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Allégations de harcèlement psychologique: l’autre visage de Gilles Lehouillier

Allégations de harcèlement psychologique: l’autre visage de Gilles Lehouillier
JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS/JOURNAL DE QUÉBEC

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Le maire de Lévis Gilles Lehouillier doit se défendre contre de nombreuses allégations de harcèlement psychologique. On lui reproche d’avoir instauré un climat de violence et la loi du silence à l’hôtel de ville.

Onze sources, certaines à l'interne, ont confirmé au Journal avoir été victimes ou témoins de gestes violents de la part de l’élu dans un cadre professionnel. Florent Tanlet, ancien attaché de presse et candidat libéral dans Taschereau, a confirmé nos informations et a même affirmé que ces comportements avaient été la raison de son départ, en 2015, après un an au cabinet.

Dix autres personnes ont accepté de témoigner en donnant leur identité, mais en demandant que leur nom ne soit pas divulgué publiquement, par peur de représailles de la part du maire ou de son entourage à la Ville.

De plus, trois plaintes pour harcèlement psychologique ont été déposées le mois dernier à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), selon Radio-Canada.

Nos sources parlent d’un climat toxique en raison de crises de colère épouvantables de l’élu, à répétition et pour des raisons très futiles. Selon de nombreux témoignages, pendant ces épisodes où il se transforme subitement, M. Lehouillier crie, sacre, frappe sur les meubles, lance des objets ou des piles de feuilles qui doivent ensuite être ramassées par les employés. Plusieurs personnes ont aussi rapporté que le maire, lors de ces accès de colère, n'a plus le même regard, se crispe et peut hurler au point d'en perdre la voix.

11 départs

Depuis 2013, il y a un roulement énorme au sein du cabinet: 11 personnes ont quitté l’entourage du maire, la plupart en raison du climat de travail malsain. Les congés de maladie se sont multipliés.

Un épisode de violence physique s’est même déroulé devant témoins lorsque le maire a agrippé par le bras une membre du cabinet, en criant, dans un lieu public qu’il fréquente régulièrement à Lévis. L'employée agressée a dû pousser le maire pour se défaire de son emprise. Des témoins sont alors intervenus pour s'assurer que la jeune femme allait bien. Un témoin a confirmé que cette altercation avait eu lieu.

D'autres ont d'ailleurs raconté comment le maire obligeait des employés du cabinet à l'accompagner en soirée, en dehors du travail, dans un bar ou un restaurant, jusqu'au petit matin. Si la personne réclamée osait dire non, il piquait de terribles colères, se comportant de la façon décrite plus haut. La personne visée était également menacée de congédiement.

Il n'est pas rare que Gilles Lehouillier, en pleine séance à huis clos du comité exécutif, insulte et humilie une personne présente autour de la table où siègent des élus, du personnel de cabinet et des membres de la direction générale. Les autres personnes présentes se taisent toujours, de peur de passer elles aussi au tordeur ou d'être les prochaines victimes, raconte une ancienne employée. «Nous autres, on disait qu'on était la saveur du mois. Il y avait toujours une nouvelle saveur. Quand il était sur ton cas ce mois-là, je te dis qu'il pouvait te démolir.»

Selon nos informations, ces comportements ne datent pas d'hier et étaient déjà monnaie courante lorsqu'il était député provincial.

Séquelles

Plusieurs personnes qui ont été victimes des agissements répétés du maire disent avoir mis beaucoup de temps à se remettre de leur passage à l’hôtel de ville de Lévis, ayant souffert de stress intense, de cauchemars et d’insomnie.

«C'était de la gestion de terreur, raconte une source. On était rendus que, quand on voyait son numéro de téléphone, on était super stressés. On se demandait toujours quelle bipolarité il allait avoir ce matin-là. Des crises excessives, il y en a eu des dizaines, des centaines. Des garrochages de dossiers, des tapages sur le bureau.»

«Ça devient un monstre, il engueule, il crie, insulte, claque la porte au nez, fait du chantage» et menace constamment de congédier les gens, raconte une personne qui a souvent vu des victimes des attaques de M. Lehouillier quitter les lieux en pleurant.

«La secrétaire du cabinet fermait la porte double trois ou quatre fois par jour, parce qu'il criait trop», relate une source qui a travaillé au cabinet. «Ça a été la pire période de ma vie d'adulte.»