/entertainment
Navigation

Les énormes bienfaits de l’activité en entreprise

low angle view of young businessman balancing soccer ball on head in office
Photo Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

En dépit du fait qu’on ne cesse de répéter que l’activité physique a des effets spectaculaires sur notre santé et sur le vieillissement sain, il y a maintenant plus de gens inactifs dans le monde que de fumeurs, ce qui fait que plus de personnes meurent de la sédentarité que du tabac. Ce n’est pas rien.

Pourquoi nos messages de prévention ne passent-ils pas ? Dans un premier temps, une certaine proportion de notre population a bien d’autres préoccupations que de bouger alors qu’elle se bat pour survivre (chômage, pauvreté, maltraitance, dépendance aux drogues, etc.).

Par ailleurs, le tourbillon de la vie (travail, famille, temps d’écran durant les moments libres, temps perdu dans le trafic et dans les embouteillages pour se rendre au travail) fait en sorte qu’on ne pense pas à mettre de l’activité physique à l’agenda. Et comme ce n’est pas placé dans notre horaire, on ne prend pas le temps.

De plus, l’omniprésence de la malbouffe nous rend davantage vulnérables aux conséquences néfastes de la sédentarité.

Parmi les solutions possibles, notre laboratoire a exploré le potentiel de cibler les habitudes de vie en milieu de travail. En effet, à défaut d’être en mesure de faire de l’activité physique durant ses loisirs, il pourrait être possible d’aménager les lieux de travail (salle d’exercices, douches, etc.) et les horaires (pause ou heure du lunch plus longue) afin de permettre aux employés de bouger.

Un autobus qui se déplace en entreprise

Dépense inutile pour les employeurs ? Plutôt un investissement si on le fait de façon rigoureuse. Avec ma collègue, la docteure Natalie Alméras, et la collaboration de Pierre Lavoie et de Germain Thibault, cofondateurs du Grand défi Pierre Lavoie et grands visionnaires en matière de prévention des maladies chroniques par le mode de vie, nous avons converti un autobus en laboratoire de recherche mobile. C’est ainsi que le Grand Défi Entreprise a vu le jour.

Cette unité mobile permet de mesurer non seulement le profil traditionnel de santé des travailleurs (tension artérielle, cholestérol, diabète), mais également ce que nous appelons les quatre signes vitaux reflétant nos comportements (le fameux tour de taille qui mesure l’obésité abdominale, la condition cardiorespiratoire mesurée sur tapis roulant, le niveau d’activité physique et la qualité de l’alimentation).

Concours amical

Ainsi, en nous rendant directement sur les lieux de travail, nous pouvons mesurer et cibler les comportements des travailleurs. Les employés sont par la suite impliqués dans un concours amical d’une durée de trois mois où ils forment des équipes de cinq, dont l’objectif est d’améliorer les comportements et le profil de santé en fonction des conseils prodigués par les professionnels de la santé de l’unité mobile.

Par exemple, les employés reçoivent des points s’ils augmentent leur consommation quotidienne de fruits ou de légumes, boivent moins de boissons sucrées, font 15 minutes d’activité physique (ex. : marche). Ils reçoivent également des points s’ils arrêtent de fumer ou s’ils diminuent leur tour de taille.

Fait amusant, les travailleurs comprennent rapidement que plus il y a d’habitudes à changer, plus il y a de chance au tirage de gagner le concours ! Que d’incitatifs pour les fumeurs. Les encouragements de la part des collègues sont très efficaces pour changer les habitudes de vie et les maintenir.

Un impact majeur

Les employés compilent leurs habitudes d’activités physiques et nutritionnelles sur un site Web et ils sont réévalués trois mois plus tard. À ce jour, nous avons compilé les données de plus de 5000 employés. Nous avons été stupéfaits par les résultats, tout autant que la communauté scientifique et médicale (les résultats ont été présentés partout dans le monde).

En effet, ce programme en entreprise a généré, après trois mois, une diminution moyenne du tour de taille des employés de 4 cm, a réduit la proportion d’individus hypertendus de moitié (passant de 30 % à 15 %).

Ceux-ci mangeaient mieux et bougeaient plus et leur condition cardiorespiratoire (mesurée sur tapis roulant) s’était améliorée de façon significative. Bref, trois mois plus tard, le programme avait non seulement amélioré la santé et le bien-être des travailleurs, mais avait également changé la culture des entreprises.

Comme ce propriétaire d’une grande entreprise privée qui nous a relaté l’anecdote que ses employés lui avaient demandé d’enlever les frites et la poutine du menu de la cantine de l’usine afin de diminuer la tentation de mal manger. Imaginez, cette requête venait des travailleurs eux-mêmes !

On comprend rapidement que ce programme de prévention représente bel et bien un investissement quand on sait qu’un patient qui doit vivre avec un diabète de type 2 coûte en moyenne 4000 $ ou 5000 $ par année en soins médicaux. Pas besoin d’être un comptable ou un actuaire pour saisir l’importance de la prévention.

On ne peut que féliciter ces employeurs qui veulent des travailleurs en meilleure santé, mieux dans leur peau, plus productifs, car moins souvent absents pour cause de maladie, et, surtout, plus heureux. À quand une politique de santé au travail qui se base sur des données scientifiques ?


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Depuis 2015, il est directeur de la science et de l’innovation à l’Alliance santé Québec.