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Une catastrophe en vue pour Bellechasse

Un troisième lien pourrait menacer les magnifiques villages de Bellechasse, croit l’urbaniste chevronné Clermont Bourget, qui habite lui-même Saint-Michel-de-Bellechasse.
Photo Stevens Leblanc Un troisième lien pourrait menacer les magnifiques villages de Bellechasse, croit l’urbaniste chevronné Clermont Bourget, qui habite lui-même Saint-Michel-de-Bellechasse.

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La construction d’un troisième lien dans l’est représenterait une véritable catastrophe pour Bellechasse, croit l’urbaniste Clermont Bourget, qui a travaillé avec de nombreuses municipalités ces dernières décennies pour la sauvegarde du patrimoine.

À l’heure où des politiciens parlent beaucoup à travers leur chapeau au sujet de l’hypothétique projet de troisième lien, l’avis d’experts et de scientifiques est plus que jamais à propos. Or, jusqu’à maintenant, aucun expert n’est venu affirmer qu’un tel projet viendrait régler les problèmes de congestion routière ni n’a démontré que le fait de boucler le périphérique routier dans la région serait d’un quelconque secours.

Depuis cet été, des voix commencent aussi à s’élever pour s’inquiéter de l’île d’Orléans, site patrimonial et joyau du Québec, pour lequel un troisième lien dans l’est pourrait représenter une sérieuse menace.

Le premier ministre Philippe Couillard affirmait d’ailleurs, en juin, qu’il n’accepterait pas qu’un troisième lien nuise au paysage de l’île d’Orléans. Dans les jours suivants, le préfet de l’île et maire de Sainte-Pétronille, Harold Noël, a mentionné au Journal qu’il n’était pas question qu’un troisième lien passe sur l’île, dénature son paysage ou retarde la construction du nouveau pont de l’île.

Milieu très vulnérable

Dans le cas de Bellechasse, pour Clermont Bourget, urbaniste chevronné, il est clair que «si on permet un troisième lien ici, c’est tout Bellechasse qui va y passer», c’est-à-dire le patrimoine que représentent les villages de cette MRC.

On retrouve dans ce secteur de Chaudière-Appalaches des villages classés parmi les plus beaux du Québec, qu’on pense à Saint-Vallier ou à Saint-Michel-de-Bellechasse, des incontournables où il faut absolument aller se balader pour admirer le fleuve et apprécier leur cachet d’antan.

L’urbaniste a été surpris d’entendre le maire de Saint-Michel-de-Bellechasse appuyer récemment l’initiative d’un troisième lien. La municipalité était la seule à ne pas avoir suivi la parade dans Bellechasse.

«Quand on se lance dans un projet comme un troisième lien, dit M. Bourget, je pense qu’il n’y a pas une municipalité (de Bellechasse) qui est équipée pour faire face à la musique [...]. Ici, sauf exception, on est encore avec l’urbanisme des fossés et des clôtures. La MRC supervise un peu, mais on est quand même à l’âge de pierre, et c’est par conséquent un milieu très vulnérable.»

M. Bourget donne l’exemple de Beaumont, «un milieu exceptionnel il y a 30 ans, du même niveau qu’on pouvait retrouver à l’île d’Orléans, mais qui aujourd’hui est devenu une banlieue sans âme», faute d’avoir été protégé adéquatement. «Le village n’a plus aucune vie, rien ne se passe», déplore-t-il.

Âme des villages

Avec un troisième lien, il y a un risque de voir les entrées des villages devenir commerciales et perdre leur âme, leur intégrité, observe l’urbaniste, rappelant qu’on assisterait de plus à un étalement urbain qui n’est pas souhaitable.

Sans se prononcer sur les promesses ou les déclarations des politiciens, en cette période de campagne électorale, M. Bourget est d’avis qu’un troisième lien, que ce soit à l’est ou à l’ouest, ne se réalisera jamais. En raison des coûts, notamment, mais aussi pour des questions environnementales.

«Ce sont des visions qui s’affrontent, dit-il, mais il faut éviter d’aller vers la médiocrité.» Il y a selon lui bien d’autres avenues à considérer avant d’envisager un troisième lien, dont celle de repeindre notre premier lien, le pont de Québec.