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Une Flûte enchantée remplie de magie

Le metteur en scène Robert Lepage a reçu deux longues ovations

Dans <i>La flûte enchantée</i>, la Reine de la nuit est interprétée par la spectaculaire Audrey Luna.
Photo courtoisie, Louise Leblanc Dans La flûte enchantée, la Reine de la nuit est interprétée par la spectaculaire Audrey Luna.

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Malgré l’été éprouvant qu’il traverse, le metteur en scène Robert Lepage a pu savourer quelques moments de pur bonheur à la première de La flûte enchantée. Il a été fortement ovationné à l’occasion de la présentation de cette œuvre de Mozart, au Festival d’opéra de Québec.

Une première fois, lorsque Pierre Goulet, le président du conseil d’administration du Festival d’opéra de Québec a souligné l’importance de sa contribution à cet événement, avec une cinquième mise en scène en huit éditions.

On ne voit pas ça souvent, un metteur en scène acclamé avant la présentation de l’œuvre sur laquelle il a travaillé et qu’il n’a jamais encore présentée.

Et une deuxième fois, à la fin de la représentation, où il a reçu une plus grosse « claque » que les chanteurs Frédéric Antoun, Gordon Bintner et Audrey Luna, chaudement applaudis, lorsqu’on l’a invité à rejoindre l’imposante distribution sur les planches.

Les sopranos Simone Osborne (Pamina) et Audrey Luna (Reine de la nuit) dans l'opéra <i>La flûte enchantée</i> mise en scène par Robert Lepage.
Photo courtoisie, Louise Leblanc
Les sopranos Simone Osborne (Pamina) et Audrey Luna (Reine de la nuit) dans l'opéra La flûte enchantée mise en scène par Robert Lepage.

Le public s’est levé d’un bloc, mardi, pour l’ovationner longuement, dans une salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec pleine à craquer. De la première rangée du parterre jusqu’à la dernière des balcons. Une ovation qui semble avoir été appréciée alors que Robert Lepage est au centre d’une controverse, dite d’appropriation culturelle, ayant entraîné l’annulation de SLĀV et la mise à mort du projet Kanata. Le metteur en scène avait un large sourire sur le visage.

La signature Lepage

Cette nouvelle mouture de La flûte enchantée, qui sera ensuite présentée au Metropolitan Opera de New York, s’avère une superbe réussite. Lepage réussit, avec une vieille technique d’illusion baptisée le black art à renouveler cet opéra, sans jamais dénaturer le côté classique de cette œuvre créée en 1791.

La flûte enchantée raconte le parcours initiatique du prince Tamino qui doit surmonter une série d’épreuves afin de pouvoir retrouver sa bien-aimée Pamina, fille de la Reine de la nuit.

Le ténor Frédéric Antoun (Tamino) dans l'opéra <i>La flûte enchantée</i> mise en scène par Robert Lepage.
Photo courtoisie, Louise Leblanc
Le ténor Frédéric Antoun (Tamino) dans l'opéra La flûte enchantée mise en scène par Robert Lepage.

L’opéra de Mozart est aussi le combat entre la Reine de la nuit et le grand prêtre Sarastro du royaume de la lumière.

La soprano Audrey Luna (Reine de la nuit) dans l'opéra <i>La flûte enchantée</i> mise en scène par Robert Lepage.
Photo courtoisie, Louise Leblanc
La soprano Audrey Luna (Reine de la nuit) dans l'opéra La flûte enchantée mise en scène par Robert Lepage.

Le Black Art est une technique où des manipulateurs habillés tout en noir et qu’on ne voit presque jamais, donnent vie à des illusions, des apparitions et des disparitions. Des oiseaux volent, un Papageno lévite, une Reine de la nuit survole la scène et des esprits se déplacent sur des tapis volants.

Le public a applaudi l’ingéniosité des effets visuels, comme lorsqu’on le fait à la suite d’une performance étincelante d’un chanteur.

Les chanteuses Lyne Fortin, Megan Lantham et Allyson McHardy dans l'opéra <i>La flûte enchantée</i> mise en scène par Robert Lepage.
Photo courtoisie, Louise Leblanc
Les chanteuses Lyne Fortin, Megan Lantham et Allyson McHardy dans l'opéra La flûte enchantée mise en scène par Robert Lepage.

Images soignées et réfléchies

Après un premier acte, où la magie de Robert Lepage se déploie assez sobrement, à l’intérieur d’un décor épuré, c’est lors du deuxième acte que l'opéra prend véritablement son envol.

La scène d’ouverture, au retour de l’entracte, avec les prêtres réunis dans le temple de Sarastro, est tout à fait superbe, avec tous ces costumes or, et symbolique avec la présence d’un globe lumineux qui se met à tourner autour de la tête du grand prêtre.

Les tableaux sont visuellement recherchés et les effets d’éclairages sont très intéressants, comme on peut le constater, lorsque Tamino et Pamina traversent les épreuves d’eau et de feu. Chaque image semble avoir été soigneusement réfléchie.

La séquence où la Reine de la nuit apparaît et qu’elle demande à sa fille d’assassiner le grand prêtre Sarastro est spectaculaire. Enfermée dans une bulle qui survole la nuit étoilée, elle débarque sur scène pour aller remettre un couteau bien aiguisé à sa fille.

Un amusant Papageno

Le ténor québécois Frédéric Antoun offre un prince Tamino en totale maitrise. Il a déjà campé ce personnage et ça paraît. On a droit à de très beaux moments vocaux de sa part.

Le baryton-basse Gordon Bintner propose un Papageno drôle et attachant. Le chanteur originaire de la Saskatchewan excelle côté jeu. John Relyea est solennel et imposant avec sa voix de basse dans le rôle de Sarastro.

Impériale, la soprano Audrey Luna habite une Reine de la nuit tout à fait spectaculaire lors du célèbre air « Der Hölle Rache, kocht in meinem Herzen », avec des pirouettes vocales stridentes et complexes. On a l’impression que le temps s’arrête lorsque celle qui a chanté la note la plus aigüe de l’histoire du Metropolitan Opera de New York déploie sa voix.

On cherche encore à comprendre, toutefois, l’idée derrière le générique d’introduction, avec l’apparition du titre La flûte enchantée en allemand, en anglais et en français et les mots Wolgang Amadeus Mozart en lettrage lumineux. Un moment loin d'être nécessaire au moment où l’Orchestre symphonique de Québec, sous la direction de Thomas Rösner, lance l’introduction musicale de La flûte enchantée.

On sent que cette production a encore besoin d’un peu de rodage. Cette flûte enchantée possède les ingrédients et la signature Robert Lepage. Le metteur en scène y apporte sa vision et c’est pour cette raison que le résultat est fort intéressant.


La flûte enchantée est présentée à nouveau jeudi soir, samedi et lundi à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec.