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Un petit sac par trois semaines

De plus en plus de familles adoptent le mode de vie zéro déchet

Mathieu Goulet, Gabrielle Massé, Mélisandre Lafond, Audrey Godinho ainsi que Michel et Renaud Huot se sont donné comme objectif de réduire leur production de déchets.
Photo Stéphanie Martin Mathieu Goulet, Gabrielle Massé, Mélisandre Lafond, Audrey Godinho ainsi que Michel et Renaud Huot se sont donné comme objectif de réduire leur production de déchets.

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Une famille de quatre qui ne produit qu’un petit sac de déchets en trois semaines, c’est possible, affirment les adeptes de la philosophie zéro déchet, qui gagne en popularité.

Ce mode de vie a été popularisé par la conférencière Béa Johnson, une Française établie aux États-Unis, et dont la famille de quatre ne produit qu’un demi-litre de déchets par année. Sans être aussi « extrêmes », les familles que Le Journal a rencontrées ont réussi à diminuer considérablement leur quantité de déchets produits. Une façon pour elles de « réduire au maximum leur empreinte écologique », explique Gabrielle Massé, mère de deux enfants de trois ans et huit mois.

« On produit un sac de déchets de 4 litres par trois semaines, environ, et un bac de recyclage par semaine », se félicite Gabrielle. Quant à Mélisandre Lafond, l’appartement qu’elle partage avec son conjoint ne renferme que des meubles usagés. « Je pense qu’il n’y a que deux objets qu’on a achetés neufs », lance-t-elle.

Le zéro déchet implique un changement dans les habitudes de consommation. Pour y arriver, les adeptes ont développé une foule de trucs.

Non aux emballages

À l’épicerie, ils apportent non seulement leurs sacs pour trimballer leurs emplettes, mais aussi leurs contenants pour leurs aliments : pâtes, farine, noix, riz, épices et compagnie, qu’ils achètent en vrac le plus possible. On fait son pain et son yogourt maison pour éviter les emballages.

La barquette de tomates en styromousse enveloppée de plastique est pour eux une aberration. On privilégie le panier de légumes bio. Et on consomme les fruits et légumes de saison qu’on congèle pour l’hiver. Quand ils vont au casse-croûte, certains apportent leurs bols et ustensiles pour éviter la vaisselle jetable.

Le compostage est de mise pour disposer des déchets de table et des résidus verts de façon écologique.

À la maison, on utilise des produits d’entretien ménager et d’hygiène corporelle (shampoing, savon, dentifrice, désodorisant) fabriqués à la main. Les vieux tissus deviennent des mouchoirs, des serviettes de table, des napperons, des sacs, des lingettes, et une taie d’oreiller devient un chandail à la mode.

Certains fabriquent même à partir de tissus recyclés du papier de toilette réutilisable.

On choisit des couches et des serviettes hygiéniques lavables. On remplace la pellicule plastique pour recouvrir les aliments par un tissu imprégné de cire d’abeille.

Savoir s’organiser

« Le désir instantané est le pire ennemi du zéro déchet, commente Gabrielle. Il faut toujours s’organiser. »

Recevoir de la visite met aussi les convictions à rude épreuve. « J’ai ruiné une année d’efforts en une semaine », soupire Audrey Godinho.

Pour Gabrielle, c’est l’entourage qui est parfois compliqué à gérer. Difficile de faire comprendre aux parents et amis qu’on préfère des cadeaux non matériels pour les enfants.

« C’est économique en fin de compte, commente Renaud Huot, 14 ans, qui a incité sa famille à se mettre au zéro déchet. Tout le monde peut le faire à son échelle, avec les outils dont il dispose. » « Ça devient naturel », ajoute son père, Michel.

« C’est beaucoup de gestion à la base. C’est un petit geste à la fois et ce n’est absolument pas lourd », témoigne Mélisandre.

 

Qu’est-ce que le zéro déchet ?

Une philosophie qui incite à repenser le cycle de vie des ressources pour que tous les produits soient réutilisés afin d’éviter le gaspillage.

Cinq règles à respecter

  1. Refuser : les échantillons, les emballages, les publicités
  2. Réutiliser : acheter usagé, donner un autre usage aux objets
  3. Réduire : se débarrasser de ce dont on n’a pas besoin, désencombrer
  4. Recycler : acheter des produits recyclables et éviter le jetable
  5. Composter : les matières organiques

 

Lévis plus avancée que Québec

Québec a encore des croûtes à manger pour devenir une ville zéro déchet, et Lévis a pour le moment une longueur d’avance.

C’est le constat de Mathieu Goulet, du Mouvement pour une ville zéro déchet, qui milite pour l’amélioration des pratiques à Québec. La capitale incinère encore beaucoup trop de déchets, selon lui. « Ce qu’on jette, on le respire », déplore-t-il.

« Pour les initiatives individuelles, Lévis est en avance d’au moins 5 à 10 ans », affirme-t-il. La Ville de la Rive-Sud a implanté le compostage dans toutes les résidences en 2011. Aussi, elle a mis sur pied un programme pour aider 20 familles à tendre vers le zéro déchet.

« À Lévis, la Ville encourage et soutient les gens en leur donnant des outils pour qu’ils fassent le zéro déchet chez eux. Ça a aussi comme impact d’accroître l’intérêt de la population par rapport au sujet. À Québec, la Ville a délibérément décidé de ne pas aller dans cette direction. »

Objectif ambitieux

Mais Québec sera bientôt forcée par le gouvernement de réduire ses déchets, sous peine de pénalités financières. La Ville s’est donc dotée d’un plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) qui vise à recycler et valoriser 82 % de ses ordures d’ici 10 ans, loin du taux actuel de 55 %.

Avec l’arrivée de la biométhanisation, en 2022, la récupération des matières organiques fera son entrée dans les foyers de Québec. La capitale pourrait rattraper son retard, croit Mathieu Goulet.

« Le PGMR est quand même très ambitieux. Peut-être même plus que Lévis. [...] Dans le cas où on arriverait réellement à cet objectif de 82 %, l’impact serait beaucoup plus grand que de seulement parrainer 20 familles à faire leur savon et à acheter en vrac. »