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Tant pis pour les consommateurs de pot médical

Erin Prosk, présidente et cofondatrice de Santé Cannabis à Montréal souhaite que cannabis soit aussi vendu en pharmacie et couvert par les régimes d'assurance-médicaments.
Crédit photo Annabelle Blais Erin Prosk, présidente et cofondatrice de Santé Cannabis à Montréal souhaite que cannabis soit aussi vendu en pharmacie et couvert par les régimes d'assurance-médicaments.

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Tu consommes du cannabis médical? OK tu es « malade ». Wink Wink. Moi aussi, je souffre.

Quand une personne affirme qu’elle consomme du cannabis thérapeutique, les gens sont souvent sceptiques. 

« Elle n’a pas l’air ben ben malade», me répondait avec du jugement plein la voix une dame à qui j’expliquais que sa voisine consommait du cannabis à des fins thérapeutique.

Le pot n’est pas simplement utilisé pour soulager les cancéreux en phase terminale. Certains ont l’air de croire que les gens prennent du cannabis en fin de vie juste parce que...tant qu’à mourir aussi ben être un peu buzzé. C’est un peu plus compliqué que ça.

Mais est-ce possible qu’une personne pas vraiment malade ait déjà réussi à obtenir une prescription de pot médical?

Oui, moi. Pour un reportage, j’avais réussi à convaincre deux médecins.

Pour obtenir mes prescriptions, j’avais payé (quand j’écris « je » je veux dire mon employeur) quelques centaines de beaux dollars et j’avais notamment trouvé un médecin à l’éthique élastique qui posait ses diagnostics par Skype en moins de 5 minutes.

Alors, oui, il peut y avoir des malades imaginaires et des médecins qui ont le serment d’Hippocrate bien caché sous leur épais carnet de facturation.

Ça n’empêche pas qu’il y a de vrais patients qui sont vraiment traités avec du cannabis.

Quand un homme est rendu à utiliser des suppositoires au weed pour soulager ses douleurs reliées à un cancer colorectal...j’ai comme envie de croire qu’il est sérieux dans sa démarche. Sinon, j'aimerais qu'on décerne le Doctorat honoris causa de la motivation à cette personne sur le champ.

Erin Prosk, présidente et cofondatrice de Santé Cannabis à Montréal souhaite que cannabis soit aussi vendu en pharmacie et couvert par les régimes d'assurance-médicaments.
Photo Chantal Poirier

Les suppositoires à l'huile de cannabis ne risquent pas d'être le produit phare de la SQDC...

Pas plus accessible
Mais ironiquement, la légalisation du cannabis ne changera rien pour ces patients. Leur traitement ne sera pas plus accessible.

«On s’en fout, ils n’ont rien qu’à aller à la Société québécoise du cannabis», m’ont dit certains via la magie des internets.

Ça peut vous étonner, mais il y a des personnes qui ne consommaient pas de pot avant d’être malades. Et ces gens veulent avoir un traitement et un suivi rigoureux avec un médecin pour leur traitement.

Leur but est d'atténuer leurs douleurs associées à leur maladie, pas de se taper une infopub dans un sofa avec un sac de Doritos format familial.

Erin Prosk, présidente et cofondatrice de Santé Cannabis à Montréal, ou encore l’Association Canadien pour l’accès équitable à la marijuana médicale militent pour que le pot soit aussi vendu en pharmacie et couvert par les régimes d'assurance-médicaments.

En achetant à la SDQC, les consommateurs se retrouvent à payer la taxe d’accises de 1$ par gramme si le prix est moins de 10$. Au-delà des 10 $, la taxe est de 10 % du prix du gramme.

Et surtout, le personnel de la SQDC ne sera pas formé pour dire à un client qu’en raison de leurs antécédents familiaux, il est plus à risque que d’autres de développer une psychose.

L’endroit n’est pas fait pour ça. Avez-vous déjà entendu un commis de la SAQ dire : «pour traiter votre anxiété sociale, je vous conseille la pastille ‘fruité et généreux’.»

