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Petit lapin va loin

Boni tome 2, Ian Fortin, Éd.Dupuis
Photo courtoisie Boni tome 2, Ian Fortin, Éd.Dupuis

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Après Les Nombrils de Delaf et Dubuc, une nouvelle série québécoise s’installait en 2015 dans les pages du célèbre hebdomadaire belge Spirou : Boni de Ian Fortin. Signe de son indéniable popularité, le petit lapin a depuis peu trouvé refuge en page 3, ultime honneur.

Né le jour du 34e anniversaire de son créateur en 2009, Boni, l’anthropomorphique et sympathique personnage à qui la vie se charge de semer sur son chemin plusieurs embûches – dont Bruno, une brute qui ne rate jamais l’occasion de lui filer une baffe – a connu une fulgurante ascension. Sous le format de brèves vignettes humoristiques adressées à un lectorat de 10 ans et plus, le lapin à la proéminence nasale ovale fait rire à tout coup.

D’abord publié dans les pages du défunt magazine humoristique Safarir en 2010, Boni fait l’objet d’un premier album publié aux éditions Premières Lignes l’année suivante. Alors que la modeste structure éditoriale outaouaise disparaît peu de temps après, Fortin récupère les droits d’exploitation du lapin qui n’a rien de crétin. Issu du milieu de l’animation, il tente une première fois de transposer son univers de papier au petit écran. Même si le projet ne va pas de l’avant, l’auteur ne baisse pas les bras. « Après avoir confectionné un démo, je suis allé sur le site internet de Télétoon pour trouver une adresse courriel à qui faire suivre le tout », se remémore Fortin.

« Je suis fonceur, voir tête dure. Je n’attends pas d’avoir des contacts avant d’amorcer des démarches. J’y vais, simplement. » Alors que le diffuseur va de l’avant avec le projet, l’artiste contacte les éditions Dupuis afin de proposer Boni au format bandeau humoristique, question de battre le fer pendant qu’il est encore chaud. Le 11 mars 2015, le bandeau titre du numéro 4013 du célèbre hebdomadaire nous donne à voir un Boni s’exclamer « Ça y est, je suis dans Spirou ».

Faire sa marque

Animé d’une indéniable fibre entrepreneuriale – déjà à 17 ans, il avait fait le tour des casernes de pompier du coin afin de leur proposer de produire une gamme de t-shirts à leur effigie –, Fortin s’amuse à développer la marque Boni, s’inspirant notamment d’Astérix et Peanuts. Ainsi, lors de la réalisation de l’illustration de couverture du Spirou du 11 avril 2018 où l’on peut voir sur une chaîne de montage que du croisement d’un lapin et d’une gomme naît un Boni, l’idée lui vient de produire des gommes emballées dans un gag inédit à la Bazooka Joe. « Je n’avais aucune idée de comment faire. J’ai récupéré un patron de boîte à bonbons, j’ai confectionné un prototype 3D et j’ai mené des recherches pour la production de gommes. » Raconte avec passion l’auteur. Résultat ? Au dernier Salon du livre de Québec, Fortin avoue avoir écoulé 200 gommes en à peine 10 minutes. « L’exploration et les déclinaisons narratives m’amènent à découvrir d’autres sphères d’activités, à enrichir ma création ».

Tout en bouclant la coloration du quatrième tome de Boni, il travaille à la réalisation d’un prototype de jeu vidéo de Boni. Gageons que les coups et revers fuseront encore longtemps. Tant pis pour Boni, tant mieux pour les nombreux lecteurs.

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