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Vive Maxime Bernier!

Prise de parole de Maxime Bernier lors du forum action de Generation Screwed
Daniel Mallard/Agence QMI

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Je ne pensais jamais écrire ça un jour mais... Vive Maxime Bernier!

Tout m'éloigne du député beauceron de droite, ce partisan de l'idéologie libertarienne. Toutefois, il faut souligner le front de beu de Maxime Bernier. Au cours des derniers jours, le député beauceron a ouvert la plus puissante boite de Pandore qui soit au Canada anglais. Au même rang que la question constitutionnelle; ces dossiers auxquels, habituellement, ON NE TOUCHE PAS!

Maxime Bernier s’est livré à une attaque en règle du dogme qu’est le multiculturalisme radical de Justin Trudeau. Il a pris le plus grand élan qu’il pouvait et il a fessé de toutes ses forces.

On a senti la secousse jusqu’ici. De l’autre côté des deux solitudes. C’est dire à quel point le coup de poing a porté.

« La diversité c’est la force »

Tout observateur de la politique canadienne que je sois, je trouve cet épisode –toujours en cours – absolument fascinant.

Bien entendu, dès la première secousse, les plus ardents défenseurs du dogme multiculturaliste se sont fendus des accusations habituelles; oser contester le multiculturalisme serait, intrinsèquement, être xénophobe. On a même vu poindre des slogans tels que « la diversité c’est la force ».

C’est une manière qu’ont les tenants du multiculturalisme de cadenasser tout débat sur la question, s’octroyer toute définition de ce qui est vertueux. Pour ce faire, on joue sur le langage. Par glissement sémantique, on a remplacé « multiculturalisme », terme trop chargé idéologiquement, par le terme « diversité ».

Qui peut bien être contre la diversité? Ainsi, ceux qui critiquent le multiculturalisme se trouvent coupables d’attaquer la « diversité ».

À sa face même, cette affirmation est tout à fait ridicule.

D’abord parce que le multiculturalisme est UNE façon parmi d’autres d’organiser les rapports sociétaux. Il y en a d’autres. Et comme toute idéologie, il est tout à fait légitime, voire utile, de la critique, de la contester, voire de militer pour la remplacer. Sinon, les idéologies deviennent des dogmes. Ce que l’on cherchera à éviter.

Ensuite, il est indéniable que le multiculturalisme radical, tel que l’encourage le Canada de Justin Trudeau, n’est pas gage de « diversité », loin de là.

Vive Conrad Black!

Ok, là j’exagère n’est-ce pas? Pas vraiment. Je ne suis pas de ceux qui tirent sur le messager avant de n’avoir pris connaissance de ce qu’il a à dire. La réaction de Conrad Black aux critiques acerbes visant Maxime Bernier a visé juste. Ceci, sur son compte Twitter :

« Les sondages varient bien peu depuis des décennies sur ces questions. La plupart des Canadiens appuient l'immigration, mais estiment également que trop d'immigrants refusent d’adopter les valeurs canadiennes. Dénoncer cette forme d’encouragement officiel à ne pas s’intégrer à la société d’accueil (par le biais du «multiculturalisme radical») n’est pas une position extrémiste. »

J’ai lu des dizaines de textes au cours des dernières années qui dénonçaient la ghettoïsation qu’engendre, trop souvent, le multiculturalisme radical. On a souvent associé toute critique du multiculturalisme à la droite, voire l’extrême-droite. Les ardents défenseurs du multiculturalisme (certains dans les médias) sont des as là-dedans.

Au Québec, cette question [et plus largement le dossier de la laïcité] a fragmenté le mouvement féministe et la gauche en général. Militer pour le remplacement du multiculturalisme peut tout à fait s’inscrire dans une revendication de gauche.

Le multiculturalisme peut nuire à la diversité

Quand le multiculturalisme pousse, encourage les différentes collectivités ethniques à se ghettoïser, celui nuit à la diversité, au partage de ce qui rend chaque culture unique au sein d’un filet social commun, accepté de tous.

