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Gretzky : tout devenait possible

Peter Pocklington, le grand manitou des Oilers, et Wayne Gretzky avaient la mine basse au moment de l’annonce de l’échange.
Photo d'archives Peter Pocklington, le grand manitou des Oilers, et Wayne Gretzky avaient la mine basse au moment de l’annonce de l’échange.

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Trente ans plus tard, on en parle partout. La plupart des textes publiés dans la journée d’hier parlaient de « The Trade ». Comme s’il n’y avait jamais eu d’autres grosses transactions dans l’histoire du hockey.

Mais l’échange qui a envoyé Wayne Gretzky à Los Angeles demeure le plus énorme, le plus improbable de tous. Jamais avant, jamais depuis, on n’aura vu plus gros. Même la transaction d’Eric Lindros à Philadelphie.

Le hockey a été changé. Tout devenait possible. Quelqu’un, quelque part pouvait toujours lancer dans la conversation : « Hé, si Wayne Gretzky a été échangé... »

Chez nous, « The Trade » a été vécu différemment. Parce qu’un journaliste fouineur et travaillant comme dix avait obtenu l’impensable scoop avant le reste de l’Amérique.

D’ailleurs, pour Tom Lapointe, le journaliste en question, tout devenait possible après cette histoire. Pour le meilleur... et pour le pire... avant le meilleur qu’on lui souhaite.

UNE HISTOIRE FASCINANTE

Tom avait été dépêché aux noces de Wayne Gretzky et Janet Jones quelques semaines plus tôt à Edmonton. Faut vous dire que le journalisme de l’époque était fort différent. Plusieurs journalistes sortaient avec des joueurs et devenaient des proches. Tom Lapointe était un as dans ce jeu casse-gueule.

Cette fois, il était revenu surexcité des noces. Le champagne avait délié plusieurs langues pendant le party et il avait renoué quelques contacts qui allaient se révéler très utiles.

Puis, quelques semaines plus tard, Tom avait appris d’une de ces sources que Gretzky serait peut-être prêt à partir à Los Angeles pour y vivre avec sa femme qui rêvait d’être actrice à Hollywood.

Et que Peter Pocklington, le proprio des Oilers, avait besoin de cash.

Pierre Gobeil, le patron des sports à La Presse, faisait confiance à Lapointe. Mais de là à sortir en manchette que Gretzky était sur le point d’être échangé, il y avait une marge. Et puis, il fallait protéger une des sources de Tom qui avait une relation « amicale chaude » avec une des secrétaires de Bruce McNall, le nouveau propriétaire des Kings.

Finalement, une semaine avant la transaction, le journal publiait une chronique dans laquelle Lapointe parlait d’une conclusion personnelle à laquelle il était arrivé à la suite de ses conversations aux noces de Wayne et Janet. Bonne façon de camoufler et protéger les sources.

Évidemment que les démentis se mirent à fuser de partout en Amérique. Pendant ce temps, à Los Angeles, les discussions se poursuivaient. Même que Wayne Gretzky se rendait dans le bureau de McNall et écoutait une conversation du propriétaire des Kings avec Pocklington.

Aussi fou que ça puisse être, la secrétaire racontait toute l’histoire à Monsieur X et Monsieur X la racontait à Tom Lapointe.

ET MAINTENANT... LE SCOOP

« Deux ou trois jours avant la transaction, j’avais sorti l’histoire comme un scoop en annonçant que la transaction serait officialisée d’ici peu. Le deal était fait », me racontait Tom Lapointe quand je l’ai joint hier à Los Angeles.

Je me rappelle qu’au bureau, le grand Gobeil se faisait du sang de cochon. Les démentis étaient furieux, surtout dans les médias d’Edmonton. Mais Lapointe avait une autre source. Pat Brisson qui allait devenir LE Pat Brisson, un des deux agents de joueurs les plus puissants du hockey, jouait encore dans les mineures tout en étant ami et presque frère de Luc Robitaille. Et Tom avait donné quelques coups de main à Brisson.

La filière était presque directe.

Et elle allait tenir jusqu’au 8 août 1988. Il y a 30 ans.

UN GROS PARTY

Quand les conférences de presse à Los Angeles et à Edmonton furent présentées, évidemment que le Tom, qui mesure cinq pieds et six, se sentait maintenant comme un grand six pieds. Y a pas juste Gretzky qui avait droit au champagne. Tom aussi.

Un soir, peut-être une semaine plus tard, Tom se trouvait à l’Action Disco-Club, un de ses spots favoris en ville. C’est là, par un barman, qu’il a appris que Guy Lafleur voulait revenir au jeu. Lafleur lui-même en avait parlé la veille.

De mon côté, une source m’avait refilé la même information. Mais je n’avais pas de confirmation et surtout, j’étais occupé toute la journée à corriger des textes de la série Formule 1 avec un réalisateur français, Paul Planchon.

À un moment donné, le téléphone sonne. C’était Tom Lapointe. Il disait qu’il avait un tuyau, mais pas de confirmation. Hé ! On parlait de Guy Lafleur. Là, c’était trop gros, fallait s’en occuper. J’étais parti avec Planchon au bureau d’Yves Tremblay qui servait plus ou moins d’agent à Guy Lafleur. Il avait appelé Flower qui m’avait confirmé toute l’histoire.

Le lendemain, le texte en une comportait deux signatures. Le sacré Tom avait scoré deux fois en moins d’une semaine. L’échange de Gretzky et le retour de Guy Lafleur.

LES ACTEURS DE L’ÉCHANGE

Trente ans ont passé. Pat Brisson est le prince des agents, Luc Robitaille est président des Kings, Bruce McNall a fait de la prison pour fraude et abus de confiance et Tom Lapointe vit près de Santa Monica en banlieue de Los Angeles.

Après la gloire au Journal de Montréal, il a connu des jours noirs en France. Quand je l’avais retrouvé il y a une quinzaine d’années, il était pratiquement un itinérant. Mais Tom, c’est Tom. Éternel rêveur et optimiste, il a fini par rebondir. Il planche sur un projet de quiz avec des producteurs de Hollywood qu’il a convaincus et lui et Georges Guilbeault ont rencontré les dirigeants des Golden Knights de Vegas pas plus tard que la semaine dernière avec un nouveau projet.

Il a connu son sommet du monde avec l’Échange, il a vécu son abîme à mi-chemin à Rouen et doit se retrouver entre les deux ce matin...

Avec Tom, je ne sais jamais...

DANS LE CALEPIN - Hier, j’étais chez Prémont Harley Davidson à Québec, quand je suis tombé sur une moto qui m’a scié les jambes. La moto que Laurent Prémont avait préparée pour Johnny Hallyday quand le King français était venu rouler avec un groupe il y a sept ans. Toute couverte de dessins et de peintures à la main de Johnny avec en prime, sur l’aile avant, la signature du grand rocker. Je me suis recueilli pendant deux ou trois minutes.

Puis, je me suis demandé : Y a-t-il des fans français qui savent que ce trésor existe ?