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La femme debout

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Un être d’exception, Madame Lise Payette aura vécu de nombreuses vies. Par où commencer, sinon par l’essentiel : la liberté. Une femme libre. Libre de sa pensée, de sa parole, de ses actions. Cette liberté, elle la désirait tout autant pour le Québec. Lise Payette, féministe et indépendantiste.

La liberté est cependant une arme à deux tranchants. Lise Payette savait la manier avec finesse. Plus rarement, elle provoquait des controverses coûteuses pour elle-même. Or, que ce soit l’affaire des « Yvettes » ou sa défense décevante de feu Claude Jutra alors qu’il faisait l’objet d’allégations de pédophilie, rien n’effacera l’immensité de son héritage social, politique et culturel.

Cette liberté, elle la chérissait pour elle et pour toutes les Québécoises. Elle les voulait libres et égales aux hommes, de facto et de jure. Dans chacune de ses multiples incarnations, cette quête, elle l’a menée inlassablement.

D’origine modeste, Lise Payette est vite devenue une autodidacte redoutable. Au temps où l’éducation des filles était vue comme du « gaspillage », elle s’instruira grâce à ses propres efforts et son insatiable curiosité intellectuelle. C’est ce qui fera d’elle une éclaireuse déterminée.

Éclaireuse

Elle braquera la lumière sur le chemin à suivre après l’avoir ouvert à bout de bras. Dans un monde d’hommes, des chemins, elle en a ouvert plusieurs. Tour à tour, elle sera animatrice radio et télé, rédactrice, une magnifique intervieweuse, femme d’affaires, journaliste, présidente de la fête nationale, députée péquiste, ministre, documentariste, auteure, scénariste, productrice et chroniqueuse. Qui dit mieux ?

Le « multitâche » était dans son ADN. À chaque nouveau défi, elle se réinventait tout en restant inébranlable sur ses valeurs fondamentales : liberté, égalité et indépendance. Celles des femmes et de la nation qu’elle aimait.

En cela, on peine à imaginer sa fierté le jour où sa grande amie, Pauline Marois, devint la première femme à diriger le gouvernement du Québec. Pour ou contre le legs politique de Mme Marois, sa victoire en 2012 a marqué l’histoire. L’épais plafond de verre du pouvoir éclatait enfin.

Mme Payette était aussi une humaniste. En 2010, sur l’obsession nocive du déficit zéro, elle écrivait ceci : « La vraie vache sacrée qu’on assassine, c’est la social-démocratie. » Elle avait bien raison. Femme debout, elle était aussi parfois la femme seule. Seule ministre derrière René Lévesque le soir de la défaite référendaire. Dans son livre Des femmes d’honneur, elle raconte sa grande solitude après avoir quitté la politique en 1981 : « Le téléphone restait extraordinairement silencieux. J’avais l’impression d’être morte. »

Rêver grand

Le vide ne durera pas. Viendront les téléromans et tout le reste. Et toujours, ses enfants et petits-enfants. En 1999, à sa petite-fille Flavie, elle écrivait ceci : « Tu es exactement comme je te voulais : volontaire, réfléchie, généreuse et éprise de liberté. » Cette précieuse liberté, encore.

En politique, comme ministre des Consommateurs, puis à la Condition féminine et au Développement social, là aussi, elle trace la voie. Sous le premier gouvernement de René Lévesque, elle siège au sein d’un cabinet truffé d’esprits brillants et intègres. Cette équipe savait rêver et agir grand.

De la nostalgie ? Non. Ce sont des faits, tout simplement. Étant, toute jeune, de celles et ceux qui ont eu la chance de vivre cette époque exaltante, je peux en témoigner. Dans cette lignée spectaculaire d’intelligence et de cœur, Lise Payette en fut un des éléments les plus audacieux. Le Québec lui doit beaucoup. Aux femmes et aux Québécois, Mme Payette laisse le plus beau des messages : croyez en vous et en votre force. La liberté en sera l’ultime récompense.