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La forêt publique appartient aux forestières

La forêt publique appartient aux forestières
Photo d’archives, Anne Caroline Desplanques

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Pourquoi les forestières mènent?

Mettons-nous d’accord tout de suite afin qu’il n’y ait pas de quiproquo entre nous. La forêt publique entière au Québec, pourtant une ressource naturelle de propriété collective, appartient dans les faits aux grosses forestières, qui en plus sont intensément subventionnées par nos gouvernements pour la saccager, mettre en péril la survie de certaines espèces animales et végétales ainsi que pour détruire des espaces verts liés au tourisme. En fait, les Québécois paient pour se faire déposséder par de riches papetières. Le poète appelle ça se faire hara-kiri.

Quiconque lit un peu le moindrement les journaux en vient à cette conclusion fondée sur les faits et non sur des mensonges. Évidemment, il y a les irréductibles qui n’écoutent que la voix patronale et qui prêchent le laissez-faire, l’autoréglementation, la liberté individuelle des entreprises et qui croient fermement aux principes d’équité et moraux des agents économiques fondés sur leur code d’éthique et leur responsabilité sociale très élevés. Il n’y a absolument rien à faire avec eux. S.V.P., ne perdez pas votre temps à essayer de les convertir.

Des preuves faciles à trouver

Vous le savez, du moins je l’espère, les forestières, comme les mines et d’autres, sont un fardeau financier pour les contribuables, dans le sens qu’elles reçoivent beaucoup plus en subventions publiques de toutes sortes que le peu qu’elles versent au gouvernement en droits de coupe. Pour le mieux-être de l’ensemble, il faudrait se réapproprier nos droits collectifs sur notre forêt en la nationalisant.

Tiens, tiens, même la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, affirmait que : « Même si l’entretien des forêts québécoises (lire subventions aux entreprises pour le reboisement, les routes et voies ferrées, etc.) a coûté plusieurs centaines de millions de dollars (lire milliards) au cours des dernières années, le gouvernement du Québec ne sait pas si ces investissements (je dirais plutôt ces dépenses) ont donné les résultats escomptés » (Le Devoir, 1er juin 2017), « Les forêts sans surveillance »). En fait, le PLQ se fie entièrement à l’honnêteté et à la bonne volonté proverbiales des forestières plutôt qu’aux propos négatifs tenus par des idéologues comme le poète Richard Desjardins et Greenpeace.

Une autre juste pour vous : « Québec recule sur la protection du territoire. Le gouvernement Couillard passe à la trappe sa propre cible pour l’année et se concentre sur celle de 2020 » (Le Journal de Montréal, 24 novembre 2015). Puis en 2020, ils vont la flusher pour supposément se concentrer sur celle de 2030 et ainsi de suite. « Environnement. Forêts. Le Canada est l’endroit au monde où les forêts sont les plus dégradées devant la Russie et le Brésil » (Le Journal de Montréal, 9 septembre 2014). Ben au moins, on est premier au monde dans quelque chose! Mais quelle drôle de question posée par la journaliste Anne Caroline Desplanques dans le titre de son article du Journal de Montréal du 16 juillet 2017 : « Forêts pour le tourisme ou pour les scieries? Le ministère des Forêts autorise des coupes forestières dans des secteurs que des villages veulent protéger ». Bah, les Québécois en vacances n’ont qu’à aller à Old Orchard ou à Pompano Beach en Floride afin de ne pas troubler le ronronnement des machines forestières. En somme, allez vous faire voir ailleurs, il n’y a rien à regarder et à observer ici au Québec dans votre propre forêt.

Génial, le PLQ qui vous incite à aller vous prélasser dans le très Grand Nord québécois où les chaleurs sont moins suffocantes et de laisser, gens de bonne volonté, les forêts du Sud aux forestières. Comme ça, pas de chicane : « Forêts. Québec est en train de protéger des territoires qui sont... inaccessibles. Le ministère des Forêts veut concentrer les aires protégées au Nord (pas atteignables pour les touristes) et les limiter au Sud (au service exclusif des papetières) » (Le Journal de Montréal, 17 juillet 2018). Merveilleux, en plein été vous allez pouvoir faire de la motoneige dans votre havre de paix dans le très Grand Nord québécois. C’est pas beau ça, l’hiver à l’année ou presque. Comme le chantait Gilles Vigneault : « Mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver ». Mais qu’est-ce que vous avez contre la motoneige? Arrêter de faire vos petits écolos, je vous en prie! Jean Charest, une personne tout à fait respectable, l’a dit : « La motoneige serait compatible avec le développement durable » (Le Journal de Montréal, 18 décembre 2004).

