science est accessible et régulièrement générée par les chercheurs de l’IUCPQ et de l’Université Laval.

À quand une véritable politique de prévention appliquée à la médecine familiale moderne comme dans d’autres pays ?


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Depuis 2015, il est directeur de la science et de l’innovation à l’Alliance santé Québec.