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Se payer la tête de tout le monde

Un gala réussi pour Patrick Huard, qui donnait le coup d’envoi au ComediHa! Fest-Québec

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Patrick Huard a effectué jeudi son grand retour sur scène à l’occasion d’un gala grinçant, long mais efficace, où le but était clair : se payer la tête de tout le monde et être inclusif. L’animateur a été le premier à rire de lui et à se faire servir un bien cuit hilarant, tout en ramenant son chauffeur de taxi Rogatien.

Il régnait une ambiance très festive au Palais Montcalm pour l’ouverture du ComediHa ! Fest-Québec, là où sont désormais présentés les galas. Une salle qui affichait complet jeudi, et qui offre une proximité payante avec les humoristes qu’il n’y avait pas au Grand Théâtre.

En ouverture, Patrick Huard a regagné la scène après plusieurs années d’absence, avec une nervosité palpable, mais un premier monologue intelligent et bien ficelé. À l’heure où la liberté d’expression est un sujet d’actualité, Huard a averti le public que durant le gala, personne n’allait être épargné, par souci d’inclusion.

Il a raconté qu’au secondaire, un ami bègue lui a demandé pourquoi lui et sa gang ne se moquaient jamais de lui. Il se sentait exclu. «On se disait que ça ne se faisait pas de rire de lui. C’est important de ne pas protéger les gens, c’est comme les exclure». Beau flash de retracer l’ami Pierre en question, qu’il a invité sur son gala.

Ça donnait le ton à une soirée qui a été le théâtre de gags cinglants qui jouaient avec les limites du public, comme si les humoristes invités se sentaient plus libres que jamais. Personne n’a hésité à aborder de front des sujets chauds – le racisme, le terrorisme, les handicapés – et les têtes de Turc étaient nombreuses, de Régis Labeaume à Donald Trump.

Plusieurs mois après les scandales Salvail et Rozon, ça fait encore jaser. Ils ont été nombreux hier à faire des gags, même des numéros sur cette affaire.

Tous les invités ovationnés

Du côté des invités, on a eu droit à un solide alignement. Les Grandes Crues ont brisé la glace en incarnant le stéréotype de la fille célibataire, un peu saoule et pas tellement cultivée, alternant entre gorgée de vin et anecdote de rasage. La découverte Didier Lambert, un humoriste de 40 qui nous a ensuite mitraillé de lignes punchées. 

Phil Roy était littéralement en feu avec un numéro où il défendait la légalisation de la marijuana, «la drogue la moins néfaste au monde», qui rend les gens créatifs, selon lui. «Vous trouvez que ça coûte cher le 3e lien ? Va pas chercher les ingénieurs, va chercher les 4 buzzés au cégep», a lancé celui qui fumait, ado, dans un surligneur jaune.

Ward sans filtre

On pensait que les invités précédents avaient égratigné les sujets brûlants, c’était avant le passage de Mike Ward, qui a plongé dans le vif du sujet avec le mouvement #metoo. Il s’est dit déçu qu’Éric Salvail n’avait jamais eu de comportements déplacés envers lui. «Est-ce que c’est parce que j’ai engraissé ?», a-t-il dit avant un désopilant segment sur le questionnement de ses propres agissements.

Au retour de l’entracte, le monologue de Patrick Huard sur sa réalité familiale et son enfance n’avait pas l’efficacité comique de ses prédécesseurs, tout comme le numéro de Mathieu Cyr qui s’est moqué des riches.

Medhi Bousaïdan a fait un hit avec sa comparaison entre les sports de riches et sports de pauvres. On prédit que ça deviendra un classique dans sa carrière : on voyait des spectateurs essuyer leurs larmes.

Gros coup de cœur pour l’hyperactif français Jarry, un ancien chef de majorettes dont le style déjanté était franchement rafraîchissant, avant qu’Alexandre Barette et Simon Gouache servent du matériel comique et efficace, mais déjà entendu.

En conclusion, Rogatien a été plus drôle que Patrick Huard. Il avait concocté un numéro sur mesure pour Québec. «Avec Régis Labeaume, personne ne va travailler en dessous de la table, parce qu’en dessous de la table, c’est son chanson de vision.» Le numéro s’est conclu avec tous les invités de la soirée, déguisés en Rogatien, dans un défoulement collectif. Souvent inégaux, il est rare de voir autant de hits dans une soirée de gala.