/opinion/blogs/columnists
Navigation

L'indispensable lien prof-élève

Dossier meilleur prof - Lyne Provost
Ben Pelosse/ Le Journal de Montreal

Coup d'oeil sur cet article

Je rencontre mes élèves pour la première fois cette semaine. En les fixant droit dans les yeux, je veux les convaincre qu’ils passeront une bonne année. Que j’ai leur réussite à cœur. Que je vais les accompagner jusqu’au bout. Pour le meilleur et pour le pire.

Peu importe notre expérience, ce contact initial reste un moment privilégié. Un court instant où tout semble possible.

Je sais que ma relation avec certains élèves sera simple. Nos personnalités respectives s’agenceront naturellement. Toutefois, je sais aussi que je devrai faire des petits ou d’énormes efforts afin de créer une relation de confiance avec d’autres individus.

Peu importe la nature des jeunes devant moi, je devrai soigner mon lien avec eux. Je devrai être un leader empathique, équitable et respectueux. Pourquoi ? Pour établir une bonne communication, pour obtenir une meilleure collaboration et parce qu’un élève qui aime son prof devient enseignable.

Plusieurs études démontrent que les élèves qui entretiennent une mauvaise relation avec leur enseignant participent moins en classe, obtiennent de moins bons résultats scolaires et présentent plus de risques de décrochage scolaire.

Inversement, « dans les classes où les enseignants créent des liens significatifs avec leurs élèves, on observe un rendement scolaire plus élevé, une meilleure régulation des émotions de la part des élèves, un désir plus grand de relever des défis et moins de problèmes de comportement » (Bergin et Bergin, 2009).

Selon la recherche, mon ratio d’interactions positives par rapport aux interactions négatives devrait atteindre le seuil de 3 pour 1.

Est-ce que j’en serai capable ?

L’importance du lien prof-élève

Je vous disais l’an dernier que la première cause du décrochage chez les enseignants était la gestion de classe. Cet élément primordial à notre survie nous pousse à la question suivante : où devrait-on concentrer nos énergies ?

Selon Turmel et Girard (2015), nos zones d’influence et de pouvoir sont : la relation maître-élève (40 %), les règles et attentes claires (25 %), les habiletés d’encadrement (25 %) et les conséquences (10 %).

Voilà donc une autre bonne raison de soigner mon lien avec mes élèves.

Selon Lecompte (2006), c’est en tissant des liens significatifs et en ayant un cadre structurant (lois/règles) que les élèves donnent un sens et une orientation à leur investissement en classe.

Pour lui, l’enfant et l’adolescent en difficulté ont non seulement besoin d’amour, mais aussi d’un cadre structurant. Une erreur fondamentale serait de penser que le fait de tisser des liens est incompatible avec celui de poser des règles.

Une erreur encore présente chez nos cousins français. Dans la Revue de psychoéducation, Virat (2016) mentionne qu’en France, la dimension affective de la relation enseignant-élève (et sa légitimité) fait l’objet d’une controverse idéologique et les travaux en psychologie de l’éducation dans ce champ n’ont pas été intégrés aux formations d’enseignants.

« Pourtant, l’influence de la relation maître-élève sur la réussite scolaire et sociale des élèves en difficulté a largement été documentée. En adoptant des attitudes d’ouverture, en privilégiant des stratégies éducatives d’intervention qui visent à enseigner les comportements appropriés et à souligner fréquemment la bonne conduite, les enseignants peuvent aider les élèves à améliorer leur conduite en classe favorisant ainsi leur réussite scolaire » (Gaudreau, 2011).

Plus facile à dire qu’à faire

En somme, un bon prof doit tenter de créer des liens significatifs avec tous ses élèves.

Quoi ? Aider tous les élèves de ma classe ! Même les p’tits baveux, les paresseux, les invisibles et tous les autres tannants ?

Hé oui ! Facile à dire, mais pas toujours facile à faire.

Aide-toi et le ciel t’aidera, dit le proverbe. Si l’élève ne collabore pas, pourquoi devrais-je perdre mon temps à l’aider ? Il est si facile de donner une conséquence. De croire à l’instantanéité d’une mesure coercitive.

Un bon prof ne doit jamais oublier de chercher la cause des comportements dérangeants. Ce qu’on appelle la fonction secondaire des comportements perturbateurs. Il faut comprendre pourquoi l’élève agit ainsi. Est-ce pour répondre à un besoin physique, par protection, pour le pouvoir ou pour de l’attention sociale ? Je dois faire l’effort de savoir.

Avec les années, j’ai toujours peur de devenir un peu plus insensible. Indifférent aux divers problèmes que vivent mes élèves et qui ont sûrement de l’impact sur leur réussite scolaire. À côtoyer annuellement l’échec et les problèmes sociaux, il y a un risque de s’éloigner de certains élèves pour se protéger, pour ne pas se sentir responsable ou coupable.  

Contre vents et marées, je dois soigner mon lien avec eux pendant 180 jours de classe. Sans cesse, je dois me rappeler qu’il faut au moins 30 jours afin d’espérer une modification durable d’un comportement.

Jean de La Fontaine disait : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »

Être un bon prof ou un bon parent, c’est un peu ça.

Bonne rentrée !