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Hommage poétique à une grande écrivaine

Dominique Fortier
Photo courtoisie, Frédérick Duchesne Dominique Fortier

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Pour son sixième livre, Les villes de papier, Dominique Fortier, plusieurs fois récompensée pour ses romans précédents, dépeint à sa manière (magnifique !) la vie énigmatique de la grande écrivaine Emily Dickinson, celle qu’on surnommait « la dame en blanc ».

Emily Dickinson, considérée comme un des écrivains les plus importants du 19e siècle, a toujours refusé de rendre sa poésie publique et a passé les dernières années de sa vie enfermée dans sa chambre.

Les villes de papier – allusion aux noms de villes fictives inscrites sur des cartes routières d’une autre époque pour éviter la contrefaçon – explore son existence d’une manière très intimiste.

Dominique Fortier en fait un portrait délicat, tout en offrant une réflexion sur les lieux qu’on habite... et qui nous habitent aussi.

Jointe cet été alors qu’elle savourait ses vacances sur la côte du Maine, Dominique Fortier explique que ce livre s’est écrit avec beaucoup de fluidité alors qu’elle peinait depuis deux trois ans sur un autre roman particulièrement compliqué.

« C’est une sorte de cadeau. Ça ne m’était jamais arrivé avant. C’est comme si je m’étais fait une cachette : de temps en temps, je me sauvais de mon gros roman malcommode et j’allais écrire une demi-page sur Emily Dickinson et tout à coup, j’avais l’impression de respirer ! »

Elle a écrit le roman dans presque sa totalité au bord de la mer, se réveillant même la nuit avec des phrases toutes faites. Dominique a réussi à marier la justesse et la précision avec un minimum de mots évocateurs, en enlevant tout ce qui n’était pas absolument nécessaire.

Une femme recluse

Dominique est fascinée par l’écriture, la poésie et la personnalité d’Emily Dickinson.

« Sa vie se résume en trois lignes : elle est allée étudier à quelques heures de chez elle, elle est revenue parce qu’elle était malade, et au fil des ans, le rayon de son activité s’est réduit de plus en plus, comme une espèce de spirale. Elle a passé les dernières années de sa vie en ayant très peu de contact avec l’extérieur.

« De l’extérieur, c’est une vie où il ne se passe rien, mais l’essentiel c’est dans l’écriture qu’on le retrouve, dans sa poésie. C’est là que sa vraie vie se déploie. Sa poésie a un aspect philosophie, religieux. C’est une œuvre qui se cache en même temps qu’elle se dévoile : c’est pour ça que c’est aussi intéressant­­­. »

Les lieux qu’on habite

Dominique ajoute que son roman parle beaucoup des lieux réels, mais surtout de ce qu’ils représentent pour chacun. « Je pense qu’on habite toujours l’idée d’un lieu avant d’habiter le lieu physique. Je voulais explorer l’idée de foyer – ce qu’on appelle home en anglais. C’est une affaire de souvenirs, de fantômes, de choses qui sont beaucoup plus intangibles. »

Elle ne souhaitait pas faire un pastiche d’Emily Dickinson, mais plutôt établir une sorte de dialogue avec elle. « Je voulais éclairer son univers, son existence, ses fantômes à elle avec des bribes de ma vie à moi. Il y a des passages au “je” et ils sont autobiographiques. Ces épisodes de ma vie sont une façon de parler de sa vie à elle. »


♦ Dominique Fortier a écrit plusieurs romans.


♦ Son premier roman, Du bon usage des étoiles, a reçu le prix Gens de mer du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo.


♦ En 2016, Au péril de la mer a été couronnée par le Prix littéraire du Gouverneur général.

 

Extrait

Les villes de papier<br />
Dominique Fortier<br />
Éditions Alto<br />
192 pages
Photo courtoisie, Éditions Alto
Les villes de papier
Dominique Fortier
Éditions Alto
192 pages

« Elle est trop grande, son cou est trop long, ses jambes trop raides. Elle aurait dû naître épouvantail dans un champ, au milieu des étourneaux et des citrouilles. Elle y aurait passé­­­ un été langoureux, à se faire tremper par les ondées­­­, à regarder les courges enfler au soleil. Et puis, à l’époque des récoltes, on l’aurait cueillie­­­ elle aussi, et on l’aurait jetée au feu. Quelle flambée elle aurait faite, avec ses bras secs, ses jambes raides, ses longs cheveux et son cœur d’allumette. »

– Dominique Fortier, Les villes de papier, Éditions Alto