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Mon Noël arrive ! Le Comedy Pro commence demain

Logo 2018 du colloque Comedy Pro de Just for Laughs, obtenu sur le site Web de l'événement.
Logo 2018 du colloque Comedy Pro de Just for Laughs, obtenu sur le site Web de l'événement.

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C’est l’événement que j’attends pendant 361 jours : les quatre jours que durent le Comedy Pro, durant le festival Juste pour rire / Just for Laughs est un peu comme mon cadeau de Noël en juillet.

Qu’est-ce que le Comedy Pro ? C’est un colloque portant sur les tendances actuelles et à venir de l’industrie de l’humour internationale. C’est le moment où les grands bonzes de l’humour américains, canadiens, britanniques, et d’autres pays, se rencontrent et échangent entre eux.

C’est aussi le moment pour les aspirants de l’industrie anglophone, artistes comme gestionnaires, de rencontrer ces gens, de se faire valoir, de participer aux discussions.

Et pourquoi est-ce que j’y participe en tant qu’observatrice ? Parce que c’est là qu’on voit poindre les prochains concepts humoristiques, les prochaines prises de risques, les prochains courants populaires.

Mais, surtout, j’y vais pour me faire surprendre, pour découvrir, pour nourrir ma curiosité.

Oui, mais tout est en anglais ...

C’est vrai. On pourrait légitimement se demander quels sont les avantages de tenir un tel événement à Montréal, au cœur de l'industrie franco-québécoise.

Pour moi, c’est l’évidence même : l’industrie québécoise devrait y être.

Cela peut sembler étrange à dire, surtout dans un contexte où nous avons une industrie qui est en pleine santé, et d’autant plus sur le plan créatif.

Mais n’oublions pas une chose : sans être des « colonisés américains », nous sommes très influencés par ce qui se passe en humour de l’autre côté de la frontière.

La montée du stand-up et des soirées d’humour au Québec ne sont pas les fruits du hasard, mais d’un ensemble de circonstances, y compris l’influence américaine.

Le public et les artistes maîtrisent de plus en plus la compréhension de l’anglais et se nourrissent d’œuvres américaines, britanniques, australiennes, etc.

Et le tout enrichit notre catalogue de productions en français.

Ce n’est pas de copier-coller ce qui se fait ailleurs, mais parfois simplement y constater que certains défoncent des portes et ont moins peur de lancer de nouvelles idées, d’attaquer de nouveaux sujets. Et on se dit que si ça marche chez eux, alors nous aussi nous pouvons prendre davantage de risques. Même si tout ce qui fonctionne ailleurs ne peut pas forcément fonctionner chez nous, au moins on y prend le temps de bousculer nos idées et nos pantoufles. 

Les découvertes et surprises auxquelles j’ai goûtées depuis mes premières visites

Ma première aventure au Comedy Pro a eu lieu en 2011 et m’a renversée.

J’y avais alors été initiée à la montée des podcasts et les changements que ce nouveau média apportait dans la relation entre l’humoriste et son public, mais aussi dans le processus de créativité des artistes. J’ai pu voir et comprendre comment le podcast a relancé des carrières moribondes et a fait naître un nouveau type d'artistes de l'humour qui ne se sentaient ni à l'aise sur scène, ni au micro des radios commerciales.

J’y ai pesé la relation amour-haine entre les artistes et les gestionnaires de l’industrie américaine, ce qui m’a apportée une nouvelle compréhension des relations entre l’industrie et les artistes québécois... Et je me suis dit que, quand on se compare, on se console !

J’ai assisté en 2012 à des séances d’évaluation de sites internet d’artistes par des recruteurs de talents qui, très généreusement, expliquaient aux humoristes les erreurs à ne pas faire pour se mettre en valeur sur le Web.

J’ai été témoin de séances de « pitch » où des créateurs tentaient de vendre leurs concepts à des acteurs de poids de la télévision, du cinéma et du Web. Depuis, j’invite mes étudiants de l’École nationale de l’humour à venir assister à ces séances pour apprendre et améliorer leurs propres présentations.

En 2016, j’ai pu constater le ras-le-bol des télédiffuseurs pour des concepts d’émissions mettant en vedette des personnages blancs. Le mot d’ordre était simple : montrez-nous de la diversité ! Montrez-nous le vrai visage de la société américaine !

C’est également en 2016 que j’ai pu comprendre la démarche de plus en plus militante de certains humoristes dans le cadre de l’humour politique, leurs motivations et leur dévouement. Et croyez-moi, il n’y avait rien de drôle là-dedans. C’était du sérieux au quart de tour.

Toutes ces tendances, tous ces concepts sont plus que présents aujourd’hui et se sont même glissés jusque dans notre industrie, non plus seulement dans les courants secondaires et dans les niches, mais de plus en plus dans les courants populaires.

Un Comedy Pro pour le Québec ?

Je me suis longtemps demandée pourquoi les membres de l’industrie francophone n’étaient pas plus présents lors du colloque. J’ai aussi posé la question aux organisateurs. Eux-mêmes ont redoublé d’efforts pour attirer les participants québécois, mais sans réel effet.

Il est vrai que, dans notre industrie, tout le monde se connaît. Elle demeure « petite », malgré son importance et le nombre toujours croissants de ses joueurs.

Aussi, peut-être s’est-elle sentie suffisamment dynamique pour ne pas avoir besoin de se rencontrer de cette manière.

Et puis, elle se retrouve plusieurs fois par an, lors des nombreux festivals et des Oliviers.

Mais je demeure d’avis que d’échanger davantage, de communiquer, de se rassembler ne peut qu’être bénéfique. Et j’en suis d’autant plus convaincue après avoir participé à ce type de rencontre ailleurs dans le monde, notamment en Grande-Bretagne en 2016 au Comedy International Conference.

Cette année, le festival ComediHa! tentera l’expérience en français lors d’une journée spéciale le 17 août, à laquelle je participerai.

Ce n’est pas tant de révéler ses recettes secrètes que de contribuer à la vitalité et à la poursuite du développement de son univers.

Et comme le Québec vit une belle époque créative, je crois que d’étendre son regard au-delà des contenus venus d’ailleurs, en concentrant son attention sur comment se discutent et se négocient les prises de risques dans les autres marchés, il ne pourra qu’en sortir gagnant.