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Devant Dubé, on avait tous l'air un peu fou...

Devant Dubé, on avait tous l'air un peu fou...

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Ceux qui n’ont pas sciemment oublié se souviendront du passage de Christian Dubé à l’Assemblée nationale.

Aux habituels débats partisans, il avait ajouté une perspective nouvelle à l’évaluation des finances publiques du Québec. Ce fut sans doute sa contribution la plus importante.

Il avait identifié un angle mort dans le travail des parlementaires, obligés par la lenteur de la «machine» à voter des crédits budgétaires dont ils ignoraient la nature.

C’était gênant pour tout le monde. Libéraux, péquistes, caquistes, solidaires, tous avaient l’air fou devant cet incroyable constat. Les journalistes aussi avaient écarquillé les yeux devant le trou noir du processus budgétaire.

Les sommes en jeu étaient gigantesques : vingt milliards, soit le quart des dépenses gouvernementales. C’était il y a cinq ans. Comme rien ne change dans cet univers immunisé contre la performance, l'imputabilité et la reddition des comptes, parions que les sommes votées aujourd’hui à l’aveugle sont plus importantes.

Simplifions la chose : le gouvernement adopte un budget, c’est-à-dire ses orientations politiques, et doit faire de même avec des crédits budgétaires, soit les dépenses réelles. L’étude de celles-ci est limitée à 200 heures.

Mais comme la fonction publique tourne toujours au ralenti, ce qui est dans sa nature propre sinon un réflexe sournois, les informations soumises aux parlementaires sont incomplètes. Une étrange tradition, évidemment, mais qui fut respectée depuis 50 ans par les gouvernements libéraux et péquistes; l’État a grossi sans que les parlementaires soient mis au courant des détails...

Par exemple, des dépenses faites en octobre ne seront identifiées qu’en février... Et c’est ainsi d’une année à l’autre. Des dizaines d’organismes échappent à la vigilance des élus. Personne pour dire que les dépenses sont incongrues ou trop élevées, ici, là ou ailleurs dans les racoins du périmètre comptable. Ainsi peut-on acheter sans le moindre souci une table de 30 000 $ pour réunir des fonctionnaires...

Devant Dubé, on avait tous l'air un peu fou...
Photo Simon Clark

Le processus d’adoption des crédits budgétaires est ainsi orchestré que les élus de l’Assemblée nationale ignorent tout simplement que dans tel ou tel secteur, les dépenses grimpent de 10% alors que l’objectif du gouvernement est cinq fois moindre!

C’est Christian Dubé qui avait fait la lumière sur cette dysfonction politique ayant pour effet de lâcher la bride au mamouth bureaucratique. Et si jamais M. Dubé parvient au gouvernement, les sous-ministres et leurs innombrables adjoints verront leurs petites habitudes bouleversées. Remarquez qu'ils pourront toujours aller se réconforter au Cercle de la garnison, un club privé situé à deux pas de l'Assemblée nationale...

L’État du Québec, que certains voudraient plus fort sinon totalitaire, a depuis toujours échappé à une véritable révision de ses façons de faire. On y ajoute des milliards chaque année comme dans la fournaise d'une locomotive au charbon: ça ne va pas plus vite, et surtout pas mieux... C'est ceux qui l'incarnent qui rajoutent à leur confort.

Les Québécois savent bien qu'ils n’ont pas besoin de tous ceux qui ont leur nom sur la liste de paie. Depuis des dizaines d’années, les absurdités sont connues, émergeant de temps à autre dans l’espace public, le temps d’un ou deux commentaires télévisés qui restent sans suite. Comment peut-il en être autrement dans un monde où le manque de travail n'est pas un motif de mise à pied...

On comprend pourquoi les syndicats suggèrent de voter pour le PQ ou Québec solidaire, proches des centrales syndicales, et souvent leurs porte-voix au Salon bleu... Qui s'est opposé à la mise en application d'une recommandation de la Commission Charbonneau pour ne pas heurter les petits amis de la FTQ-Construction? 

Devant Dubé, on avait tous l'air un peu fou...
Photo Twitter

De toute évidence, les syndicats ont peur que des gens comme Christian Dubé jettent une lumière crue sur l’administration publique québécoise. Sur l'imposture dissimulant une réalité aux antipodes du quotidien de la majorité des contribuables.

Pour une préposée éreintée, poussée devant les caméras pour attendrir les naïfs, mille momies se foutent de votre gueule. Rarement en parle-t-on et jamais on ne les voit... À cet égard, l’élection possible de Christian Dubé est une mauvaise nouvelle pour les habituels mécontents. Pour la majorité taxable, c’est autre chose...

S'il lâche un super boulot à la Caisse de dépôt et placement du Québec, c'est peut-être pour en finir avec la supercherie budgétaire...