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ALENA: la pression monte sur Freeland avant une visite à Washington

Chrystia Freeland
Photo d'archives, AFP Chrystia Freeland

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Même si les États-Unis ont conclu lundi une entente commerciale avec le Mexique, la ministre canadienne des Affaires étrangères doit résister aux pressions américaines à son retour à la table de négociations de l’ALENA mardi à Washington, préviennent des experts.

«L’entente avec le Mexique prouve que les États-Unis sont pressés. C’est un coup de poker pour mettre de la pression, mais le Canada doit tenir son bout», a observé le membre de la Chaire Raoul-Dandurand, Guy Lachapelle.

Le Canada est exclu depuis un peu plus d’un mois des pourparlers entre le Mexique et les États-Unis, qui devaient régler leurs différends sur le secteur automobile afin de permettre à la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de progresser.

Or, le président américain Donald Trump a annoncé lundi un accord avec son voisin du sud. L’entente serait soumise au Congrès dès vendredi et pourrait être adoptée fin novembre.

Empressement américain

«Il ne faut pas se laisser pousser par l’agenda des Américains. C’est trop rapide comme délai», a quant à lui indiqué le spécialiste en droit économique de l’Université Laval, Richard Ouellet, précisant que des dossiers majeurs tels que la gestion de l’offre n’étaient toujours pas réglés.

Bien qu’elle ait jugé l’annonce «encourageante», la ministre canadienne Chrystia Freeland a tempéré les attentes en vue de sa visite à Washington, pour laquelle elle écourte un voyage diplomatique en Europe.

«Nous n'allons signer le nouvel ALENA que s'il est avantageux pour le Canada et pour la classe moyenne», a précisé Adam Austen, le porte-parole de la ministre, lundi.

Le Parti conservateur a reproché au gouvernement Trudeau de s’être fait doubler par le Mexique pendant qu’il jouait à «des jeux politiques plutôt que de défendre nos intérêts économiques».

Nouvelles menaces

Au cours d’un point de presse dans le Bureau ovale, le président Trump a assuré que les négociations reprendraient rapidement avec le Canada, tout en réitérant sa menace d’imposer des tarifs sur le secteur automobile canadien en cas d’échec des pourparlers.

«Ce sera soit des tarifs sur les automobiles, soit une entente négociée. Franchement, des tarifs sur les automobiles seraient beaucoup plus faciles à mettre en place, mais peut-être que l’autre option serait meilleure pour le Canada», a laissé planer le président.

En vertu de l’accord avec le Mexique, la proportion de contenu d’origine nord-américaine dans les automobiles devra passer de 62,5 à 75 %. De plus, de 40 à 45 % du contenu automobile devra être produit par des travailleurs payés au moins 16 $ l’heure, une manière pour les États-Unis de combattre la délocalisation d’emplois.

Durant l’allocution de Donald Trump, son homologue mexicain Enrique Pena Nieto, qui intervenait par téléphone, a plaidé pour une entente trilatérale avec le Canada.

Plusieurs organisations canadiennes, dont la Fédération des chambres de commerce du Québec ou la Corporation des associations de détaillants automobiles, ont salué la nouvelle entente et appelé à une conclusion rapide d’un accord avec le Canada.

Réactions sur l’ALENA dans la campagne électorale québécoise

«Même si la pression est énorme, on va résister de façon très forte à des compromis qui ne seraient pas acceptables pour nous. On ne donnera pas notre accord et on ne participera pas à une entente qui est contre les intérêts du Québec.» - Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec

«C’est probablement pas une mauvaise chose pour le Québec que cette signature soit faite, mais là où on rentre dans la zone de danger, c’est d’empêcher le Canada de faire payer au Québec des concessions qu’ils veulent obtenir pour l’Ontario pour l’automobile.» - Jean-François Lisée, chef du Parti québécois

«C’est très important d’avoir beaucoup de leadership de la part du gouvernement du Québec dans les heures qui viennent. Si on perd tout et qu’il n’y a pas d’entente avec les États-Unis, l’économie du Québec va souffrir.» - François Legault, chef de la Coalition avenir Québec