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Les élèves en difficulté plus nombreux en réalité, selon des profs

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Dans les écoles publiques québécoises, la proportion d’élèves en difficulté est jusqu’à deux fois plus élevée que celle que donne le portrait dressé par le ministère de l’Éducation, selon des enseignants.

C’est du moins l’un des résultats d’une enquête menée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), dont Le Journal a obtenu une copie. Environ 8500 employés du réseau scolaire public ont participé à ce coup de sonde au printemps dernier, dont plus de 5000 enseignants.

Selon les chiffres officiels du ministère de l’Éducation, la proportion d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage – qu’on appelle les EHDAA dans le jargon scolaire – est d’environ 20 % au primaire et de 30 % au secondaire, dans le réseau public. Ces élèves ont besoin de services particuliers qui sont détaillés dans un plan d’intervention.

Or, davantage d’élèves devraient être identifiés comme tels par le ministère de l’Éducation, selon les enseignants interrogés. Ces derniers estiment que la proportion d’élèves en difficulté dans les classes ordinaires varie plutôt entre 32 % et 41 % en réalité. « C’est à peu près le double des enfants qui ont des besoins particuliers, selon les enseignants. C’est particulièrement préoccupant », lance Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l’IRIS et coauteure du rapport de recherche Portrait de la situation dans les écoles du Québec.

Pas au rendez-vous

Certains élèves en difficulté ne seraient pas identifiés comme tels, parce que les services ne sont pas au rendez-vous, expliquent les enseignants interrogés. Selon eux, les longues listes d’attente pour des services en psychologie ou en orthophonie dans les écoles publiques privent ces élèves d’une évaluation en bonne et due forme.

« Le nombre d’élèves en difficulté est en hausse, et l’impact sur les conditions de travail est bien réel », ajoute Mme Couturier. Une majorité d’enseignants estiment que le nombre d’heures supplémentaires qu’ils consacrent à leur travail a augmenté au cours des cinq dernières années. Près du tiers des enseignants affirment vivre de l’épuisement émotionnel lié à leur travail.

Les compressions des dernières années en éducation ont aussi contribué à assombrir le portrait, peut-on lire dans le rapport de l’IRIS. L’Institut estime que le manque à gagner dans le réseau scolaire est de 1,4 milliard $, soit la somme qu’il aurait fallu investir en 2016-2017 afin de combler l’augmentation des coûts de système depuis 2003.

Améliorer la situation

Afin d’améliorer la situation, les enseignants interrogés réclament une diminution du nombre d’élèves par classe et plus de ressources pour les élèves en difficulté.

Près du tiers des enseignants affirment avoir eu en classe plus d’élèves que le maximum prévu. Au secondaire, la moitié des profs interrogés ont vécu cette réalité.

Selon les chiffres du ministère de l’Éducation, près de 20 % des profs ont reçu une compensation financière pour des dépassements du nombre d’élèves dans leur groupe en 2016-2017, une proportion relativement stable au cours des dernières années.