/opinion/blogs/columnists
Navigation

Mack: un échange monstre

Denver Broncos vs Oakland Raiders
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Une secousse inimaginable vient de secouer à la fois les Raiders et les Bears en vertu de l’échange monstre qui envoie Khalil Mack, joueur défensif par excellence de la NFL en 2016, d’Oakland à Chicago. Jusqu’à ce que la transaction soit annoncée, il était difficile, voire impossible d’y croire.

Les Raiders n’ont pas seulement, comme plusieurs l’expriment, transigé leur meilleur joueur défensif aux Bears en Khalil Mack. Nuance importante, ils leur ont envoyé leur meilleur joueur, point final. Et l’un des meilleurs du circuit en plus de ça!

Le prix était cher à payer. Les Bears ont dû se départir de deux choix de première ronde, une compensation plutôt rare dans l’historique des transactions à travers la ligue. Et quand une telle transaction survient, habituellement, c’est pour mettre la main sur un quart-arrière qui deviendra le point névralgique d’une franchise. C’est donc dire que les Bears voient en Mack un joueur qui, même en défensive, a largement les habiletés pour exercer un impact similaire à celui d’un grand quart-arrière.

Auparavant, pour un joueur défensif, aucune équipe n’avait donné davantage que les Vikings du Minnesota dans l’échange impliquant l’ailier défensif Jared Allen, eux qui avaient expédié aux Chiefs de Kansas City un choix de première ronde, avec deux autres choix de troisième et cinquième ronde. Voilà donc qui donne une idée de l’ampleur de la transaction entre Raiders et Bears!

Un impact important

Depuis qu’il a été le cinquième choix au total du repêchage de 2014, l’ailier défensif étoile a certainement été à la hauteur de sa réputation. En quatre saisons, il a réussi 40,5 sacs du quart, été élu deux fois sur la première équipe d’étoiles en plus d’être nommé joueur défensif par excellence en 2016.

Au-delà des sacs et des honneurs, il se retrouve constamment dans le visage des quarts-arrières adverses. Selon le site analytique Pro Football Focus, il a enregistré pas moins de 82 pressions en 2015 (2e rang), 96 en 2016 (1er rang) et 79 la saison dernière (3e). C’est là qu’un peut véritablement évaluer la valeur d’un joueur sur le front défensif, à sa capacité à constamment faire exploser la pochette protectrice. Côté durabilité, un critère trop souvent négligé quand vient le temps d’évaluer l’impact d’un joueur, Mack n’a toujours pas raté le moindre match.

Le nouvel entraîneur-chef des Bears, Matt Nagy, qui a passé les cinq saisons précédentes dans l’organisations des Chiefs, a été à même de constater l’ampleur des dégâts que Mack peut causer en l’affrontant deux fois par saison dans une rivalité de la division Ouest. Il jubile aujourd’hui! Le coordonnateur défensif Vic Fangio, qui a habilement construit une défensive toujours sous-estimée en raison des insuccès des Bears, manquait cruellement de punch pour appliquer la pression. Il jubile encore plus aujourd’hui!

Pour le directeur général des Bears Ryan Pace, il s’agit d’un deuxième échange majeur en peu de temps, après celui qui lui a permis de mettre la main sur le jeune quart-arrière Mitchell Trubisky au repêchage de 2017. Que les partisans des Bears soient derrière lui ou non, difficile de s’opposer au fait qu’il met ses tripes sur la table pour changer le climat de morosité qui règne autour d’une équipe ne s’étant pas qualifiée pour les séries depuis 2010.

Certes, deux choix de première ronde, c’est un pari qui pourrait être interprété comme un coup de dés avec le futur d’une concession. Mais qu’est-ce qui peut garantir que de tels choix se traduiront en joueurs d’impact comme Mack l’est depuis quatre ans? Rien, à vrai dire! Combien d’équipes par le passé, bourrées de capital au repêchage pendant une ou plusieurs années, se sont finalement cognées le nez dans la vitrine de l’espoir...

Drôle de message chez les Raiders

Quant à la transaction du point de vue des Raiders, on comprend qu’il s’agit essentiellement d’une question d’argent, ni plus ni moins. Mack demandait à devenir le joueur défensif le mieux payé de la ligue, une compensation qui ne cadrait pas dans les finances actuelles des Raiders, chez qui les deniers ne semblent pas pleuvoir en prévision de leur déménagement vers Las Vegas.

Ils se disent donc qu’ils obtiendront deux choix de premier tour, qui pendant toute la durée de leur contrat recrue, leur coûteront une risée. Ils estiment qu’ils pourront bâtir autour de ces jeunesses sans débourser les faramineux montants qu’ils auraient dû verser à Mack.

Depuis son arrivée en poste, le pilote Jon Gruden n’a jamais semblé entiché à l’idée de tendre la main à son joueur étoile, qui a tenu sa promesse de faire la grève sans un nouveau contrat. Le coloré entraîneur avait même déjà lancé quelques flèches très peu subtiles en déclarant que même avec Mack dans son alignement, sa défensive n’était pas de calibre.

Les Raiders ont sans doute analysé le fait qu’avec l’un des joueurs défensifs les plus dominants de sa génération à bord, ils ont présenté des dossiers de 3-13, 7-9, 12-4 et 6-10, avec une seule présence en séries. Sans les bidous nécessaires pour délier la bourse et sans les résultats pour appuyer une telle dépense, ils ont finalement appuyé sur la gâchette quand les Bears ont cogné à leur porte avec deux premiers choix.

N'empêche qu’il n’est jamais payant (sauf dans un compte en banque en souffrance) de laisser filer son meilleur joueur. Non seulement les Raiders perdent des plumes, mais quel message est envoyé aux troupes? Pourquoi a-t-on été chercher des vétérans comme Jordy Nelson, Doug Martin, Marshawn Lynch et autres pour finalement se tourner vers un virage jeunesse? Pourquoi laisse-t-on filer une rare valeur sûre au moment de devoir le payer? Voilà qui augure mal pour de futures négociations, croiront à tort ou à raison certains joueurs clés de l’équipe. Pas sûr que l’impression sera positive dans le vestiaire...

De leur côté, les Bears deviennent instantanément une menace défensive avec Mack à bord. Cependant, il ne serait pas étonnant que les dividendes ne soient pas immédiats sur le plan des résultats.

Dans une division où les Vikings sont bourrés de talent des pieds à la tête et où les Packers sont constamment des prétendants avec Aaron Rodgers, les Bears demeurent une équipe dont l’attaque est prometteuse, mais en transition. Leur défensive leur donne une belle crédibilité, mais du travail reste à faire pour prétendre à une équipe complète.

Si toutefois leur quart Mitchell Trubisky se développe bien et rapidement, cette équipe pourrait assez rapidement excéder les aspirations placées en elle. Et c’est là que l’acquisition d’un joueur au talent exceptionnel comme Khalil Mack passera de solide coup sûr à retentissant coup de circuit, à court ou moyen terme. Et ce, peu importe le prix payé.