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J’ai péché, pardonnez-moi!

Anders Carlson-Wee
Photo courtoisie, Twitter de Anders Car Anders Carlson-Wee

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Pouvez-vous croire qu’une controverse secoue en ce moment le milieu culturel américain... à cause d’un poème ?

Qui aurait cru qu’en 2018, à l’ère des micromessages de 140 caractères, la poésie pourrait soulever les passions ?

POÈTE, VOS PAPIERS !

Le magazine (très progressiste) The Nation a publié un poème intitulé How to, de Anders Carlson-Wee.

C’est un texte très court dans lequel l’auteur se met dans la peau d’un sans-abri qui donne, avec ironie et sarcasme, des conseils sur la meilleure façon d’attirer­­­ la pitié des passants pour qu’ils vous donnent des sous.

Le problème, c’est que l’auteur est blanc. Mais que dans son poème, il utilise des tournures de phrase qu’utilisent certains Afro-Américains, comme « you is », « they is » au lieu de « you are », « they are ».

Eh oui ! Il s’est fait accuser d’appropriation culturelle !

On pensait que le délire de SLĀV et Kanata était le summum. Mais avec cette histoire de poème « écrit comme un Noir alors que l’auteur est blanc », on vient de franchir une nouvelle frontière dans le ridicule.

Dans son poème, l’auteur utilise l’expression « crippled » : « infirme ». L’auteur s’est fait accuser d’être « capacitiste », donc de discrimination envers les personnes handicapées.

Le lobby hurlant des OATPHSLMS (Offensés À Temps Plein Hurlant Sur Les Médias Sociaux) a encore une fois gagné. Les éditrices de poésie du magazine et le poète lui-même se sont excusés. « Nous sommes désolés de la douleur que nous avons infligée aux différentes communautés affectées par ce poème », ont écrit les éditrices, comme si elles avaient publié Mein Kampf !

Le poète s’est tellement autoflagellé qu’on avait l’impression qu’il avait pris exemple sur Louis-Jean Cormier après ses propos sur la parité. « Je suis en train de réévaluer ce que cela signifie de faire l’art dans ce monde quand on est privilégié comme moi », a-t-il écrit sur Twitter.

On a l’impression de lire une autocritique d’un intellectuel chinois, dans un camp de rééducation, pendant la Révolution culturelle.

Le plus ironique dans toute cette histoire, c’est que le poète, dans sa lettre d’excuse, a utilisé l’expression « eye-opener » pour expliquer que cet épisode lui avait « ouvert les yeux ».

Il s’est fait reprocher d’avoir utilisé une image offensante... pour les aveugles !

Hahaha. Excusez-moi, mais je ne peux pas m’empêcher de trouver ces mascarades grotesques.

LES GRANDES CHALEURS

Comme l’a écrit Heather Mac Donald dans Quillette (un site de réflexion en ligne que je vous recommande chaudement) : « Les auteurs en sont réduits à choisir leurs mots à partir d’une liste officielle de termes approuvés et à éviter les sujets tabous. Seules les victimes et les gardiennes de la culture des victimes, dont la pureté idéologique est sans reproche, ont le droit de recourir à l’ironie. »

Comme l’a écrit sur Twitter l’auteur Stephen King : « The Nation s’est excusé d’avoir publié un poème écrit par un homme blanc utilisant un dialecte noir. C’est quoi la suite ? Des excuses pour une femme qui écrirait du point de vue d’un homme ou vice-versa ? »

Décidément, je ne sais pas ce qu’il y a dans l’air cet été, mais la canicule fait perdre la tête à bien du monde.