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La ménopause et le tour de taille

La ménopause et le tour de taille
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Ceux d’entre vous qui suivent cette chronique savent que la notion de poids santé est dépassée et qu’il faut plutôt mesurer régulièrement notre tour de taille, puisque cela permet de suivre, au fil des ans, l’évolution de la graisse abdominale (particulièrement le tissu adipeux viscéral) si dangereuse pour notre santé.

Depuis 30 ans, notre laboratoire s’est beaucoup intéressé à l’évolution, avec l’âge, de la graisse abdominale et du tour de taille chez l’homme et chez la femme.

Ainsi, un homme inactif prendra progressivement de la bedaine avec les décennies. Chez la femme sédentaire, ce phénomène est moins progressif, mais prend davantage d’ampleur lors de la ménopause.

En effet, nos travaux antérieurs ont montré qu’avant la ménopause, les femmes étaient relativement protégées contre l’accumulation de graisse abdominale et n’avaient en moyenne que la moitié de la quantité de tissu adipeux viscéral mesurée chez l’homme.

Ce phénomène expliquait pourquoi le profil de santé de la femme était généralement plus favorable que celui de l’homme.

Des changements importants

Avant la ménopause, la femme possède beaucoup plus de tissus adipeux aux fesses et aux cuisses que l’homme.

Cette bonne graisse corporelle la protège contre les maladies cardiovasculaires, car elle sert de réservoir pour stocker l’énergie provenant de nos excès alimentaires (malbouffe, desserts gras et sucrés, etc.), protégeant ainsi son cœur, son foie, ses reins et ses muscles contre l’accumulation de graisse dans ces tissus normalement maigres.

Toutefois, nos travaux d’imagerie ont révélé que cette protection relative contre l’accumulation de graisse abdominale viscérale est diminuée lorsque la femme entre dans la période de la ménopause.

En effet, en parallèle à la chute des hormones sexuelles féminines observée durant cette période, la femme sédentaire se met à accumuler cette graisse interne dangereuse, et ce, parfois même sans augmentation du poids corporel, ce qui peut tromper la personne qui suit attentivement son poids sur le pèse-personne.

Combien de fois ai-je entendu : « Je n’ai pas pris de poids, mais je dois changer de taille de pantalon ». Comment une telle chose est-elle possible ? La femme ménopausée inactive prend du tour de taille, mais peut aussi perdre de la masse musculaire à cause de ses habitudes sédentaires.

Augmentation du tour de taille

Dans les années 90, nous avons réalisé une étude afin d’explorer spécifiquement ce phénomène dans un groupe de femmes suivies pendant 7 ans.

Durant cette période, nous avons observé une augmentation de 30 % de la graisse abdominale viscérale, ce qui se traduisait par une augmentation du tour de taille de 4 cm, et ce, en dépit du fait que ces femmes n’avaient pas pris de poids.

Par ailleurs, l’augmentation de leur adiposité viscérale a aussi induit une augmentation de leurs concentrations de glucose et d’insuline dans le sang, augmentant ainsi leur risque de développer le diabète.

Ces résultats montrent à quel point il est beaucoup plus important de suivre l’évolution de son tour de taille que de son poids corporel, particulièrement lorsque s’installent les changements hormonaux de la ménopause.

Faire de l’exercice

Pouvons-nous prévenir cette augmentation du tour de taille ? Absolument ! Et vous ne serez pas surpris d’apprendre que l’activité physique régulière induit une diminution sélective de cette graisse abdominale si dommageable pour la santé.

Ainsi, Mesdames, si vous devenez inconfortable dans votre pantalon lorsque vous devenez ménopausée, oubliez le pèse-personne, mesurez régulièrement votre tour de taille, et sortez vos espadrilles.

J’ai tellement entendu de femmes m’exprimer leur frustration de marcher tous les jours et de ne pas perdre de poids.

Ne vous en faites pas ! Surveillez plutôt votre tour de taille ! Une bonne marche quotidienne et une alimentation de qualité vont vous permettre de perdre quelques centimètres de tour de taille, et ce, sans nécessairement perdre de poids, car l’exercice vous fera gagner de la masse musculaire tout en faisant fondre votre graisse abdominale.

Encore une fois, méfiez-vous du « poids santé ». Il ne reflète pas les changements qui s’opèrent en vous à la ménopause.


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Depuis 2015, il est directeur de la science et de l’innovation à l’Alliance santé Québec.