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Porter une brassière n’est pas élémentaire

Porter une brassière n’est pas élémentaire
Christine Lemus

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Depuis quelques jours, différents médias s’attardent à l’histoire de cette Canadienne qui milite pour le droit des femmes à ne pas porter de soutien-gorge au travail. Hé mon Dieu que ce que tente de faire cette madame a l’air de déranger #lesgens, du moins si je me fie à certains chroniqueurs et aux commentaires sous leurs textes.

Dans une de ces chroniques, le port du soutien-gorge est même désigné comme étant une « norme sociale élémentaire».  Alors j’ai eu envie d’aller relire la définition de ce mot, juste pour être certaine. Selon le Larousse, donc, «élémentaire» se définit comme suit : « qui constitue la base de quelque chose, de ce qui est essentiel ; fondamental ». C’est donc dire que de porter une brassière est aux fondements de notre culture occidentale.

Oui, oui.  Si je me pointe au bureau le sein en liberté, je menace la démocratie et les sacros saintes normes sociales. Eh bien sachez, mesdames et messieurs (ce sont des messieurs, surtout, ne nous voilons pas la face) les ayatollahs du soutif, que j’écris cette chronique sans soutien-gorge pis que je ne pense pas que personne autour de moi soit perturbé de cet état de fait. J’ai d’ailleurs moi-même le beat poitrinaire chez Québecor (deux tasses de boules, politiques vestimentaires sexistes dans les écoles). Je ne pense pas non plus que le fait d’exiger de pouvoir ou non porter une brassière au bureau est un combat qui discrédite les luttes syndicales ou féministes ni ne minimise la dictature qu’exerce Nursultan Nazarbaïev sur le Kazakhstan en ce moment même.

Je désire souligner au passage que la brassière est un outil utilisé depuis l’Antiquité pour modeler la silhouette des femmes, la mettre en valeur (aux yeux des hommes, faut-il le préciser) et la contraindre. Oui, la contraindre. Le soutien-gorge existe pour préserver les «conventions» sociales et dissimuler le pouvoir érotique des femmes. Mais là, on est en 2018 et j’ose espérer que la majorité des gens que je côtoie au travail et dans la rue sont capables de gérer un sein ballotant ou un nipple qui se dessine sous un chandail.

Aux gens qui nous exhortent de cacher ce sein que je ne saurais voir, je lance l’invitation suivante : portez un soutien-gorge toute une journée. Juste pour voir. Portez-le huit heures de temps et je vous souhaite une canicule ce jour-là.  On s’en rejasera après, quand vous aurez le souffle coupé, des marques rouges autour du chest et l’impression qu’un rouleau compresseur vous est passé sur le corps parce que les bretelles s’enfoncent dans vos chairs.

Je suis juste crissement tannée que les gens me disent quoi faire avec mes boules et prétendent que les filles qui osent s’avancer dans le monde sans s’entraver le sein ne sont que des agaces écervelées. Que celles qui aiment porter la brassière et qui se sentent à l’aise de le faire le fassent. J’en porte d’ailleurs aussi à l’occasion, des soutiens-gorge. Mais j’ai le droit d’aller travailler sans un morceau de vêtements qui m’oppresse, me laisse des marques et me blesse. J’ai aussi le droit de porter un push-up bra, une bralette ou n’importe quel autre morceau de linge que je juge confortable et adapté à mes besoins et à mon humeur si ça me tente.

Ça, c’est une liberté élémentaire.