/finance/news
Navigation

La fin des fonds à frais de sortie

Web
Illustration Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

À moins de circonstances extraordinaires, les fonds communs à frais de sortie vont disparaître prochainement du paysage canadien.

Depuis 30 ans, il est possible d’acheter des fonds de placement sans que le montant à investir soit diminué par une commission à l’achat prélevée par les firmes de courtage. Les sociétés de fonds finançaient donc les commissions des représentants si les clients gardaient une bonne partie de leurs avoirs pendant trois, quatre ou même sept ans.

Les clients qui souhaitent racheter ce genre de placement doivent donc rembourser la commission « financée » à l’origine (qu’ils n’ont pas eu à payer). Ça se présentait sous forme de pénalité dégressive dans le temps. Ces frais peuvent correspondre jusqu’à 5,5 % de la valeur investie, et diminuent chaque année. Pour accommoder les clients aux prises avec des dépenses imprévues, un montant équivalant à 10 % de la valeur peut toujours sortir en tout temps, sans frais.

Voilà que les autorités canadiennes de marchés financiers (ACM) viennent de publier leurs intentions de réglementer davantage le secteur des valeurs mobilières. Elles entendent éliminer complètement les fonds à frais au rachat, estimant que ce type de « financement » des commissions des conseillers et planificateurs crée un conflit d’intérêts potentiel et emprisonne les investisseurs sur une longue période. Elles n’ont pas tort, mais oublient les effets collatéraux.

Les petits investisseurs abandonnés

Depuis environ cinq ans, les fonds à frais de sortie ne sont pratiquement plus utilisés. En 2017, seulement 13 % des ventes de fonds ont été réalisées dans ce segment. Donc, 87 % des transactions se dirigent vers les placements à honoraires (parfois intégrés au produit) ou assortis de commissions à l’achat variant de 1 à 5 %.

Comme les dirigeants des grands cabinets l’ont vu venir, ils ont incité leurs conseillers à s’associer entre eux et ont considérablement augmenté le montant minimum à investir pour « écrémer leur base de clients ». Dans certains cas, ils refusent les clients qui ont moins de 300 000 $ à investir.

Pour le conseiller en début de carrière, les frais reportés donnaient l’élan nécessaire pour se bâtir une clientèle. Pour vous donner une idée de grandeur, 10 000 $ placés à long terme en FAR pouvaient rapporter 350 $ (une seule fois) au conseiller. Dans la nouvelle structure, le client pourrait voir son 10 000 $ amputé de 500 $ par une commission initiale ou bien le conseiller doit accepter de n’être rémunéré qu’environ 70 $ par année. Il lui en faudra des millions en gestion pour gagner convenablement sa vie.

Ce qui va changer

  • Les institutions refileront certainement la facture au consommateur
  • Les conseillers expérimentés pourraient hausser davantage leurs conditions pour accepter de nouveaux clients
  • Les commissions d’entrée et les frais de gestion pourront augmenter pour les petits épargnants
  • Ces derniers devront concentrer leurs œufs dans les mêmes paniers afin de recevoir des conseils de base
  • Les jeunes conseillers auront de la difficulté à obtenir des revenus décents

► Fabien Major est conseiller en épargne collective pour Major Gestion Privée Inc. de Gestion financière Assante ltée.