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Démagogie pseudo-féministe

Démagogie pseudo-féministe
Photo Agence QMI, TOMA ICZKOVITS

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François Legault est-il sexiste parce qu’il a dévoilé les textos d’une femme? Poser la question, c’est démontrer l’absurdité de la sortie de Marwa Rizqy et de Christine St-Pierre hier.
 
Sur le plan stratégique, je comprends les raisons pour lesquelles les deux vedettes libérales ont eu envie de faire cette sortie (se sont-elles fait imposer celle-ci? Par des conseillers hommes peut-être?).
 
Les femmes ont toujours été une portion de l'électorat plus rébarbative à la CAQ et François Legault. C’est un talon d'Achille historique pour eux. Pour cette raison, entre autres, François Legault, depuis 2012, fait campagne intensément avec son épouse Isabelle Brais.
 
Il a aussi pris plusieurs décisions depuis afin de combattre la perception qu’il était un homme ayant les réflexe d'une autre époque. Il faut  le dire: il se cherchait un vernis féminin.
 
Ces problèmes se reflétaient dans ses candidatures. En 2012, 22 % de ses candidats était des femmes. En 2014, même pourcentage ou presque, 23%.
 
Legault et sa garde rapprochée ont tout fait dans les dernières années afin de changer les choses. Or, ça a fonctionné. 
 
En 2018, il y aura plus de 50% de candidates caquistes en lice, dont l'ancienne ministre libérale Marguerite Blais, ancienne vedette de la télé et ancienne ministre libérale des aînés (sujet récurrent dans l'argumentaire caquiste).
 
Exemple tirés par les cheveux
 
Tout cela inquiète grandement les libéraux. La perte de Blais, non pas comme candidate, mais comme caution libérale, les a vraiment rendus furax.
 
Pour les rouges, il y a urgence à rappeler les anciennes faiblesses féminines de François Legault, les ramener à l’avant-plan.
 
C'était dans le plan de campagne.
 
L’ennui, c’est qu’ils ont choisi un exemple vraiment tiré par les cheveux: le dévoilement par la CAQ d’un texto de Mme Bourdon.
 
Et cela est vraiment ridicule. 
 
Si c’eût été un «Monsieur Bourdon célèbre gestionnaire de la Santé», qui avait butiné au PQ, puis à la CAQ, pour finalement choisir le PLQ, la garde rapprochée de Legault aurait-elle vraiment hésité à révéler un texto compromettant?
 
Non! Qu’est-ce que le sexe de la personne vient faire ici? Rien, évidemment.
 
Doctorat et jugement
 
J’écoutais hier la candidate libérale dans Saint-Laurent tenter laborieusement de défendre ce raisonnement et franchement, tout ce qui m’est venu à l’esprit est cette question: en entrant en politique, Mme Rizqy a-t-elle laissé sa rigueur à l'université? 
 
J’ai eu envie d’écrire qu’il s’agit d’une autre preuve qu’un doctorat ne procure pas du jugement.
 
Sa diatribe soulève toutes sortes de problèmes: Est-ce à dire que les femmes en politique devraient être protégées contre toute critique? Comme tout projet étiqueté «rose»?
 
En fait, le réquisitoire de Rizqy et de St-Pierre a vulgairement instrumentalisé les femmes et le féminisme dans le but d’attaquer un adversaire.
 
De manière tellement démesurée qu’elle heurte le bon sens.
 
Politique «masculine»
 
Et Mme Rizqy en a remis ce matin sur Twitter: «Le féminisme de façade de la CAQ se manifeste à nouveau aujourd’hui avec le musèlement de la candidate Marguerite Blais empêchée de débattre et le retour des bébés bonus de François Legault. #Qc2018 #Polqc»
 
Quel bel exemple de démagogie pseudo-féministe. Concernant le programme d'aide aux familles, existant, que la CAQ veut transformer en Allocation famille, il comportait déjà une aide pour le deuxième et le troisième enfants. Le procès en natalisme sexiste ne tient pas la route.
 
La sortie de Mme Rizqy pourrait lui valoir des reproches de la part de ceux qui fustigent la manière «masculine» de faire de la politique.
Ce fameux «instinct de tueuse» que la femme politique devrait développer, selon ce qu’avait expliqué Pauline Marois en 2010.
 
(Permettez une parenthèse : l'idée que les femmes seraient nécessairement plus vertueuses en politique n'est pas convainquante. Il s’agit du débat, parmi les féministes, à savoir si Margaret Thatcher était une «vraie» femme puisqu’elle avait fait de la politique prétendument «comme un homme». Par conséquent, toujours en passant, je trouve que François Legault a tort d’affirmer que les femmes vont «assainir les façons de faire de la politique», ce qu'il a déclaré vendredi. L’historien Frédéric Bastien rappelait sur Facebook d’autres figures politiques féminines célèbres, dont Catherine de Russie, Golda Meir ou Angela Merkel, dont on ne pouvait dire qu’elles aient changé la politique. «Comme les hommes, les femmes sont capables du meilleur et du pire, c'est ce qu'on appelle la nature humaine.» Selon la formule choc de la féministe Élisabeth Badinter: «La femme est un homme comme un autre.»)
 
L’oubli du PLQ
Mais revenons à notre sujet: dans leur attaque exagérée et excessive envers François Legault, MM Rizqy et St-Pierre ont commodément oublié leur propre formation politique, laquelle prête flanc à un traitement... à la Rizq-St-Pierre.
 
Après tout : 
  • Trois élus libéraux récents (Sklavounos, Paradis, Yves St-Denis) ont eu des comportements douteux envers les femmes;
  • Une ministre de la condition féminine du Couillard, Lise Thériault, a refusé de se dire féministe;
  • Le premier gouvernement Couillard, celui de 2014, n’était pas paritaire;
  • M. Couillard a chassé Fatima Houda-Pepin. Avec ce cas en tête, il était surprenant ce matin d’entendre le chef libéral affirmer que dans ses troupes, «les femmes sont libres de s’exprimer comme elles le veulent, de toutes les façons qu’elles le veulent». Mme Houda-Pepin n’est évidemment pas de cet avis! En passant, l'ancienne députée libérale s’opposait à quoi? Précisément à certaines pratiques religieuses qui limitent les femmes, les couvrent, les effacent.
  • Le 5 mars 2014, M. Couillard déclarait : «Je déteste ce gouvernement qui a l'habitude de nous dépeindre comme des gens menacés, des gens faibles.» Selon la grille d’analyse Rizqy-St-Pierre, il faudrait noter que le chef libéral (un homme) s’attaquait au gouvernement d’une femme, la première première ministre de l’histoire du Québec. Était-il pour autant sexiste? La méthode Rizqy-St-Pierre nous conduirait à pousser le raisonnement jusqu’à l’absurde, donc à cette question: «M. Couillard déteste-t-il les femmes?» 
 
La leçon oubliée des Yvettes
 
Des accusations de sexisme à l’emporte-pièce, en politique québécoise, sont une lame à deux tranchants. Souvenons-nous de la péquiste Lise Payette, qui avait provoqué la colère et la mobilisation des Yvettes, en pleine campagne référendaire de mai 1980.
 
La ministre péquiste avait fait un commentaire totalement méprisant au sujet de l’épouse du chef du camp du Non, le libéral Claude Ryan.
 
Le PLQ, qui aime tellement rappeler son histoire, semble avoir oublié cette leçon.
 
Ici, c’est Rizqy et St-Pierre qui ont joué un rôle à la Payette. Attaque gratuite, au bazooka, qui pourrait leur réserver un retour de flamme.