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Ce couple de Québec se bat pour son gazon synthétique

Ils se démènent contre la Ville qui l’oblige à l’enlever selon un règlement

France Bourgault et Martin Dignard, propriétaires d’une résidence unifamiliale sur la rue Vézina dans le secteur Saint-Émile, à Québec, ne comprennent pas pourquoi ils devraient enlever leur gazon synthétique, qui a été posé par un entrepreneur « selon les règles de l’art » à grands frais l’an dernier. Ils font signer une pétition pour obtenir l’appui de la population.
Photo Sophie Côté France Bourgault et Martin Dignard, propriétaires d’une résidence unifamiliale sur la rue Vézina dans le secteur Saint-Émile, à Québec, ne comprennent pas pourquoi ils devraient enlever leur gazon synthétique, qui a été posé par un entrepreneur « selon les règles de l’art » à grands frais l’an dernier. Ils font signer une pétition pour obtenir l’appui de la population.

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Un couple de Québec se bat pour pouvoir conserver son gazon synthétique posé au coût de 8000 $ sur son terrain, alors que la Ville le somme de l’enlever sous peine d’amende.

«Je trouve ça aberrant, on pourrait avoir une dérogation, au moins. On se sent un peu comme des boucs émissaires», déplore France Bourgault, copropriétaire avec son conjoint, Martin Dignard, d’une résidence dans le secteur de Saint-Émile.

En octobre 2017, les travaux effectués par une entreprise spécialisée en aménagement extérieur venaient de se terminer dans leurs cours avant et arrière quand un premier avis de non-conformité leur a été acheminé.

Le couple apprenait alors que le gazon synthétique — garanti 15 ans dans son cas — était prohibé à Québec.

«On a fait confiance à l’entrepreneur. Il nous a dit qu’on avait le droit et qu’il en a fait ailleurs, ici et là», mentionne M. Dignard, qui a constaté que des résidences ailleurs à Québec en sont dotées et ne causent, visiblement, aucun problème.

Des démarches, en vain

Le duo a multiplié les démarches et obtenu un sursis après avoir reçu un avis d’infraction, un mois plus tard, les sommant d’enlever le gazon synthétique, sous peine de payer une amende de 1000 $.

Ils indiquent avoir obtenu l’aide et l’appui de leur conseiller municipal, Steeve Verret, que Le Journal n’a pu joindre, mardi.

Mais le 11 juillet, après une rencontre ultime à la Ville, leurs espoirs se sont évanouis quand ils ont reçu une missive les obligeant à le retirer d’ici le 31 octobre.

«Ils nous ont dit qu’à la minute où on a 20 % de végétal sur notre terrain, on est réglo», explique M. Dignard, qui possède une haie de cèdres et un petit boisé comblant ce critère.

«On peut mettre n’importe quoi d’autre que du gazon synthétique : du gazon, des cailloux, du paillis, des plantes, des fleurs, du pavé uni même, dit-il, dépassé par les événements. C’est 8000 $ jetés à la rue.»

Deux poids, deux mesures

M. Dignard, qui s’est inspiré de ce qui se fait dans certains États américains, ne digère pas que la Ville utilise elle-même du gazon synthétique à certaines places éphémères.

«Si la loi est bonne pour minou, elle est bonne pour pitou, s’insurge l’homme. Si c’est dangereux pour la chaleur, c’est dangereux pour la chaleur là aussi. Et ce n’est pas plus recyclable là.»

La Ville répond que les contextes d’utilisation, «différents», «ne peuvent être apparentés». «Il [est] logique de maintenir cette prohibition en milieu résidentiel», a écrit mardi au Journal une conseillère en communication, Marie-Louise Poulin.

Le couple fait maintenant signer une pétition. Plus de 70 signatures ont été récoltées en quelques jours. «Les gens à qui on parle trouvent ça complètement stupide qu’on l’enlève, ils disent que c’est beau et propre», soutient Mme Bourgault, qui assure que le sol est bien drainé et que leur aménagement ne cause aucun inconvénient à leurs voisins.

La pétition est disponible devant la maison du couple, située au 6062, rue Vézina à Saint-Émile.

Un type d’aménagement interdit à Québec

La place éphémère Jacques-Cartier reliée à la bibliothèque Gabrielle-Roy est constituée en partie de gazon synthétique.
Photo Sophie Côté
La place éphémère Jacques-Cartier reliée à la bibliothèque Gabrielle-Roy est constituée en partie de gazon synthétique.

«La superficie d’un lot qui n’est pas occupée par une construction, une aire de stationnement, une allée d’accès, une aire de jeux, un boisé ou un aménagement doit être végétalisée. Aux fins du premier alinéa, l’installation de gazon synthétique est prohibée sauf s’il est installé sur un terrain de sport compris dans les classes Publique et Récréation extérieure.»

– Article 478 du Règlement d’harmonisation sur l’urbanisme de la Ville de Québec

Raisons invoquées pour l’interdire* :

  • Très peu de valeur environnementale pour des fins résidentielles ;
  • Incompatible avec la lutte aux îlots de chaleur ;
  • L’amalgame de matières (poussière de pierre, membrane géotextile, gazon synthétique et sable) lors de son retrait rend «fort possiblement» impossible sa réutilisation, son recyclage ou sa valorisation ;
  • La Ville prône la pratique de l’herbicyclage, soit la valorisation des résidus de tonte du gazon.

*Extraits d’une lettre acheminée par la Ville au couple le 22 décembre 2017.

On en retrouve à certaines places éphémères aménagées par la Ville, dont :

  • La place Jacques-Cartier reliée à la bibliothèque Gabrielle-Roy (Saint-Roch) ;
  • La promenade de la rue Racine (Loretteville).

Certaines villes le permettent

  • À Saint-Augustin-de-Desmaures et à L’Ancienne-Lorette, aucun règlement n’interdit le gazon synthétique pour les terrains résidentiels.
  • La Ville de Lévis n’a pu fournir l’information mardi.