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Fêtes d’après-bals: cinq de ses étudiants sont morts et il veut que ça cesse

Cet ancien directeur d’école veut encadrer l’après-bal, mais ça ne plaît pas à tous

Jean-Yves Ferland a fait venir des yourtes de la Mongolie comme celle-ci pour installer sur son terrain de Saint-Samuel.
Photo collaboration spéciale, Caroline Lepage Jean-Yves Ferland a fait venir des yourtes de la Mongolie comme celle-ci pour installer sur son terrain de Saint-Samuel.

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SAINT-SAMUEL | Un ancien directeur d’école qui a perdu cinq étudiants lors de fêtes d’après-bals loue ses installations à des jeunes pour qu’ils célèbrent en toute sécurité. Or, son site risque de devoir cesser ses activités.

En 2000, Jean-Yves Ferland a quitté la direction du Collège Charles-Lemoyne, à Sainte-Catherine, en Montérégie. Depuis, il loue son terrain d’environ 30 hectares à Saint-Samuel, au Centre-du-Québec, principalement à des jeunes de 18 à 34 ans.

Le site est assez isolé, mais le bruit se propage sur la rivière située à proximité et se rend parfois jusqu’aux voisins. La municipalité a reçu plusieurs plaintes.

Le but de M. Ferland est de permettre aux jeunes de faire leurs partys d’initiation ou d’après-bal sans devoir retourner chez eux en voiture. Le site compte notamment deux chalets, des yourtes et des hamacs pour que les fêtards puissent y dormir.

Le terrain est zoné agricole. Mais M. Ferland détient un permis de camping et d’hébergement touristique.

« Les étudiants de pas mal toutes les universités du Québec, anglophones et francophones, viennent ici », dit M. Ferland.

L’homme de 75 ans s’est donné la mission de permettre aux jeunes de fêter en sécurité après avoir perdu cinq de ses étudiants, décédés dans des accidents durant des fêtes suivant le bal de finissants.

« Ça m’est resté sur l’estomac », laisse-t-il tomber.

Plaintes

Les rassemblements qui regroupent un maximum de 200 personnes à la fois ont néanmoins généré des plaintes à la municipalité, qui a intenté un recours en justice.

Saint-Samuel exige que les fêtes commerciales cessent à cet endroit et que les yourtes ainsi que les bâtiments non conformes soient démolis.

Un party de trois jours, en août 2017, a notamment forcé l’inspectrice municipale et des policiers à intervenir sur les lieux.

« On a dérangé du monde. C’est vrai », admet le propriétaire.

M. Ferland considère néanmoins que la municipalité a abusé de ses pouvoirs. Il a à son tour déposé une poursuite. Il réclame à Saint-Samuel et l’inspectrice 1,6 million $ pour les dommages subis.

La municipalité refuse de commenter le dossier durant les procédures judiciaires.

Pour sa part, le retraité continue d’accueillir des étudiants en attendant le verdict. Il travaille avec des ingénieurs de son pour limiter la propagation du bruit dans le voisinage.

Il veut se battre jusqu’au bout, car il croit contribuer à faire baisser le nombre de jeunes qui meurent sur les routes du Québec.

Appuis

La propriétaire du restaurant La Table Huppé, Constance Huppé, trouve dommage les mauvais commentaires de résidents contre les activités de M. Ferland. Les jeunes visiteurs qu’il attire assurent la survie de son restaurant.

« La semaine passée, ils m’ont commandé 22 pizzas », expose-t-elle.

Pour sa part, l’artiste de verre Patricia Ruel crée des œuvres avec les bouteilles récupérées des partys d’étudiants.

Les deux déplorent que les citoyens connaissent mal le but du projet, qui contribue, selon elles, à « mettre Saint-Samuel sur la map ».