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La ville intelligente: une solution

Smart City 4
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L’Association médicale canadienne vient de souligner que des investissements majeurs devront être consacrés à la santé afin de faire face aux enjeux auxquels nous sommes confrontés en matière de santé.

En effet, les experts soulignent que nous sommes finalement les victimes du succès de la médecine curative. Grâce à l’accès à des soins et à des traitements ainsi qu’à une technologie médicale qui a progressé de façon spectaculaire depuis 40 ans, l’espérance de vie de notre population est excellente.

Toutefois, à cause de l’épidémie de maladies chroniques dites de société (obésité abdominale, diabète, maladies cardiovasculaires et respiratoires et certains types de cancers), beaucoup de Québécoises et de Québécois sont gardés vivants par la médecine (ce qui est bien, nous en convenons), mais ceux-ci sont néanmoins malades pendant plusieurs décennies.

En vieillissant ainsi affligé de maladies chroniques, un pourcentage croissant de notre population nécessite des soins très lourds dont les coûts explosent. Ces dépenses vont complètement saturer les capacités de notre système de santé, d’où la nécessité de réorganiser et de repenser celui-ci en y incluant également le maintien et l’amélioration de la qualité de vie des individus.

Bien sûr, une refonte de notre système de soins de santé s’impose, mais nous devrons aborder le problème de façon globale. Il y a un éléphant dans la pièce : nos comportements et nos environnements de vie (garderies, écoles, milieux de travail, milieux de vie, etc.) nous rendent prématurément malades.

Parmi ceux-ci, nos environnements urbains sont maintenant identifiés par de nombreux experts comme des déterminants critiques de nos parcours de vie, car ceux-ci peuvent nous permettre de vieillir soit malades, soit en santé.

Dans un tel contexte, l’Organisation mondiale de la Santé mentionne qu’avec la migration des populations vers les villes, les caractéristiques des environnements urbains deviennent déterminantes dans l’évolution du profil de santé des citoyens.

Il est facile d’imaginer qu’une ville où la qualité de l’air est mauvaise, où il y a peu de verdure, peu de parcs, peu de trottoirs et peu de milieux conviviaux permettant aux citoyens de tout statut socio-économique de vivre de façon sécuritaire et saine est une ville qui ne permettra pas à ses habitants de vieillir en santé.

Heureusement, bien des villes dans le monde l’ont compris et ont mis en place des moyens d’évaluer de façon constante non seulement la qualité des milieux de vie des citoyens, mais également leurs dossiers de santé, le tout bien entendu de façon anonyme et avec le consentement et l’appui de la population.

Ainsi, plusieurs endroits dans le monde (Copenhague et Stockholm entre autres) ont utilisé la dernière technologie afin de rendre leur ville intelligente en s’équipant de capteurs pour mesurer différents paramètres afin d’établir des liens entre les caractéristiques des milieux de vie et les comportements de leurs citoyens, le tout, encore une fois, avec l’appui de la population :

  • qualité de l’air, de l’eau ;
  • mouvement ;
  • trafic automobile et transports en commun ;
  • offre alimentaire dans les quartiers ;
  • qualité et utilisation des milieux de vie ;
  • déplacements actifs à pied, à vélo, etc.

Ainsi, à New York, les données obtenues chez des millions de résidents ont permis d’observer des liens entre des environnements de faible qualité (déserts alimentaires, insécurité, absence d’espaces verts permettant la convivialité et les déplacements actifs) et le diabète.

Des solutions locales ont été implantées telles que l’ajout de camions de fruits et légumes frais qui ont amélioré l’offre alimentaire dans certains quartiers ciblés et le réaménagement de petits parcs et lieux de rencontres accueillants.

Ces initiatives ont permis de diminuer les taux d’obésité et de diabète dans ces quartiers, un résultat tout à fait remarquable qui montre la valeur ajoutée et le potentiel extraordinaire (lorsque utilisées de façon responsable et éthique) des technologies permettant de croiser des données environnementales à des données personnelles.

Nos comportements sont actuellement mesurés à notre insu par des géants des technologies tels que Google et Facebook. Il est temps de nous approprier cette richesse naturelle !

Donnons-nous les moyens de nous configurer des milieux de vie nous permettant de vieillir en santé et ainsi de réinvestir dans les programmes sociaux, en éducation et en prévention. La ville intelligente fait partie des solutions, encore faut-il le faire correctement en protégeant les intérêts de la population.

À cet effet, dans le cadre d’un concours pancanadien sur les villes intelligentes lancé par le Ministère de l’Infrastructure et des Collectivités, la Ville de Québec est engagée, avec l’appui de l’Université Laval, dans une démarche visant à développer un tel « environnement urbain apprenant » avec et pour la population qui ferait de Québec un modèle mondial de santé durable.

Bon à savoir

* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Depuis 2015, il est directeur de la science et de l’innovation à l’Alliance santé Québec.