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Les bons coups de l'été : originalité au menu !

Antoine Durocher en raton laveur lors du spectacle Anthropomorphisme au Minifest.
Crédit photo : Jean Lemieux Photographe Antoine Durocher en raton laveur lors du spectacle Anthropomorphisme au Minifest.

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L’été 2018 a été à la fois épuisant et stimulant pour les amoureux, créateurs et gestionnaires de l’humour au Québec.

Coups sur coups, on a eu droit au Festival d’humour de l’Abitibi-Témiscamingue, au Minifest, au Grand Montréal Comedy Fest, à Zoofest, à Juste pour rire, à Just for Laughs, au Festival de la blague, au ComediHa! et au Plateau en humour ... en plus des spectacles dans les festivals un peu partout en province, des humoristes en résidence, en rodage, et des autres célébrations des prochaines semaines.

J’en ai vu beaucoup et, malgré toute ma bonne volonté, j’en ai manqué.

C’est une chose de toujours être dans les salles de spectacles, mais ça en est une autre de ne pas s’en lasser.

Pourtant, j’adore l’humour ! C’est seulement que je préfère les grosses surprises. J’ai besoin de me faire renverser, de recevoir un « punch » en plein visage sans le voir venir, de me faire brusquer dans mes attentes.

Et cet été, il y a quelques numéros et concepts qui m’ont définitivement prise par surprise. Les voici.

Les numéros intellos-dénonciateurs

Le gala Fuck la culture du viol, qui s’est tenu lors du Grand Montréal Comédie Fest, n’en était pas à sa première édition. Cela faisait longtemps que je cherchais l’opportunité d’y assister sans savoir à quoi m’attendre. Et je n’ai pas été déçue. 

Tous les artistes y ont fait bonne figure et ont prouvé que l’on peut prendre un sujet aussi violent et douloureux et le transformer en création artistique. On était loin de la victimisation et de la simple dénonciation à coups de jeux de mots. Il y avait du génie comique qui émergeait d’expériences personnelles intolérables.

Ma prestation préférée de la soirée a été l’hommage satirique d’un grand sarcasme intelligent et poétique de la part de Catherine Éthier à Jacques Languirand. Autant j’ai ri, autant mes entrailles se sont entremêlées dans les images poignantes qu’elle a su dessiner dans les esprits grâce à sa remarquable plume. C’est une gerbe de fleurs empoisonnées qu’elle a versée sur la mémoire de l’ancienne voix de Radio-Canada maintenant décédée.

Il faut aussi noter la superbe participation d'Alexandre Forest, gagnant du Concours de la relève 2018 du Festival d'humour de l'Abitibi-Témiscamingue. Propos intelligents, rendu impeccable, sujet traité de merveilleuse façon. Un coup de coeur pour plusieurs cet été, notamment pour ceux qui l'ont vu sur scène lors de son premier 60 minutes au Zoofest ou de son passage au ComediHa!.

Le concept casse-cou

Lors du Minifest, j’ai assisté au spectacle Anthropomorphisme, un concept de l’auteure Marie-Ève Saucier. En gros, elle a offert à des humoristes de monter sur scène dans la peau d’un animal. À première vue, le tout a l’air mignon, mais quand on impose un tel concept dans un humour de bar, dans le cadre d’un festival sans filet comme le Minifest, on est très loin d’obtenir de gentillets petits animaux.

Déjà que faire du personnage sur scène dans un tel contexte relève du défi, faire des animaux en plus... !

Bien que tous les numéros ne fussent pas d’égale qualité, la soirée valait définitivement le détour. Je souligne par ailleurs la superbe prestation de Madeleine Pilote-Côté dans un lion délectable et d'Antoine Durocher dans le rôle du raton laveur le plus trash, le plus bum, le plus Bougon, le plus crotté que j’aie jamais imaginé. D’ailleurs, il semblerait qu’Antoine ait repris son raton sur scène à quelques reprises depuis.

Devant l’enthousiasme reçu pour son idée, la conceptrice devrait renouveler l’expérience l’an prochain et aimerait en faire une série Web. Avis aux intéressés ! Chose certaine, je suis la première à espérer que le projet se réalise.

Folie nostalgique du Ciné-Nacho

Le concept est né dans le cadre d’une soirée d’humour dans un pub nommé Nacho Libre à Montréal.

Ciné-Nacho est une occasion de relire avec distorsions des films et émissions de télévision qui ont suscité l’intérêt populaire. Dans le cadre du Zoofest cet été, le groupe s’est attaqué au Roi lion, Dans une galaxie près de chez vous, Jurassic Park, Radio Enfer et Mean Girls.

Il faut avouer que la veine nostalgique est amplement utilisée comme concept de spectacles à Zoofest et ailleurs depuis plusieurs années. En effet, on a eu droit à une pléthore de prestations sur les thèmes d’Harry Potter, de Star Wars, etc.

Pour ma part, j’ai assisté à la soirée du Roi lion. Encore une fois, on ne peut pas dire que tous les numéros étaient de franc succès, car écrits pour l’occasion et pratiquement sans avoir été testés devant public auparavant.

Par contre, il faut noter la présence de William Bernaquez qui a offert un excellent numéro où il nous a fait la lecture émotionnellement bien sentie du journal intime de Zazou, le conseiller royal. Pour ceux et celles qui, comme moi, ont visionné le film jusqu’à ce que le ruban magnétique flanche (parce que leur petite sœur de neuf ans l’a écouté à tous les jours pendant un an en 1995), l’appropriation du personnage était parfaite.

Faire confiance aux découvertes

Chose certaine, je crois que les nombreuses occasions de nous délecter d’humour cet été nous rappellent à quel point il y a un réel plaisir à se nourrir de numéros moins léchés, plus amateurs, moins filtrés.

Pour avoir vu des galas à grande de mise en scène faire chou blanc, manquer d’audace et se vautrer dans un humour des années 1990 où l’on se fait servir des styles d’écriture dont on voit venir le punch dix kilomètres à l’avance, disons que, personnellement, j’y penserais deux fois entre investir 45.00 $ pour un grand gala et 15.00 $ pour un spectacle plus underground.

Et il n’est pas question ici d’être plus vulgaires ou plus sensationnalistes ! Seulement plus originaux et plus complexes en matière de textes. Je crois que le succès qu’obtient Laurent Paquin présentement démontre l’importance pour les artistes qui ont connu le succès il y a 20 ans de se renouveler, de rester à l’affût des dernières tendances.

Croyez-moi : ils ont toute une génération d’artistes extrêmement créatifs qui leur pousse dans le dos.