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Un jeu d’enfant d’acheter une fausse carte à 14 ans

Des jeunes encore loin de leur majorité ont acheté de l’alcool presque partout

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Deux ados de 14 et 15 ans ont facilement réussi à sortir de l’alcool d’un dépanneur et d’une succursale de la Société des alcools en plus d’entrer dans un bar, grâce à de fausses cartes achetées sur le marché noir.

Avec l’accord de leurs parents, Zeneb, 14 ans, et Louis, 15 ans, ont accepté de tester de faux permis québécois fabriqués par un faussaire professionnel et obtenus par une équipe de notre site web Tabloïd. Leur nouvelle carte indiquait qu’ils avaient 19 ans.

Les adolescents qui ont fait le test pour le reportage ont pu acheter de l’alcool sans problème, comme en témoigne cette capture d’écran tirée d’une caméra cachée.
Capture d’écran, Agence QMI
Les adolescents qui ont fait le test pour le reportage ont pu acheter de l’alcool sans problème, comme en témoigne cette capture d’écran tirée d’une caméra cachée.

Zeneb et Louis ont réussi à déjouer cinq employés sur les six mis à l’épreuve lors de l’enquête. Un résultat qui a déçu Linda Bouchard, la porte-parole de la SAQ, dont une succursale a été ciblée par notre expérience.

« L’employé a peut-être été berné par un look, mais encore là, ce n’est pas excusable. Ça n’aurait pas dû passer », a-t-elle admis.

En effet, la SAQ affirme tester ses employés régulièrement en envoyant des clients-mystère mineurs dans toutes les succursales de la province. Le taux de réussite oscille autour de 97 % depuis le début de l’année. Toutefois, les mineurs se présentent devant les caissiers sans faux documents, ce qui est évidemment plus facile à détecter.

Le gérant de l’Abreuvoir, où Louis a pu se faufiler facilement, a aussi qualifié la situation de « fâchante ».

« On est conscient qu’on peut en échapper une fois de temps en temps, mais ça reste une priorité, alors c’est frustrant quand il y en a un qui réussit à passer », a commenté le gérant, Simon Lalonde.

Un seul refus

C’est seulement au Café Campus qu’un portier a découvert le pot aux roses. Comme le bar accueille surtout de jeunes étudiants, les employés redoublent de vigilance. Durant leurs soirées les plus achalandées, ils peuvent confisquer jusqu’à 10 fausses cartes.

Le faussaire contacté par Tabloïd raconte faire partie d’une organisation constituée d’une dizaine de personnes, toutes spécialisées dans la falsification de documents.

En plus des fausses cartes aux mineurs, le réseau criminel fabriquerait également de faux passeports, de fausses cartes d’assurance-maladie et même des cartes bancaires. De l’ex-détenu au réfugié illégal, les clients seraient donc variés.

Pas un fléau

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) soutient toutefois que la production de documents contrefaits ne représente pas un fléau dans la métropole. La police ajoute ne détenir aucune statistique officielle sur le nombre de faux documents saisis.


♦ Selon la Loi, un mineur qui achète des boissons alcoolisées ou qui se trouve dans un bar s’expose, pour sa part, à une amende pouvant aller jusqu’à 100 $.

 

Un faux document en 5 étapes

Capture d'écran, Agence QMI
  • L’équipe de Tabloïd a contacté Zebichino (nom fictif), membre d’un groupe criminel spécialisé dans la fabrication de faux documents.
  • La commande a été passée via le réseau social Snapchat, puisque l’application ne laisse aucune trace. En théorie, les messages entre utilisateurs s’autodétruisent dès que ceux-ci quittent la conversation.
  • Zebichino a donc accepté de fabriquer deux faux permis de conduire au prix de 200 $ chacun. Le prix peut sembler élevé, mais les faussaires établissent leur tarif en fonction du client et de ses intentions. Par exemple, un criminel qui voudrait obtenir la même pièce d’identité pourrait payer des centaines de dollars de plus.
  • Zebichino a exigé des photos officielles de Zeneb et de Louis, selon les mêmes standards que ceux requis pour la fabrication de vrais documents officiels.
  • Le faussaire a ensuite remis les fausses cartes à nos journalistes lors d’une transaction dans sa voiture.

 

L’ expérience tentée

Zeneb, 14 ans et Louis, 15 ans
Photos courtoisie
Zeneb, 14 ans et Louis, 15 ans

À la SAQ

Zeneb a facilement acheté sa bouteille de vin sans attirer l’attention, alors que plusieurs regards étaient tournés vers Louis lors de sa transaction. Il a tout de même réussi à faire son achat.

Au dépanneur

Les deux ados se sont facilement procuré de la bière. Le caissier a demandé à voir leur carte d’identité, mais l’a à peine regardée.

Dans les bars

Louis est entré facilement à l’Abreuvoir. Par contre, le portier du Café Campus a tout de suite démasqué Zeneb avant de lui confisquer sa fausse carte.