Les bonnes ressources d'aide

Erin Prosk se demande si les employés à la SQDC pourront, à tout le moins, expliquer l’existence des ressources, comme sa clinique, pour ceux qui ont besoin de cannabis médical.

«Mais pour l’instant, je n’ai pas vraiment d’espoir que le gouvernement ait à cœur de bien informer cette clientèle, on n’a pas eu de retour du gouvernement», dit-elle.

Je constate aussi que plusieurs personnes aimeraient recevoir un peu d’aide pour trouver les bonnes cliniques.

Dans mon reportage, il y a deux ans, j’avais découvert un grand nombre de « cliniques » ou centre de consultation pour aider les patients à obtenir une prescription de cannabis. C’était un peu le Far West.

Il y a de vraies cliniques et d'autres ne sont que des intermédiaires qui mettent les patients en contact avec un médecin. J’avais payé entre 250 et 460$ pour me faire ouvrir un dossier. Mais  ces frais ne sont pas réglementés et la qualité des services varie grandement.

Santé Cannabis est un peu différent. Ils ont la réputation d’être rigoureux et leurs médecins travaillent directement dans leur clinique, ce qui n’est pas le cas de tous. Ils travaillent avec 10 médecins et six infirmières.

Environ 75% des gens qu’ils reçoivent sont refusé du programme de traitement au cannabis médical. Et pourtant, à eux seuls, ils ont recruté la moitié des 3000 patients inscrits sur le registre québécois qui est en fait un projet pilote de recherche.

Pas de cadeau pour le privé

Santé Cannabis aimerait bien faire part de leur expertise au gouvernement, mais Erin n’a pas été invitée à siéger aux différents comités gouvernementaux pour suivre l’impact de la légalisation du cannabis dans la société.

«Le gouvernement se méfie beaucoup des entreprises privées dans le cannabis», explique-t-elle.

Parfait, mais en attendant, c’est surtout le privé qui finance la recherche.

Par exemple, Santé Cannabis a annoncé la semaine dernière qu’elle participait à deux essais cliniques approuvés par Santé Canada et commandités par Tetra Bio-Pharma. L’un porte sur les patients atteints d'un cancer et l'autre sur les douleurs chroniques.

Ils ont même obtenu du financement pour leur programme de recherche clinique ce qui leur permet d’éliminer tous les frais de service pour leur patient. Santé cannabis est notamment financé par des contrats de recherche avec des pharmaceutiques, mais aussi des producteurs autorisés de cannabis (Tweed, OrganiGram, Aphria, MedReleaf, Hydropothecary) et d'autres financements privés qu'ils n'ont pas souhaiter révéler.

Tout ça pour dire que Santé Cannabis ne craint pas de perdre des patients avec la légalisation. Le petit poteux du coin n’est pas leur client type. La moitié de leurs patients ont d’ailleurs 55 ans et plus.

Mais si les employés de la SQDC ne donnent pas de conseils médicaux, est-ce qu’il vont faire un peu d’éducation? Tremperont un peu dans la campagne de peur en balançant des statistiques sans contexte et autre explication tel un politicien en campagne électorale?

Par exemple, la statistique selon laquelle la consommation de pot augmente de 40% les risques de développer une psychose s’est répandue plus vite dans le discours des psychiatres que la bonne nouvelle de Jésus dans toute la Judée.

Dans les faits le risque est de 1 à 3% dans la population en générale. Donc chez les consommateurs de pot, le risque augmente mais ce n'est pas tellement élevé, right? Honnêtement, je ne le sais pas.

J’espère qu’à la SQDC, les clients auront accès à de vraies informations et pas juste un petit bout de cartons sur lequel on trouve avec deux ou trois statistiques épeurante. Spoiler SQDC: si vous faires ça, vos bouts de cartons finiront comme cut pour rouler des joints. 

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