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PQ et autodérision : Une campagne publicitaire qui suit à la lettre les codes de l’humour

Capture d'écran - Site Web du Parti Québécois
Capture d'écran - Site Web du Parti Québécois L'une des quatre blagues vedettes de la nouvelle campagne publicitaire du PQ.

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Vous trouvez ici une version longue du texte publié ce matin dans le Journal.

L’affaire a fait grand bruit : le Parti Québécois rit de lui-même dans sa nouvelle campagne publicitaire à l’aube des prochaines élections. Et bien sûr, plusieurs en ont rajouté une couche sur les médias sociaux pour se moquer du parti. Après tout, n’a-t-il pas lui-même ouvert la porte toute grande à la raillerie en se prenant pour cible ?

Ce type de réactions à l’autodérision était à prévoir. Ceux qui ne sont pas des amoureux du PQ auraient lancé des blagues d’une manière ou d’une autre. De toute façon, ce ne sont pas eux que le parti tente de convaincre d’emblée. Le PQ se sait déjà dans un creux historique et vise plutôt à ramener des votes au bercail, surtout chez ceux qui l’ont quitté et ceux qui hésitent à l’approche des prochaines élections.

En tant qu’indécise moi-même, je me suis pliée à l’exercice de comparer les quatre blagues-slogans à ce que la recherche a mis en lumière concernant l’humour en politique et en publicité.

Et quand je regarde les blagues choisies par les responsables de la campagne publicitaire à l'agence Upperkut, je constate que tout est là pour que le choix humoristique fonctionne.

Humour et politique

D’abord, le choix des « one-liners », de blagues du style "c'est quoi la différence entre X et Y ?". Cette tactique a été, entre autres, largement utilisée par Ronald Reagan et a participé à sa cote. Même si certaines blagues étaient moins percutantes que d'autres, elles demeuraient, dans l’ensemble, un vecteur de sa popularité.

Ensuite, l’autodérision qui, ici, ne joue pas la carte de l’humiliation. On mise plutôt sur le positif, le fait que le PQ a souvent rebondit, est tenace, travaille pour la population et n’abandonne pas.

Et la recherche a prouvé à maintes reprises que l’autodérision est beaucoup plus efficace et appréciée en politique que les blagues qui attaquent les adversaires.

L’un des objectifs de l’autodérision en politique est d’équilibrer la confiance, l’égo et le statut privilégié du politicien en société pour le rendre plus accessible, plus humain, aux yeux de la population. Dans le cas présent, je crois que tout a été bien joué, surtout en ce qui concerne le chef du parti à qui l’on reproche souvent d’avoir l’air trop intellectuel. Cet humour casse un peu la glace qui nous tient à distance de Jean-François Lisée.

Humour et publicité

Ici aussi Upperkut a suivi à la lettre les règles d’efficience de l’humour.

Car l’humour, et le tout a été prouvé empiriquement maintes et maintes fois, est extrêmement efficace en publicité, non seulement pour attirer l’attention, mais également pour éveiller les connaissances et le savoir.

Il est vrai qu’on a longtemps mis en doute les capacités de l’humour à ne pas distraire du produit ou de l’expérience à vendre, comme si le public allait seulement se rappeler la blague, mais pas vraiment le produit ou la marque mise de l’avant.

Par contre, la recherche plus récente a fait la démonstration que l’humour est particulièrement performant lorsqu’il est utilisé pour la promotion de produits dits à faibles risques (ex : des biens quotidiens, des achats routiniers) et ceux qui créent l’expérience d’un fort sentiment positif.

On pourrait associer la campagne actuelle à la promotion d’une expérience positive à considérer le Parti Québécois lors de la prochaine élection, ou plus simplement à la promotion du devoir de citoyen d’aller voter... et tant mieux si c’est pour le PQ par le fait même.

La clé du succès réside dans l’identification, dans la façon dont la publicité sait rejoindre par l’humour un thème, une balise culturelle, un besoin concret que vit le public. Il faut que la blague soit intimement liée au produit à mettre en valeur. Dans le cas qui nous concerne et son contexte socio-politique, il serait difficile d’attribuer les blagues à un autre parti.

Et la suite ?

Chose certaine, utiliser un humour positif à saveur d’autodérision en politique peut charmer, mais nécessite une forte confiance en soi. La question est de savoir si tous les candidats sauront porter ce type de discours sans fléchir tout au long de la campagne.

Cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas le droit d’être sérieux, au contraire ! On initie la conversation par l’autodérision avant d’entrer dans le vif du sujet, et on saupoudre d’humour ici et là dans le discours pour conserver l’attention du public et mettre en évidence le sérieux du projet du parti.

Mais ai-je besoin de rappeler que l’utilisation de l’humour est un art en soi, tout comme celui d’être un bon politicien, une bonne politicienne ? Une seule mauvaise blague et vous voilà au tapis ! C’est beaucoup de pression sur une équipe aussi large que celle du PQ. Que Jean-François Lisée soit déjà rompu à ce type d’humour, soit ! Mais peut-il en dire autant de tous ses candidats et candidates ?

Chose certaine, ce n’est pas comme si le PQ avait davantage de plumes à perdre dans l'aventure. Je crois que le jeu en vaut la chandelle et tout semble bien planifié à cet effet.

En d’autres mots, voici une entrée réussie du PQ en vue d’un automne mouvementé.