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Danger sur les routes: Québec doit éduquer les conducteurs plus jeunes

Les jeunes pourraient devenir aussi conscientisés à la sécurité routière qu’à l’environnement

Même si le nombre de décès global a baissé depuis 45 ans au Québec, entre autres à cause de l’amélioration de l’état des routes et de la fabrication plus sécuritaire des automobiles, les accidents mortels impliquant des jeunes de 15 à 24 ans ont augmenté de 63 % en 2017 par rapport à 2016 selon les chiffres de la SAAQ.
Photo Martin Alarie Même si le nombre de décès global a baissé depuis 45 ans au Québec, entre autres à cause de l’amélioration de l’état des routes et de la fabrication plus sécuritaire des automobiles, les accidents mortels impliquant des jeunes de 15 à 24 ans ont augmenté de 63 % en 2017 par rapport à 2016 selon les chiffres de la SAAQ.

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Le Québec doit éduquer les conducteurs plus jeunes à respecter les lois sur la route si on veut améliorer le bilan routier de manière significative, croient des experts.

« L’éducation est à la base de tout. C’est un travail de longue haleine », avance André Durocher, expert en sécurité routière à la police de Montréal.

« Il y a une époque où les gens buvaient au volant. Ç’a pris du temps avant de les faire réaliser qu’il ne faut pas conduire et boire. Il faut agir tôt. Sinon, on développe des mauvaises habitudes. Plus tu développes des mauvaises habitudes, plus elles vont être dures à casser. Plus on les éduque jeunes, mieux c’est », martèle aussi Philippe Létourneau, ancien pilote de course automobile et instructeur de conduite.

Hier, Le Journal rapportait avoir été témoin de plus de 500 infractions routières et de nombreux comportements dangereux d’automobilistes durant un mois d’observation sur les routes montréalaises.

Le bilan routier 2017 de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) fait état d’une hausse de 63 % des décès de jeunes de 15-24 ans sur les routes du Québec, passant de 46 en 2016 à 75 l’année suivante.

Occasion ratée

Or, il y a huit ans, les Nations Unies décrétaient la Décennie d’action pour la sécurité routière. Une occasion manquée pour le Québec de créer une première cohorte de jeunes mieux éduqués sur le sujet, poursuit M. Durocher.

« Je m’étais dit à l’époque : quelle bonne occasion de commencer en 1re ou 2e année à les éduquer, et quand ils vont arriver en secondaire 5 au bal des finissants, une angoisse pour les parents, on aurait une culture de sécurité routière », rêve encore M. Durocher, en ajoutant qu’il ne veut toutefois pas jouer dans la cour des commissions scolaires.

Le policier fait le parallèle entre son souhait d’une plus grande sensibilisation à la sécurité routière et le nouvel engouement des jeunes face à l’environnement et l’écologie qui est transmis dans les écoles.

« Je me suis fait rappeler à l’ordre par mon neveu parce que j’avais laissé le robinet ouvert. Il y a 20 ans, on n’aurait jamais pensé à ça ! On le fait pour l’environnement, alors pourquoi pas pour la sécurité routière ? » demande-t-il.

Le directeur général de l’Association des écoles de conduite du Québec, Marc Thompson, abonde dans ce sens.

« Les enfants pourraient avoir une influence auprès de leurs parents, comme lorsqu’il y a plusieurs années, des notions sur le recyclage et le compostage ont été transmises. J’aimerais bien voir un jeune reprendre son père qui a son cellulaire dans la main au volant », s’imagine-t-il, sans pouvoir préciser de quelle façon il voit l’intégration de ces notions au cursus scolaire.

Au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, on explique que des écoles organisent déjà des activités de sensibilisation à la sécurité routière avec la participation de corps policiers.

Technologie

L’inspecteur Durocher aimerait aussi sensibiliser les gens, particulièrement les jeunes, sur l’utilisation des réseaux sociaux ou des applications numériques, comme Waze, sur lesquels les gens envoient des avertissements d’opération policière.

« On ne peut pas empêcher les technologies, mais celui ou celle qui avertit qu’il y a une opération alcool à telle place, et que son ami, qui a bu, prend un autre chemin [à cause de l’avertissement] et qu’il tue quelqu’un que tu connais, va-t-il s’en vanter ? »

 

Les accidents impliquant des 15-24 ans au Québec

Nombre de décès

  • 2012: 103
  • 2013: 79
  • 2014: 63
  • 2015: 55
  • 2016: 46
  • 2017: 75

► Un décès sur quatre survient entre minuit et 4 h

► La vitesse et la conduite imprudente causent 32,8 % des accidents mortels chez les jeunes


Source : Société de l’Assurance automobile du Québec (SAAQ)

 

Des questions revues aux tests de conduite

 

La Société de l’assurance automobile du Québec a retiré ou reformulé le quart des questions des tests théoriques de conduite l’an dernier en raison des taux d’échec élevés des élèves en 2015 et 2016.

Le taux de réussite est passé de 72 à 54 % de 2013 à 2016. Une révision des questions a alors été effectuée pour les rendre « plus compréhensibles » pour les personnes qui faisaient le test.

« Nous ciblons les questions sur lesquelles moins de 60 % des candidats trouvent la bonne réponse », explique la SAAQ.

C’est 127 questions qui ont été touchées sur environ 550, selon la SAAQ.

« Nous allons continuer à faire une veille du taux de réussite. Aussi, une attention particulière sera donnée aux questions qui seront ajoutées avec les modifications au Code de la sécurité routière », a aussi fait savoir la société d’État.