La ghettoïsation nuit au pluralisme.

Encourage-t-on la « diversité » quand des collectivités espèrent fonder des quartiers réservés spécifiquement à une collectivité ethnique ou religieuse? Ne gomme-t-on pas la diversité quand des quartiers entiers deviennent si homogènes que la langue commune de la société d’accueil finit par y disparaitre?

Asad U. Khan, le président du Islamic Education Foundation of Manitoba, a publié un texte dans le Winnipeg Free Press il y a quelques années intitulé « Multiculturism is failing Canada » (Le multiculturalisme au Canada est un échec). On y trouve une critique intéressante de cette politique initiée par Trudeau père en 1971 :

« En 1971, sous le premier ministre Pierre Elliot Trudeau, le Canada est devenu le premier gouvernement national à déclarer que le pays serait «multiculturel».

Trudeau a également incorporé dans la Charte canadienne des droits et libertés la notion que les tribunaux doivent prendre des décisions "de manière compatible avec la préservation et la valorisation du patrimoine multiculturel du Canada." Ainsi, le Canada est devenu un État multiculturel constitutionnel.

Ce changement constitutionnel a donné naissance à des centaines d'organisations ethniques multiculturelles au Canada. Malheureusement, cependant, la plupart d'entre elles sont maintenant sous l'influence des groupes religieux conservateurs ou intégristes, qui leur ont donné une vision étroite et paroissiale ou d'esprit de clocher. [...]

Dans un pays multiculturel où il n'y a pas de notion de culture officielle, cette vacuité représente un énorme obstacle au développement de valeurs communes, de la citoyenneté et d'une identité nationale.

En 2006, des universitaires de l’Alberta, de Calgary, de la Saskatchewan et de Carlton University à Ottawa, ont procédé à une analyse du multiculturalisme.

Leurs recherches ont indiqué que l’accent mis par le multiculturalisme, sur la diversité est source de division et nuit à la cohésion sociale au Canada; mais également au développement de l’identité canadienne.

Toute insistance sur le relativisme culturel conduit potentiellement à un choc culturel ou au niveau mondial, à un "choc de civilisation".

Et, à long terme, le multiculturalisme conduit à la marginalisation ethnique et à la stratification ethnique, en particulier lorsque la répartition des pouvoirs dans la société est inégale.

Après près de quatre décennies de ce multiculturalisme, il serait prudent de remettre en question la politique multiculturelle canadienne. »

La réponse de Anthony Furey dans le Toronto Sun à la déferlante de commentateurs indignés qui ont appelé à la fin de tout débat sur cette question mérite d’être soulignée. Son texte du 15 aout a pour titre « Relaxez! Il n’y a rien de mal à débattre du multiculturalisme – en fait, cela est sain ».

Voilà ce qu’a réussi Maxime Bernier; il a amorcé la discussion. Il a fait fi de ceux qui, depuis longtemps, s’assurent de cadenasser, de condamner toute tentative de discussion qui pourrait remettre en cause le multiculturalisme.

Le député beauceron a fait entrer dans la discussion un terme que l’on entend très peu au Canada anglais : secularism. Un terme honni, presque banni, qu’on traduit en français par laïcité.

Et il est fondamental de rappeler qu’il n'y a rien, mais absolument d'extrémiste dans la volonté d'une nation de se remettre en cause, de discuter de son organisation sociétale, quelle qu’elle soit.

Comme il n’y a rien d’extrémiste dans le fait d'explorer la mise en œuvre d'une politique de la laïcité de ses institutions comme nous l’avons fait au Québec. Pas plus ne sont racistes ou xénophobes ceux qui appuient cette velléité tout à fait légitime.

On doit à tout prix dénoncer ceux qui tentent d'imposer le silence, d'empêcher que se tienne tout débat sur le multiculturalisme en usant des épithètes fallacieuses.

Non, remettre en cause le multiculturalisme n’est pas xénophobe ou raciste.