/opinion/blogs/columnists
Navigation

Monsanto, entreprise voyou

Manifestation d'envergure_1
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Après plus d’un mois de discussions, un tribunal de San Francisco a rendu, avant-hier, un jugement historique. Dewayne Johnson, un Américain atteint d'un cancer causé par l'herbicide Roundup, devra être dédommagé de 250 millions d’euros par le géant agrochimique Monsanto, racheté il y a peu de temps par la pharmaceutique Bayer. Ce montant est une maigre consolation pour ce monsieur qui aurait moins de deux ans pour en profiter, lui qui est en phase terminale d’un cancer incurable du système lymphatique.

Ce jardinier de 46 ans n’en vient pas moins d’acquérir une place de choix dans l’Histoire. Le procès qu’il a intenté à Monsanto est le premier à toucher au caractère cancérigène du glyphosate employé dans les produits de Monsanto, et le jury a blâmé la multinationale de ne pas avoir averti des dangers du Roundup et du RangerPro, des désherbants qui détruisent les sols, les plantes et les espèces vivantes, et qui peuvent être à l’origine des maladies les plus graves. C’est un précédent.

L’humanité devra cependant se retenir encore un peu avant de pousser un grand soupir de soulagement, car il se peut qu’elle inspire encore du poison pendant un certain temps : Monsanto a annoncé sa volonté d'aller en appel. Qui plus est, le verdict ne concerne que les questions liées à la santé des êtres humains, et ne touche en rien aux autres grandes conséquences de l’herbicide total, celles liées à l’environnement et à la faune.

Notre classe politique est encore loin d’être sortie de sa torpeur. Santé Canada a décidé de reconduire le Roundup pour... quinze ans ! Au Québec, le 22 octobre 2015, le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, a justifié l’inaction politique dans le dossier des pesticides dangereux sous prétexte que Monsanto était devenue plus puissante que le gouvernement.

Il n’avait pas tort. Monsanto nage dans les ressources financières, les employant pour truquer des études, faire rédiger des articles et camoufler ce qu’elle sait sur les conséquences de ses actes. Je vous invite à écouter mon entrevue avec Marie-Monique Robin, journaliste ayant abondamment enquêté sur les pratiques de l’entreprise voyou.

Monsanto symbolise bien cette mondialisation qui émancipe entièrement les grands possesseurs du capital de toute frontière, de toute limite, et de toute responsabilité. Elle est un pur produit de cette époque qui fait des gigantesques sociétés commerciales des puissances souveraines, où il est impensable aux pouvoirs publics d’envisager de mettre un frein à leur « liberté » d’investir où elles veulent et quand elles veulent sans se soucier des conséquences.

Il est possible qu’un jour nous ne souhaitions plus polluer les rivières, exploiter l’être humain et détruire les écosystèmes au nom du seul droit au profit des plus puissants de ce monde. On se dira alors « mon Dieu, nous étions fous ! », et les plus courageux voudront écrire l’histoire de cette période allant à l’encontre du bon sens le plus élémentaire. On constatera peut-être que le début de la fin de cette époque a un nom, et que c’est Dewayne Johnson.