Et comme « last call » : « Des forêts destinées au tourisme coupées à blanc » (Le Journal de Montréal, 16 juillet 2018). Ben, il va avoir moins de maringouins et ça sera mieux pour la sécurité de votre petite famille : pas de danger de tomber face à face avec un méchant ours ou un vilain loup qui pourraient vous manger tout rond. C’est pour votre bien qu’ils font ça. Aucune reconnaissance. Je vous trouver ingrats.

Les caribous et l’entraide du PLQ

Avec raison, comme elles n’ont plus à s’inquiéter de la protection des touristes, invités à se déguiser en courant d’air, il ne reste plus que cette satanée protection du caribou qui vient les accabler, les irriter et les brimer dans leurs droits acquis de faire ce qu’elles veulent (et d’être subventionnées grassement en plus de ça pour raser notre forêt) : « Caribou des bois. L’industrie forestière s’inquiète de la stratégie de protection » (Le Devoir, 5 août 2017). Ma joie surabonde, car tout va finir pour le mieux de... Après l’intercession, pas du Saint-Esprit, mais de leurs lobbyistes, souvent d’ex-élus et d’ex-attachés politiques, auprès de leurs amis du PLQ, voilà que par enchantement : « Québec (PLQ) laissera les caribous de Val-d’Or disparaître » (Le Devoir, 9 mars 2018). Les caribous, les baleines, les grenouilles, quossé ça donne? Un autre vœu des forestières a été exaucé par leurs amis du PLQ. Avec des amis comme ça au PLQ, les papetières n’ont pas besoin de lobbyistes. « Conseil de l’industrie forestière du Québec (un conseil très sérieux qui ne niaise pas avec la “puck”). Les forestières réclament un plus grand accès à la ressource ligneuse » (Le Devoir, 19 novembre 2013). Réplique du PLQ : mais, vous n’aviez qu’à le demander. Les papetières demanderaient le Mont-Royal et le Mont-Saint-Bruno au PLQ qu’elles les obtiendraient!

Oh, oh, il faut faire gaffe et ne pas colporter la « vérité » sinon... : « Québec (PLQ) déclare la guerre à Greenpeace. Le ministre libéral des Forêts accuse l’organisme de faire de la désinformation » (Le Devoir, 26 mai 2016). Le PLQ et le patronat ne font jamais, eux, de désinformation.

Les « ex » de la politique devenus forestiers

Et vous vous demandez encore pourquoi le patronat et les entreprises sont aux commandes de l’État? C’est parce qu’ils ont beaucoup d’argent qu’ils se paient des chaires de recherche universitaires, des universitaires et même des chroniqueurs. Et il ne faut surtout pas oublier qu’ils embauchent plusieurs ex-politiciens payés grassement même sans expérience et sans compétence. L’important c’est d’avoir des bons contacts avec les élus.

Vous voulez quelques exemples récents, uniquement pour le domaine forestier? J’ai retracé rapidement les trois suivantes :

— « Industrie forestière. L’ex-DG du PLQ (Karl Blackburn) devient directeur chez Résolu » (La Presse, 22 août 2013). D’après vous, Karl a-t-il ses entrées au gouvernement?

— Éthique : un ex-attaché de presse de Lessard (ministre libéral des Forêts) critiqué » (Le Devoir, 6 octobre 2016). C'est l'histoire de Pierre-Olivier Lussier, l'ex attaché de presse de Laurent Lessard, ministre libéral des Forêts, qui s’est déniché un emploi (et un bon en plus de ça) un mois après son départ du cabinet. Le chanceux! Il s’est trouvé une job au sein de l’importante entreprise forestière Rémabec, violant ainsi les règles. Aille, on s’en fera pas pour si peu! Le patronat l’a dit souvent : « Trop d’éthique et trop d’environnement nuisent à l’économie et à la création d’emplois et de richesse.

— “Denis Lebel (ancien ministre conservateur) défendra l’industrie forestière” (Le Devoir, 21 juin 2017). Je suis vraiment jaloux. C’est pas à moi que ça arriverait de décrocher une belle job comme Denis qui est devenu président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec. Comme le dit le poète : “Quand on est né pour un petit pain”.

— Et il ne faudrait pas oublier l'ex-ministre péquiste Guy Chevrette qui est devenu l'enragé patron des forestières au Québec