Signalisation

Pour Marc Thompson, de l’Association des écoles de conduite du Québec, et Mylène Sévigny, directrice générale chez Tecnic, le principal problème est que la signalisation est peu abordée dans la formation théorique obligatoire de 24 heures que reçoivent tous les futurs conducteurs.

« La SAAQ nous demande de laisser les élèves apprendre la signification des panneaux par eux-mêmes. L’objectif est de responsabiliser les futurs conducteurs », dit M. Thompson. Les élèves doivent notamment apprendre la signification de plus de 500 panneaux de 10 couleurs.

Une tâche essentielle, rappelle l’expert en sécurité routière et professeur à HEC, François Bellavance. « On remarque que les jeunes qui échouent au moins une fois au test théorique ont plus souvent des accidents, dit-il. Ceux qui réussissent du premier coup sont ceux qui prennent la sécurité routière au sérieux. »

– Avec la collaboration d’Antoine Lacroix

 

Pas de palmarès des écoles de conduite

 

Contrairement aux hôpitaux ou aux établissements scolaires, il n’existe aucun classement des écoles de conduite au Québec parce qu’une partie de l’industrie refuse de divulguer ses taux de réussite aux examens de conduite.

« En établissant un classement, on obligerait les écoles à aller chercher l’excellence », affirme Marc Thompson.

Ce dernier explique qu’il milite depuis des années pour établir ce genre de palmarès qui éliminerait les mauvais joueurs.

« Certaines écoles cassent les prix avec des formations à 500 ou 600 $, mais le taux d’échec y est élevé et les parents qui confient leurs jeunes ne le savent pas toujours », dénonce M. Thompson.

D’après lui, il faudrait que la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) force les écoles à rendre publiques leurs données.

« Ce serait une idée louable et nous y sommes favorables, mais en réalité, c’est aux écoles de conduite de donner leur accord », réplique Sophie Roy, porte-parole de la SAAQ.

Pas simple

Et pour le moment, les écoles de conduite ne sont pas toutes d’accord, à l’image de Tecnic, qui regroupe 140 écoles franchisées.

« Il y a des discussions à l’interne sur ce sujet, mais il faut comprendre qu’on ne peut pas se fier uniquement aux résultats des tests pour juger une école », explique Mylène Sévigny.

Elle donne l’exemple d’une école qui pourrait être pénalisée parce qu’elle est spécialisée dans l’apprentissage aux nouveaux arrivants qui ne parlent pas tous français ou anglais. Aussi, elle fait remarquer que la conduite est plus complexe en ville et que les taux de réussite seront donc toujours plus faibles dans les grands centres urbains.

« Pour bien faire, il faudrait établir un classement avec une formule prenant en compte toutes ces données, ainsi que l’expérience des moniteurs parce que ce sont notamment eux qui feront en sorte qu’on a de bons conducteurs sur nos routes. »

– Avec la collaboration d’Antoine Lacroix

 

Trois fois plus de véhicules, six fois moins de morts

  • 1973: 2209
  • 1974: 1882
  • 1975: 1893
  • 1976: 1589
  • 1977: 1556
  • 1978: 1765
  • 1979: 1792
  • 1980: 1492
  • 1981: 1463
  • 1982: 1081
  • 1983: 1185
  • 1984: 1225
  • 1985: 1386
  • 1986: 1051
  • 1987: 1116
  • 1988: 1091
  • 1989: 1128
  • 1990: 1072
  • 1991: 988
  • 1992: 939
  • 1993: 945
  • 1994: 794
  • 1995: 845
  • 1996: 858
  • 1997: 766
  • 1998: 685
  • 1999: 762
  • 2000: 766
  • 2001: 610
  • 2002: 704
  • 2003: 623
  • 2004: 648
  • 2005: 707
  • 2006: 720
  • 2007: 604
  • 2008: 556
  • 2009: 503
  • 2010: 488
  • 2011: 475
  • 2012: 417
  • 2013: 392
  • 2014: 318
  • 2015: 356
  • 2016: 346
  • 2017: 359

Nombre de véhicules

1973: 2,3 millions

2017: 6,5 millions


Source : SAAQ

 

Un siècle de sécurité routière

1910

Les premiers « officiers de vitesse » sont nommés pour distribuer les premières contraventions au Québec.

1924

Le premier Code de la route est établi pour harmoniser les règles au Québec. On compte alors plus de 100 000 autos dans la province.

1955

Le nouveau ministère des Transports et des Communications décide de mettre en place un véritable examen pour l’obtention du permis de conduire. Un questionnaire, un test routier et un examen de la vue deviennent nécessaires pour pouvoir conduire au Québec.

1973

Il s’agit de la pire année sur les routes du Québec. On compte alors 2209 morts. Le port de la ceinture à l’avant du véhicule ne devient obligatoire qu’en 1976.

1983

Les cours de conduite deviennent obligatoires pour pouvoir être au volant d’un véhicule de promenade. L’année précédente, le Code de la sécurité routière a été revu avec des sanctions beaucoup plus salées et même la possibilité de perdre son permis de conduire.

1997

Le ministre des Transports Jacques Brassard supprime l’obligation des cours de conduite. Mais le Code de la sécurité routière devient encore plus sévère contre ceux qui conduisent avec les facultés affaiblies.

2010

La ministre des Transports Julie Boulet rétablit les cours de conduite obligatoires et fixe un prix plafond à cet enseignement : 825 $. Ce coût maximum reste le même jusqu’au 1er août 2018. Il augmente alors de 7 $ et sera dorénavant indexé au coût de la vie.


Source : SAAQ