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Les ondes radio bloquées par le béton

Policiers et ambulanciers dénoncent les ratés dans les communications d’urgence

François Goyette témoigne des problèmes que vivent les ambulanciers avec le système de communication radio RENIR.
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin François Goyette témoigne des problèmes que vivent les ambulanciers avec le système de communication radio RENIR.

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Le signal du système de communication d’urgence de la Sécurité publique ne se rend pas dans de nombreux bâtiments, mettant ainsi la vie de citoyens en danger et forçant les services d’urgence à se doter de systèmes d’appoint dans tous leurs postes.

Le Réseau national intégré de radiocommunication (RENIR) est en déroute. Plusieurs sources policières et ambulancières se sont confiées au Journal pour expliquer les problèmes liés aux signaux radio depuis le début de la migration du système.

Selon nos informations, les communications radio du nouveau système sont souvent bloquées par les murs bétonnés et de nouveaux types de matériaux de construction.

Cela peut mettre en danger la vie de policiers, de citoyens et d’ambulanciers. La CNESST a notamment été interpellée à l’automne par des paramédicaux qui soulignaient que «l’on joue avec la vie des gens».

Un homme a d’ailleurs failli mourir à Granby il y a quelques mois, en raison des ratés du système RENIR, alors que le signal de communication des ambulanciers qui intervenaient n’a jamais traversé le mur du bâtiment où se trouvait la victime en arrêt cardiorespiratoire.

Cette nouvelle défaillance s’ajoute :

  • À la spirale des dépassements de coûts : le projet, qui devait être achevé en 2008 au coût de 144 M$, dépasse maintenant les 344 M$.
  • À la suspension du déploiement du système en raison de ratés dans sa mise en service.
  • À l’entreposage de matériaux informatiques qui sont toujours dans leur emballage, et ce, 10 ans après leur achat.
  • À l’embauche d’un consultant externe à 200 $ l’heure pour tenter de régler la «crise».

Déploiement interminable

Ces problèmes de signaux forcent le Centre de services partagés du Québec (CSPQ) à installer un «répéteur» de signal dans tous les postes de la Sûreté du Québec, un type d’amplificateur d’ondes.

La décision d’ajouter ces machines supplémentaires a été prise à l’automne 2017 et il en coûtera au contribuable 27 500 $ par appareil.

De ce montant, 12 300 $ sont dépensés en moyenne pour installer l’objet, ce qui ne prend que cinq minutes, selon nos informations. À terme, le CSPQ pourrait dépenser plus de 3,5 M$ pour l’ensemble de sa flotte.

L’an dernier, l’organisation gouvernementale soulignait que «le projet de construction du RENIR était terminé depuis le 31 mars 2013». Or, le déploiement du RENIR s’éternise, et la majorité de ces amplificateurs ne seront installés qu’en 2019.

Des policiers ont aussi rapporté au Journal les mêmes ratés.
Photo d'archives
Des policiers ont aussi rapporté au Journal les mêmes ratés.

Investigation

Le directeur des communications du CSPQ, Christian Therrien, admet que les communications radio sont affectées.

«Quelques cas isolés de limitations reliées à de nouveaux types de matériaux de construction ont été constatés ces derniers temps, affectant tous les types de réseaux de communication sans fil», a admis M. Therrien, qui soutient que les problèmes ne sont pas généralisés. «Ces quelques situations sont en investigation».

Il soutient que la décision d’installer les répéteurs de poste a été prise afin de faciliter le travail des policiers. La Sûreté du Québec assure aussi qu’il n’y a aucun danger pour la population.

Des informations réfutées par nos sources, qui martèlent que l’ancien système fonctionnait beaucoup mieux pour les communications de courtes distances.

Un policier a failli y laisser sa peau

Un policier en arrêt cardiorespiratoire a bien failli mourir dans sa chambre d’hôtel à Granby en raison d’une défaillance du système de télécommunication d’urgence RENIR, qui est aussi utilisé par les ambulanciers du Québec.

L’automne dernier, un agent de police, qui était en vacances à l’hôtel le Castel dans la région de Granby avec des amis, a fait un arrêt cardiaque. L’ambulancier François Goyette et son coéquipier sont rapidement arrivés sur les lieux afin de prodiguer les premiers soins à l’homme en détresse.

«Il y a des manœuvres qui avaient été commencées par ses collègues. Le défibrillateur de l’hôtel avait été utilisé», a indiqué M. Goyette. En raison d’un bris, le duo ne peut utiliser son défibrillateur.

«Dans l’hôtel, on devait utiliser nos ondes portatives pour demander l’assistance d’un deuxième véhicule ambulancier, mais les ondes ne passaient pas du tout. Lorsqu’on enclenchait notre mitaine de radio, ça sonnait engagé sans arrêt».

Ils n’ont pas été capables d’obtenir des renforts.

«Même en se déplaçant dans la chambre ou dans le corridor... Nous avons dû nous déplacer jusqu’à notre véhicule pour réussir à voir les ondes radio», peste le premier répondant.

Par chance, des agents de police qui sont arrivés sur les lieux de l’incident avaient un défibrillateur fonctionnel avec eux, ce qui a permis de sauver la vie de l’homme.

«Aucun avantage»

L’ambulancier signale que ces problèmes sont présents depuis l’installation du système, il y a près de deux ans. «Régulièrement, il y a des bris d’antennes, ce qu’on n’avait pas auparavant avec les anciennes radios, a-t-il mentionné. Il n’y avait aucun avantage réel avec ce nouveau système».

La Sécurité publique vantait la possibilité de communiquer avec tous les corps de métier d’urgence partout au Québec grâce au RENIR.

«Souvent, nous allons être dans des bâtiments, des maisons de personnes âgées par exemple, et nous devons demander l’aide de policiers, mais les ondes n’entrent pas. Nous, ce que l’on veut, c’est se rapporter adéquatement dans notre secteur», a expliqué M. Goyette.

Plaintes à la CNESST

En raison des dangers, les ambulanciers ont fait des plaintes à la CNESST.

Le président de la Fraternité des travailleurs et travailleuses du préhospitalier du Québec, Benoit Cowell, souligne que les problèmes rapportés au syndicat sont nombreux, principalement en Montérégie.

«Les zones dans les régions moindrement éloignées ne fonctionnent pas [...] C’est un système qui a coûté des millions et qui ne fonctionne qu’à moitié», a-t-il déclaré.

Les ambulanciers ne se sentent pas en sécurité, surtout avec l’augmentation des interventions auprès des personnes ayant des troubles mentaux.