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Un déploiement policier excessif lors du G7

La liberté d’expression des citoyens a pu être entravée, selon des observateurs

Les observateurs mandatés par le gouvernement Couillard ont jugé que le déploiement policier était exagéré étant donné le petit nombre de manifestants. 
Photo d’archives, Stevens LeBlanc Les observateurs mandatés par le gouvernement Couillard ont jugé que le déploiement policier était exagéré étant donné le petit nombre de manifestants. 

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Le déploiement policier excessif lors des manifestations du G7 a pu constituer une entrave à la liberté d’expression des manifestants, estiment les observateurs indépendants nommés par Québec.

Dans un document rendu public hier par le ministère de la Sécurité publique, les observateurs notent que « le dispositif de sécurité [...] a pu constituer une entrave non justifiée aux libertés d’expression et de réunion pacifique ».

« En raison des sommets antérieurs, le niveau de préparation nous semblait raisonnable. Le problème qu’on a vu, c’est de la façon dont on a déployé les policiers », indique Louis-Philippe Lampron, professeur à la faculté de droit de l’Université Laval et coauteur du rapport en entrevue avec Le Journal.

« Il y avait parfois un policier par manifestant, et l’antiémeute et les maîtres chiens étaient immédiatement déployés alors que la foule était somme toute restreinte et ne donnait pas de signe d’agitation », a-t-il ajouté.

Une autre observatrice, Christine Vézina, professeure adjointe en droit à l’Université Laval, croit que les policiers qui font du contrôle de foule auraient dû être en « tenue régulière ».

« L’escouade antiémeute doit être déployée au besoin seulement. Lors de la manifestation du samedi par exemple, dans la foule avec des familles et de jeunes enfants, plusieurs se demandaient ce que les policiers antiémeutes faisaient là », indique-t-elle.

« Message répressif »

Les trois observateurs indépendants avaient été nommés par le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, et « ont noté plusieurs éléments qui leur permettent de croire en l’existence d’entraves déraisonnables aux libertés d’expression et de réunion pacifique ».

Ils notent que l’équipement des policiers antiémeutes appelés à faire du contrôle de foule, incluant le « port de masques à gaz, de casques de protection avec visière baissée, d’armes automatiques et fusils ayant pour but de projeter des gaz lacrymogènes » ainsi que l’usage de maîtres-chiens, de drones et d’hélicoptères survolant la ville envoient un « message répressif » lorsqu’ils sont déployés de manière préventive autour de rassemblements pacifiques.

« L’ampleur du dispositif de sécurité déployé par les forces de l’ordre a pu avoir un effet dissuasif sur les citoyens voulant exercer leur droit de manifester », peut-on lire dans le document.

Des caméras

M. Lampron souligne aussi que certains policiers étaient munis de caméras très visibles. « Ça ressemble à une démarche dissuasive, si on filmait pour des raisons de sécurité, pourquoi les caméras étaient aussi visibles ? » se demande-t-il.

Les observateurs n’ont d’ailleurs pas pu savoir ce que les policiers ont fait des bandes vidéo captées lors du sommet du G7.

Le ministre Martin Coiteux a réagi par communiqué. « Nous tirerons des leçons du déroulement des événements, notamment quant à l’équilibre à atteindre entre les impératifs de sécurité et les libertés d’expression et de réunion », a-t-il indiqué.

Extraits du rapport

« La présence de caméras de surveillance très visibles et orientées vers les individus présents à une activité citoyenne a semblé particulièrement troublante et dissuasive. »

« Le ratio policier/manifestant était particulièrement élevé, paraissant parfois s’approcher — voire dépasser — le 1 policier pour 1 manifestant. »

« Le recours à la technique de l’enclave par un “corps accompagnateur”, se juxtaposant à l’imposition de l’obligation de fournir un itinéraire, soulève aussi plusieurs questions sur le plan de sa raisonnabilité dans une société libre et démocratique. »

« Ces policiers portaient un équipement antiémeute complet incluant, pour la plupart : un masque à gaz, un casque de protection avec visière baissée, un bouclier, et un bâton télescopique ; et pour certains : un fusil permettant de lancer des gaz lacrymogènes et des menottes [tie-wrap] à la taille. »

« Dans ces circonstances, il serait d’ailleurs pertinent, à ce propos, de documenter l’effet potentiellement paralysant de ce type de pratique hypersécuritaire sur les citoyens. »